Élèves et relève de la radio

Entre 30 et 35 jeunes sortent diplômés en radio chaque année, et la plupart trouveront un emploi rapidement.
Photo: iStock Entre 30 et 35 jeunes sortent diplômés en radio chaque année, et la plupart trouveront un emploi rapidement.

À l’occasion du centième anniversaire de la radio francophone en Amérique du Nord, Le Devoir explore ce média en transformation.

Juste avant l’entrevue téléphonique, dans son auto stationnée, Léa Compartino écoutait ses collègues de 95.7 KYK, station parlée, « musicale et branchée sur le Saguenay–Lac-Saint-Jean », selon la formule promotionnelle du groupe Cogeco. Mme Compartino travaille comme journaliste pour KYK depuis l’obtention de son diplôme, au printemps, de l’École supérieure en art et technologie des médias (ATM).

Des bancs d’école à la carrière qui décolle, d’élève à la relève, la jeune femme de 20 ans n’a vraiment pas perdu de temps. « Je viens du Saguenay, alors le choix de l’ATM a été encore plus simple pour moi, dit-elle. Pour moi, la radio, c’est une belle façon de trouver ma couleur, de m’exprimer et d’avoir un impact direct sur la vie des gens, parce que c’est un média de proximité. »

Autre cas, même profil : celui de Thomas Gauthier, lui aussi de la promotion 2022. Il vient d’Alma, il est diplômé en radio, et comme sa collègue Léa, il a été embauché sitôt son stage de fin d’études terminé. Depuis lundi, il est de l’équipe de la matinale de BLVD 102.1 FM, « station rock » de Québec. Il lit les nouvelles et échange avec ses collègues en ondes. Il sera aussi d’une émission semblable le week-end. « La station cherche des jeunes et les met en ondes, dit le jeune homme de 19 ans. Je suis tellement content d’avoir choisi cette branche et tellement heureux de ma formation. J’ai choisi d’étudier en radio parce que je crois que c’est le meilleur média pour donner de l’information, la commenter et divertir. Les jeunes de mon âge peuvent être attirés par ce média si on choisit des sujets qui les touchent et si on sait leur en parler. »

La vieille radio, qui célèbre son centenaire commercial au Québec, attire donc encore et toujours les jeunes comme émetteurs et récepteurs de contenus. En tout cas, à l’ATM, la popularité du très vieux média de masse ne fléchit pas.

Une formation polyvalente

 

Le centre de formation en médias et en communications fondé en même temps que le cégep de Jonquière en 1967 est reconnu comme école supérieure en 2021. Plus de 10 000 jeunes y ont suivi une formation. Le tableau d’honneur des diplômés pourrait remplir une grande classe, avec au premier rang des vedettes comme Alain Gravel ou Paul Larocque.

« La formation qu’on donne maintenant est différente de celle que j’ai suivie, dit Blaise Gagnon, de la promotion radio 1984. L’Internet n’existait pas, et moi, j’ai fait du montage sur ruban magnétique. Les nouveaux étudiants apprennent à utiliser les médias sociaux, y compris pour rédiger des manchettes. » M. Gagnon a bossé une quinzaine d’années à Radio-Canada et a fait un baccalauréat en enseignement avant de revenir à l’ATM comme prof de radio et de journalisme. Il est maintenant coordonnateur du Département de techniques de communication dans les médias. « Notre force, c’est la polyvalence, explique-t-il. Nos diplômés sont capables de tout faire et de tout bien faire quand ils commencent un stage professionnel. »

Après la première session, d’initiation à la radio, au journalisme et à la publicité, l’étudiant choisit son parcours plus spécialisé dans une de ces trois voies. La formation audio se poursuit dans une vraie de vraie station (ATM Radio 103,5) diffusant dans Jonquière et sur le Web. Les classes font de l’animation, de la mise en ondes, préparent les informations et même les publicités.

« Quand je fais faire la visite des lieux avec de futurs étudiants et leurs parents, j’aime dire que nous sommes probablement le seul cégep où les étudiants entrent en classe à cinq heures et demie du matin, dit M. Gagnon. L’équipe matinale entre en ondes à 6 h. La programmation roule toute la journée. »

L’audio fait écran

De cette formation, entre 30 et 35 jeunes sortent diplômés en radio chaque année. Quatre sur cinq se trouvent un emploi illico. En suivant leur carrière et de son poste d’observation, le professeur Gagnon peut pister l’évolution et les mutations du secteur d’année en année. Il cite le balado, évidemment. Il vient d’ailleurs de passer une semaine à Casablanca (où l’ATM offre des formations), et il y a discuté baladodiffusion avec les professionnels d’Atlantic Radio, basée au Maroc, qui voudraient s’y mettre.

M. Gagnon fait encore observer que la radio parlée, généraliste ou spécialisée (sportive, par exemple), connaît un regain en même temps que les programmations musicales cèdent la place aux services d’écoute en continu. Il voit que le règne des humoristes et de l’humour en ondes semble achever.

« On revient à un contenu un peu plus sérieux, dit-il. Même La soirée est (encore) jeune, un show de variétés, vient de quitter l’antenne de Radio-Canada. On est plus dans le contenu actuellement. »

Blaise Gagnon parle aussi de la tendance à la diffusion d’émissions radio en Facebook Live ou sur YouTube. L’audio s’allie à la vidéo. « J’aimais bien m’accrocher uniquement à la voix. Orson Welles disait : “Je préfère la radio au cinéma parce qu’à la radio, l’écran est plus grand.” Dans le sens que l’auditeur peut s’imaginer tout ce qu’il veut. L’imaginaire travaille beaucoup plus quand on reçoit du son, et uniquement du son. »

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