La propriété des médias inquiète

Une cinquantaine de personnalités canadiennes très influentes font actuellement circuler une déclaration demandant au gouvernement canadien d'instituer une enquête publique sur les conséquences de la concentration de la propriété des médias.

Cette initiative est née autour d'un professeur de l'école de journalisme Ryerson de Toronto, John Miller, à la suite de la décision de la chaîne CanWest d'imposer une fois par semaine un éditorial unique dans tous les journaux de la chaîne, décision qui a suscité un vent de réprobation au pays et qui avait mené les journalistes de The Gazette à tenir une protestation publique.

Le professeur Miller a réuni une liste de 53 personnalités prestigieuses qui ont signé la déclaration. Parmi les signataires, on compte Charles Taylor, Margaret Atwood, Ed Broadbent, David Suzuki, Claude Ryan, Florian Sauvageau, Pierre Berton, Naomi Klein, le journaliste d'enquête William Marsden, les leaders autochtones Ted Moses et Georges Erasmus, l'ancien président du CRTC Keith Spicer, les anciens ministres Warren Allmand et Flora MacDonald, l'ex-premier ministre du Manitoba Howard Pawley, le journaliste et ex-dirigeant de Radio-Canada Patrick Watson. On compte aussi des noms qui ont une grande importance symbolique, tels Hamilton Southam et Wilson Southam, qui étaient de l'ancienne équipe dirigeante de la chaîne Southam, ainsi que Paddy Sherman et Tom Kent, qui avait présidé au début des années 80 une grande commission d'enquête sur la concentration de la presse.

Les signataires déclarent que "lorsque de nombreux médias sont contrôlés par une poignée de propriétaires, la diversité des voix risque d'être réduite. Ce danger est encore plus grand si les propriétaires imposent leur propre point de vue aux dépens de celui des autres".

Les signataires demandent au gouvernement de mettre sur pied une enquête publique sur la concentration des médias, non pas pour "favoriser l'ingérence du gouvernement dans les salles de rédaction du pays" mais plutôt pour "promouvoir une discussion complète et ouverte des questions et des préoccupations relatives à la responsabilité du système médiatique envers la démocratie".

Tout en admettant que des raisons économiques peuvent être invoquées pour justifier la concentration de la propriété des médias, les signataires font valoir que les journaux sont des entreprises vouées au bien public et qu'en ce sens ils ont aussi des responsabilités publiques. Les signataires sont également d'avis "qu'en imposant ses vues aux journaux et en leur interdisant d'adopter des positions contraires, CanWest a, d'un geste, muselé la presse d'un océan à l'autre".

Joint à Toronto, John Miller a expliqué au Devoir que la liste des signataires indique que la concentration des médias n'est pas une préoccupation des seuls journalistes mais concerne l'ensemble de la société. Le texte de cette déclaration n'a pas encore été officiellement envoyé au gouvernement et M. Miller veut tenter de sensibiliser le premier ministre Chrétien à cette demande dans les prochaines semaines.