Claude Bernatchez quitte le micro de «Première heure»

Claude Bernatchez quitte au moment où l’émission qu’il pilote demeure indétrônable au sommet de l’audimat.
Photo: Facebook de l’émission «Première heure» avec Claude Bernatchez Claude Bernatchez quitte au moment où l’émission qu’il pilote demeure indétrônable au sommet de l’audimat.

Après 17 ans à la barre de la matinale d’ICI Première Québec, Claude Bernatchez s’apprête à tirer sa révérence. Encore 29 émissions avant que l’animateur chevronné, fidèle à Radio-Canada depuis 34 ans, ne quitte son micro pour relever de nouveaux défis.

M. Bernatchez a annoncé sa décision en ondes, peu après 8 h 15 mercredi matin, dans un message à son auditoire pétri d’émotion. « Le 23 juin, j’animerai pour la dernière fois l’émission Première heure », a-t-il commencé, vite rattrapé par un sanglot.

Contrairement à son habitude, l’homme de paroles avait préparé un texte pour l’occasion. Autre entorse aux traditions : de longs silences ont ponctué son annonce, fait rare dans le studio de la rue Saint-Jean. L’animateur songeait depuis quelques années à explorer de nouvelles avenues — à « rebondir vers un travail stimulant », selon ses mots, « qui va [lui] en apprendre un peu plus sur la vie, sur le monde ».

Claude Bernatchez part au moment où l’émission qu’il pilote demeure indétrônable au sommet de l’audimat, recueillant plus du quart des parts de marché en semaine, de 6 h à 9 h. Les neuf derniers sondages Numéris ont consacré Première heure en tête du peloton des matinales radiophoniques dans la capitale.

Il admet qu’après 17 années, la flamme commençait à vaciller. « La routine s’installe à l’occasion, a indiqué M. Bernatchez. Je ne souhaite pas devenir un animateur blasé qui attend que l’heure de la retraite sonne. »

La passion s’érodait, le corps se fatiguait aussi. « Le réveil chaque matin à 3 h 30 qui vous impose une vie de moine, gérer la fatigue qui est devenue un style de vie, les fins de semaine qui ne sont jamais assez longues pour arriver frais et dispo au travail le lundi matin… Je n’ai plus envie de demander à mon corps d’en donner encore un peu plus. Je sais qu’il est capable d’y arriver, mais je suis fatigué. »

Une vague d’hommages

La voix de Claude Bernatchez a résonné sur les ondes de Radio-Canada dès 1988, quand il a entamé sa carrière à Edmonton. Après un détour par Toronto, Montréal et Trois-Rivières, il est revenu en 2005 au bercail, dans la ville de Québec qui l’a vu grandir.

Un concert d’éloges a immédiatement suivi l’annonce sur les réseaux sociaux. Le maire Bruno Marchand a salué le départ d’un « monument matinal » de la capitale, en témoignant de son « énorme respect pour l’homme, l’animateur et le journaliste rigoureux ».

La ministre responsable de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a elle aussi souligné le départ de l’animateur. « C’est toute une époque qui prend fin dans notre Capitale-Nationale », a gazouillé la vice-première ministre sur Twitter.

Je n’ai plus envie de demander à mon corps d’en donner encore un peu plus. Je sais qu’il est capable d’y arriver, mais je suis fatigué.

Des collègues actuels et anciens de Claude Bernatchez — dont l’auteur de ces lignes faisait encore partie en novembre — ont salué la probité et le professionnalisme de l’homme. « Tu as grandement contribué à élever les débats dans la Capitale-Nationale », a souligné un ancien journaliste d’ICI Québec, Nicolas Vigneault, sur Facebook.

À Edmonton, son passage à la barre de l’émission matinale locale a laissé un souvenir encore chéri par plusieurs auditeurs. « II y a du monde qui m’en parle encore, même si ça fait longtemps ! » indique Martin Flibotte, un complice de longue date qui l’a connu au détour des années 1990, quand Claude Bernatchez faisait ses premiers pas à Radio-Canada.

« J’ai eu le luxe, la joie et le bonheur de travailler avec lui », indique M. Flibotte, qui loue un ami généreux avec ses collègues et toujours respectueux de son auditoire.

« Il n’a jamais fait de la radio pour se regarder et s’entendre lui-même, explique-t-il, mais bien pour parler aux gens. Je suis certain que dans sa tête, s’il sent qu’il n’a plus l’énergie qu’il faut pour entrer dans le foyer de son public, il se dit : “Je ne commettrai pas l’affront de le faire à moitié.” »

Une page se tourne

Claude Bernatchez a atterri à Québec à une époque où les radios dites populistes dominaient les ondes. Lui et ses collaborateurs ont été les premiers à réussir à briser l’hégémonie exercée au début des années 2000 par ces stations qui ont fait — pour le meilleur et pour le pire — la réputation de la capitale.

Le paysage radiophonique de la grande région de Québec a connu plusieurs soubresauts ces dernières semaines. Le controversé animateur Jeff Fillion a récemment quitté son micro à CHOI Radio X. André Arthur, qui a longtemps régné sur les ondes de Québec avec un micro au vitriol, est décédé dimanche.

Claude Bernatchez a terminé son allocution en citant une phrase martelée autrefois par son enseignant d’anglais de l’école secondaire, et qui prend tout son sens aujourd’hui, alors qu’il approche la soixantaine. « “La vie est courte et le monde est grand.” Évidemment, à 12 ans, on s’en balance un peu. […] Aujourd’hui, par contre, je suis obligé de lui donner raison. »

Les journalistes Louise Boisvert et Pierre-Alexandre Bolduc se relaieront au micro de l’émission matinale cet été. Claude Bernatchez entend profiter de la pause estivale pour songer à son avenir professionnel.

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