11 janvier 1910 - Le projet Carter

TEXTE DE LA LETTRE QUE MGR L'ARCHEVEQUE A ADRESSÉE AU CONSEIL MUNICIPAL À CE SUJET

Monsieur le Maire,

Messieurs les échevins de Montréal,

Messieurs,

Les dernières séances du Conseil de Ville ont fait voir aux citoyens, l'intérêt que vous portez à la grande cause de la tempérance.

Vous reconnaissez que l'alcoolisme est une plaie sociale et que toutes les bonnes volontés doivent se liguer pour le combattre.

On s'émeut à la première apparition d'une maladie contagieuse. Quelle maladie a fait jamais autant de victimes que l'usage immodéré de l'alcool?

Travailler à former une génération sobre c'est donc travailler à la conservation de milliers de vies humaines; c'est en même temps travailler à la prévention de bien des crimes à la paix et au bonheur des familles à la prospérité de la nation.

Aussi la question de la tempérance est-elle regardée partout comme une question de religion et de morale autant et plus encore que d'économie et d'ordre social. [...]

Prêtres et laïques pouvoirs civils et pouvoirs religieux nous devons nous donner la main pour lutter contre le fléau qui fait au milieu de nous des ravages si déplorables. [...]

Déjà Messieurs vous avez fait des règlements dont je ne puis que vous féliciter. Un règlement nouveau est maintenant désiré par des milliers de citoyens: celui de la fermeture à des heures fixes des débits de boisson. Dans les villes où il a été adopté il a produit les meilleurs résultats. Il en sera ainsi chez nous.

Rien de plus raisonnable de plus juste que cette mesure; et croyez-moi il n'est pas une mère de famille, il n'est pas un enfant qui ne la sollicite par ma voix. [...]

Les objections qu'on a soulevées ne sont pas sérieuses, et ont été ici même victorieusement réfutées.

Déjà le règlement dont je parle a été voté par vous en deuxième lecture à une grande majorité. Comme gardien de la morale à Montréal [...], je viens vous demander instamment d'en voter la troisième et dernière lecture aujourd'hui même.

Nous attendons ce beau geste de vous. Ce sera un des derniers actes du présent conseil; il restera à son honneur et il aidera puissamment au triomphe de la cause qui nous est chère à tous, parce que le bonheur de notre race y est intimement lié.

Agréez, Monsieur le Maire et Messieurs les échevins, l'expression de mes sentiments sincèrement dévoués.

Paul, arch., de Montréal.