Voyager avec les ondes

Ariane Corneau et Grigri dans le studio mobile de Boréal FM
Photo: Alyson Roussel Ariane Corneau et Grigri dans le studio mobile de Boréal FM

À l’occasion du 100e anniversaire de la radio francophone en Amérique du Nord, Le Devoir explore ce média en transformation.

Alyson Roussel et Ariane Corneau ne font pas de la radio communautaire comme les autres. D’abord, elles animent Boréal FM, radio de la petite communauté francophone de Plamondon, au nord de l’Alberta. Mais surtout, elles le font à bord de leur camion, aux quatre coins de l’Amérique.

C’est ainsi que ces deux Québécoises dans la jeune vingtaine ont trouvé à combiner leur amour pour la radio, pour la francophonie et pour le voyage.

L’histoire a commencé par un coup de foudre : celui d’Alyson pour le village de Plamondon, où elle s’est rendue pour faire un stage, notamment pour apprendre l’anglais, en 2016. Sur ces entrefaites, la radio communautaire de Plamondon est secouée par une crise interne, avec le départ de l’ancien directeur. Sa survie est compromise par des problèmes financiers et un manque de personnel.

Relever le défi

 

« Les gens se sont demandé si, oui ou non, on allait conserver une radio à Plamondon », raconte Alyson, qui nous donne une entrevue de son camion, devant le Golden Gate de San Francisco. « […] Il y avait un groupe de Francos qui voulaient transmettre le français à leurs enfants par la musique et par la tradition orale. » Et la radio était un média tout désigné pour y arriver. En 2018, la présidente du conseil d’administration appelle Alyson Roussel et lui demande si elle a envie de relever le défi de devenir directrice.

« Aujourd’hui, la radio est en superbe santé, dit fièrement Alyson. Mais ça a été très difficile pendant deux ans. Je disais que la radio était suicidaire. Je suis directrice et animatrice. Je porte un peu tous les chapeaux. »

« C’est souvent comme ça dans le milieu communautaire », renchérit Ariane Corneau, qui est venue rejoindre Alyson à Plamondon en 2019.

Passionnées de leur travail, les deux jeunes femmes ressentent cependant l’appel du large. Tout attachées qu’elles soient à la communauté de Plamondon, elles avaient besoin d’air. « C’est une communauté assez isolée, dit Ariane. Plamondon est à deux heures d’Edmonton, la ville la plus proche. Même si pour nous Plamondon est culturellement intéressante, il fallait trouver le moyen de s’évader. »

Et pourquoi devoir choisir entre deux passions ? De retour au Québec, et aidées de leurs familles, vivant dans la vallée de la Matapédia, elles adaptent un camion pour pouvoir continuer de faire de la radio itinérante. Durant la pandémie, elles continuent de faire de la radio à partir du Québec, puis partent faire un tour aux États-Unis, où elles étaient au moment de l’entrevue, accompagnées de leur chat Grigris, devenu en cours de route la mascotte de Boréal FM. En juin, elles reviendront à Plamondon, notamment pour organiser la Fin de semaine francophone du 18 juin, et pour fêter les dix ans de la licence de Boréal FM.

Rajeunir l’auditoire

Loin de souffrir de l’éloignement passager de sa direction, Boréal FM s’en porte très bien, semble-t-il. Les deux amies, qui voulaient rajeunir l’auditoire, disent avoir atteint leur but. « Quand on est arrivées, la radio était surtout écoutée par des gens retraités. Maintenant, on a gagné des auditeurs chez les 35 à 45 ans, et même chez les 18 à 25 ans », dit Alyson Roussel.

« On fait de la radio communautaire, mais il y a un côté professionnel à tout ça », souligne Ariane Corneau. La radio propose par exemple des formations en radiophonie, en collaboration avec l’école locale de Beauséjour. Grâce à une subvention de Patrimoine canadien, elles ont lancé le projet généalogique Morceaux d’histoire, à travers lequel des citoyens de Plamondon racontent des segments de l’histoire de leur communauté.

La communauté de Plamondon a été fondée au début du XXe siècle par Joseph Plamondon. Elle a ensuite attiré des colons franco-ontariens et en provenance du Michigan.

Forte de ses récents succès, Boréal FM veut agrandir sa portée d’antenne dans d’autres communautés franco-albertaines. La station étudie présentement la possibilité d’offrir des services radiophoniques à Saint-Paul, à Bonnyville et à Cold Lake.



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