Bell Média évaluera le climat de travail à CTV

Bon nombre d’auditeurs auraient souhaité que la cheffe d’antenne ait droit à des adieux plus dignes de sa longue carrière de 35 ans au sein de l’entreprise. 
Photo: George Pimentel La Presse canadienne Bon nombre d’auditeurs auraient souhaité que la cheffe d’antenne ait droit à des adieux plus dignes de sa longue carrière de 35 ans au sein de l’entreprise. 

Bell Media lancera dans les prochaines semaines une « évaluation indépendante » sur le climat de travail dans sa salle de nouvelles CTV, à la suite du congédiement vivement critiqué de la cheffe d’antenne Lisa LaFlamme, deux ans avant la fin de son contrat.

Par voie de communiqué, la haute direction de Bell Media a indiqué vendredi « regretter » la façon dont le départ de la présentatrice chevronnée a été communiqué dans les derniers jours, estimant que cela a pu « donner aux téléspectateurs une fausse impression de la considération de CTV envers Lisa et sa carrière remarquable ».

Bell Media ajoute qu’elle lancera dans les prochaines semaines une « évaluation indépendante » sur le climat de travail dans sa salle de nouvelles. « Nous avons toujours pris très au sérieux les questions liées à tout type de discrimination et nous sommes engagés à offrir à tous nos employés un milieu de travail sécuritaire, inclusif, respectueux et exempt de comportements toxiques », fait-on valoir.

Un flou demeure toutefois sur ce que l’on cherche à révéler à travers cet examen alors que plusieurs questions entourant ce congédiement ont été soulevées dans les médias canadiens-anglais ces derniers jours.

Sexisme et culture toxique ?

Dans une enquête du Globe and Mail, plusieurs intervenants interrogés ont dénoncé une décision teintée de sexisme et d’âgisme alors que le chef de CTV News, Michael Melling, aurait soulevé des questions sur les cheveux gris de l’animatrice dans la dernière année. On y apprend également que Mme LaFlamme et M. Melling avaient des visions divergentes sur les nouvelles à prioriser dans le bulletin et surtout sur la façon d’allouer les dépenses en fonction des affectations.

D’autres médias, dont le Toronto Sun, ont récolté d’autres témoignages de collègues de Mme Laflamme qui allèguent qu’elle aurait participé à l’instauration d’un climat toxique au sein de la salle de nouvelles.

Au moment où ces lignes étaient écrites, Bell Media n’avait pas répondu aux questions du Devoir.

Chose certaine, une évaluation indépendante permettra de faire la lumière sur la situation, de l’avis de Michaël Nguyen, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). « Ce qui m’interpelle le plus dans les différentes allégations, ce sont celles d’ingérence dans la façon de faire un bulletin de nouvelles. Faire une enquête indépendante c’est une bonne chose si on touche à cet aspect. Ça permettrait d’éclaircir certains points et, si c’est avéré, d’éviter que ça recommence. […] C’est important de rappeler aux gens que dans une entreprise de presse, la salle de nouvelles est censée être 100 % indépendante. »

Mise à pied surprise

Rappelons que c’est Lisa LaFlamme elle-même qui a annoncé son congédiement dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux lundi. La présentatrice de 58 ans y explique avoir été « prise au dépourvu » lorsque Bell Media a mis fin à son contrat en juin dernier avec CTV National News, où elle travaillait depuis 35 ans.

Dans la foulée, Bell Media a annoncé dans un communiqué le départ de Mme LaFlamme, évoquant une « décision d’affaires » fondée sur « l’évolution des habitudes des téléspectateurs ». Son remplaçant a par la même occasion été annoncé. Il s’agit du correspondant aux affaires nationales de CTV News, Omar Sachedina. L’homme de 39 ans, qui a rejoint le réseau en 2009, prendra la barre du bulletin de nouvelles le 5 septembre.

Téléspectateurs, collègues des médias et experts dans le domaine ont vivement réagi à cette annonce, reprochant à l’entreprise son manque de clarté et la façon cavalière avec laquelle elle a géré ce congédiement.

Des pétitions en ligne ont même été lancées pour demander à Bell Media de redonner à Mme LaFlamme sa chaise de cheffe d’antenne. En date de vendredi, l’une d’entre elles avait été signée par plus de 90 000 personnes.

Le bulletin de nouvelles de Lisa LaFlamme — qui assumait ce rôle depuis 2011 — était l’un des plus populaires au Canada, selon les plus récents sondages Numeris.

Au fil des ans, la présentatrice a reçu de nombreuses distinctions, elle a été nommée à l’Ordre du Canada en 2019 et a remporté plus tôt cette année, pour une seconde fois, le Prix de la meilleure présentatrice de nouvelles aux prix Écrans canadiens.

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo