Un quotidien "sérieux" dans la Grosse Pomme

New York - Les New-Yorkais ont trouvé dans leurs kiosques hier un nouveau journal, le New York Sun, premier quotidien de la Grosse Pomme à voir le jour en 20 ans et qui a pour objectif de couvrir "avec sérieux" les informations de la métropole de huit millions d'habitants.

Le New York Sun - qui reprend le titre d'un prestigieux quotidien publié de 1833 à 1950 - cherche à "participer à la bataille pour le futur de New York" alors que "la ville vit une période extraordinaire, pleine de dangers et de promesses", selon son premier éditorial.

Pour un prix de 50 ¢, le lecteur, selon les responsables du quotidien, y trouvera du lundi au vendredi une couverture "de qualité" des informations sur New York ainsi que des informations nationales et internationales ayant des répercussions locales. Le tout sur très grand format, avec titre et photos en couleurs.

Toutefois, la sortie d'un nouveau quotidien dans un marché jugé saturé par beaucoup, alors même que le secteur publicitaire traverse sa plus grosse crise depuis la Deuxième Guerre mondiale, relève du pari.

Bloomberg et Walesa font la une

Les New-Yorkais ont déjà le choix entre quatre journaux de langue anglaise: le prestigieux New York Times, qui aspire à devenir le quotidien national des États-Unis et diffusé à quelque 1,2 million d'exemplaires, et trois tabloïds: le Daily News, le New York Post et Newsday.

Détenu majoritairement par le groupe Hollinger, dirigé par le magnat canadien de la presse Conrad Black, le New York Sun vise un lectorat plutôt conservateur, rebuté à la fois par un New York Times jugé trop à gauche et par un New York Post, de droite, jugé trop extrémiste.

Un journaliste de 29 ans, Ira Stroll, connu pour un site Internet d'informations jugeant le New York Times "complaisant, lent et inexact", en est le rédacteur en chef.

Le premier numéro du quotidien, tiré à 60 000 exemplaires, a confirmé sur 12 pages son ambition d'être "le journal des New-Yorkais sérieux".

En une, on y trouvait notamment un article sur la position du maire Michael Bloomberg sur la réforme du système de protection sociale, le welfare, un autre sur une loi visant à accroître le contrôle de l'action des maires ainsi qu'un entretien avec l'ancien président polonais Lech Walesa.

"Durant plus d'un siècle, le Sun [ancienne manière] s'est fait l'avocat d'un gouvernement constitutionnel, de l'égalité devant la loi et du libre marché", a rappelé le quotidien dirigé par Seth Lipsky, un ancien du Wall Street Journal qui a également dirigé la revue juive The Forward.

"Nous reprenons le flambeau, avec humilité mais également optimisme, et nous nous efforcerons d'être à la hauteur de la première génération", conclut le premier éditorial du titre relancé.

Un professeur de la faculté de journalisme à l'université Columbia, Ari Goldman, s'est toutefois montré très sceptique sur cette tentative de lancement d'un nouveau quotidien new-yorkais. "Je crois qu'il va s'effondrer et disparaître assez vite", a dit M. Goldman, pour qui "on n'a vraiment pas besoin de cela dans cette ville".