10 janvier 1910 - La 'Publicité' et son programme

Le 'DEVOIR' n'est que la première manifestation active d'une oeuvre dont le programme est beaucoup plus vaste. Car 'La Publicité', - c'est le nom sous lequel nos amis ont obtenu la personnalité civile - se propose de mener toute une campagne d'éducation. [...]

PROGRAMME SOCIAL

Dans l'ordre social, les fondateurs de l'oeuvre se proposent un travail de propagande générale:

Enseigner au peuple canadien français un patriotisme raisonné et agissant qui lui fasse connaître, aimer et pratiquer ses devoirs nationaux : la conservation de sa foi et de ses traditions, la connaissance véritable et la revendication énergique de ses droits constitutionnels, le respect des sentiments légitimes des autres races, le développement de ses facultés intellectuelles propres, l'attachement au sol, une participation active et intelligente à la vie nationale et au mouvement économique du pays.

Former une classe dirigeante capable d'éclairer et de guider le peuple [...].

Combattre la vénalité, l'insouciance, la lâcheté, l'esprit de parti étroit et avilissant, afin de rendre la vie publique accessible aux hommes honorables et désintéressés et difficile aux politiciens de métier ou d'occasion.

Créer et alimenter une opinion publique forte et libre qui assure l'indépendance des magistrats, l'incorruptibilité des gouvernants et l'intégrité du suffrage populaire.

Rechercher la solution du problème social dans l'application des principes catholiques et dans l'établissement des oeuvres syndicales et co-opératives.

Arrêter l'envahissement des fausses doctrines sociales et religieuses, non par la seule négation, mais par des réformes réelles et nécessaires, qui prouvent au peuple que le catholicisme n'est l'ennemi d'aucun progrès véritable.

Elever le niveau moral et intellectuel de la race en développant dans toutes les couches sociales, et principalement dans la jeunesse, le goût de l'étude, la passion des idées nobles, l'attachement aux principes, le sentiment de l'honneur et de la probité.

Encourager la production des oeuvres artistiques, littéraires et scientifiques. Dans le domaine politique et constitutionnel, la Publicité travaillera à la conservation ou à la conquête des principes et des mesures que voici:

POLITIQUE FEDERALE

Autonomie la plus complète pour le Canada compatible avec la fidélité à la Couronne britannique.

Autonomie des provinces canadiennes, dans l'esprit des auteurs de la Constitution.

Respect des droits des minorités, catholiques et protestantes, en matière d'enseignement religieux et ethnique.

Dualité des langues dans les services publics, les lois et l'administration.

Réglementation de l'immigration étrangère, afin de sauvegarder l'unité nationale et l'équilibre économique de la Confédération.

[...]

POLITIQUE PROVINCIALE

Colonisation intense, efficace et durable de la province de Québec.

Administration et mise en valeur du domaine national - terres publiques, forêts, mines, forces hydrauliques - suivant des méthodes propres à donner à l'Etat des revenus abondants et à assurer à l'industrie, au commerce et au travail national une source d'alimentation féconde et inépuisable.

[...]

Respect de l'autorité de l'Eglise et des droits du père de famille dans l'enseignement public.

Maintien des droits et des privilèges de la minorité protestante.

ACTION EXTERIEURE

La province de Québec étant le berceau et le foyer naturel de la race, la Publicité y exercera son action principale; mais elle étendra ses opérations et sa propagande au milieu des groupes français des autres provinces canadiennes et des Etats-Unis. [...]

MOYENS D'ACTION

La Publicité se propose d'exercer son action en publiant et en répandant dans le peuple des livres, des brochures, des revues et des journaux tendant à la diffusion et au triomphe de ses idées. [...]

JOURNAL

Convaincu que le journal est devenu, pour le bien comme pour le mal, l'agent le plus efficace de pénétration des idées, les directeurs de la Publicité ont décidé de commencer leur oeuvre par la fondation d'un journal quotidien à Montréal. Ils en ont confié la direction à M. Henri Bourassa qui s'est assuré le concours d'un personnel de rédaction tel qu'aucun autre journal canadien-français n'en a connu depuis longtemps.

On peut affirmer que ce sera le journal français le mieux rédigé et le plus intéressant du Canada, sinon d'Amérique.

Comme genre il diffèrera essentiellement des journaux actuels.

Laissant de côté les images, les racontars sensationnels, la chronique scandaleuse des cours de police, des tripots et des carrefours, il fera la plus large place possible aux idées et aux faits propres à répandre sa doctrine, à intéresser les gens intelligents et à alimenter une saine opinion publique.

Ce journal sera à la fois un vulgarisateur d'idées et un organe de combat.

Inutile d'ajouter qu'il sera absolument indépendant des partis politiques et de toute influence financière, et qu'en matière religieuse il sera soumis de coeur et d'esprit à l'autorité de l'Eglise.

Il s'efforcera de maintenir un ton élevé, d'éviter les injures et les personnalités; mais il ne restera pas dans les généralités et les hauteurs inaccessibles. Organe militant, il traitera les questions concrètes dans une langue claire et ne craindra pas la lutte pour la défense de la vérité et de la justice. Exposant des principes vrais et nécessaires, il en réclamera l'application pratique, soutiendra l'action des hommes et des partis qui travailleront à leur triomphe et combattra ceux qui leur feront obstacle ou violence.