C’est la fin pour «Plus on est de fous, plus on lit»

«Jusqu’à la dernière minute, j’ai tergiversé. Il y a trois semaines, j’aurais dit que j’allais faire une douzième saison de
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Jusqu’à la dernière minute, j’ai tergiversé. Il y a trois semaines, j’aurais dit que j’allais faire une douzième saison de "Plus on est de fous". C’est un ensemble de facteurs», explique l’animatrice Marie-Louise Arsenault.

Après 11 saisons à la première chaîne de Radio-Canada, Plus on est de fous, plus on lit, l’une des dernières émissions littéraires dans les médias québécois, quittera les ondes en juin. Marie-Louise Arsenault, quant à elle, animera un nouveau talk-show le samedi après-midi à compter de cet automne.

L’idée de passer à autre chose fleurissait dans l’esprit de l’animatrice depuis au moins deux ans, et c’est maintenant qu’elle s’est décidée à faire le grand saut, d’un commun accord avec sa fidèle complice, la réalisatrice Marie-France Lemaine.

Le moment propice s’est présenté lorsque l’équipe de La soirée est (encore) jeune a annoncé que l’émission prendrait fin en mai, ce qui libérera une plage horaire dans la programmation du samedi soir d’ICI Première.

« Jusqu’à la dernière minute, j’ai tergiversé. Il y a trois semaines, j’aurais dit que j’allais faire une douzième saison de Plus on est de fous. C’est un ensemble de facteurs. Il y a la fin de La soirée est (encore) jeune, mais aussi des départs au sein de l’équipe qui auraient fait que cette saison n’aurait pas été pareille », raconte Mme Arsenault, qui assure que la décision vient uniquement d’elle — et pas de la direction de Radio-Canada. Au contraire, ses supérieurs auraient été prêts à prolonger Plus on est de fous, plus on lit pour encore plusieurs années, est convaincue l’animatrice, puisque l’émission a enregistré ses meilleures cotes d’écoute en 11 ans l’automne dernier.

En entrevue au Devoir, elle salue d’ailleurs l’audace du diffuseur public, qui a choisi dès le départ de donner sa chance à une émission littéraire aussi ambitieuse. « Quand on nous a confié le mandat, au printemps 2011, on nous a dit de parler de littérature sous toutes ses formes et de mettre de la musique. Je suis revenue avec un concept, et on l’a tout de suite accepté ; il n’y a même pas eu de négociations. Pourtant, un cabaret avec des acteurs et des musiciens, c’est cher. Mais j’ai toujours ressenti une totale liberté de la part de Radio-Canada. »

Diffusée d’abord en soirée, puis durant l’après-midi en semaine, une case horaire beaucoup plus prisée, Plus on est de fous, plus on lit s’était donné pour mission de démocratiser la littérature avec ses transitions animées et son ton parfois festif. Et si les livres demeuraient le fil conducteur, l’émission abordait parfois aussi des thèmes plus accessibles, comme les séries télé ou la culture populaire.

L’approche a parfois fait grincer des dents les puristes du milieu de la littérature, mais Marie-Louise Arsenault l’assume entièrement : « Pour moi, c’est important de faire de la radio pour le plus grand nombre », rétorque avec vigueur celle qui est née dans un milieu modeste de Chibougamau. « Je fais un show pour la radio publique, je ne fais pas un show juste pour des universitaires. Ils nous écoutent, et je le sais. Mais c’était clair dès le départ que Plus on est de fous n’était pas un cours de littérature comparée. Je laisse ça au milieu intellectuel. »

Le milieu littéraire inquiet

 

Malgré les critiques, il n’en demeure pas moins que Plus on est de fous, plus on lit était la dernière émission littéraire sur les ondes du diffuseur public depuis la fin du magazine Lire sur ICI ARTV. L’annonce de sa disparition a d’ailleurs attristé nombre d’acteurs du monde du livre mardi. D’autant que Radio-Canada a indiqué par communiqué que l’émission qui allait lui succéder en après-midi les jours de semaine aurait un mandat « culturel », ce qui laisse entendre que la littérature ne serait qu’un sujet parmi d’autres.

« Je n’ai rien contre les séries télé, mais c’est un non-sens qu’il n’y ait plus d’émission consacrée à la littérature, alors qu’on sait que les ventes de livres québécois ont atteint des records durant la pandémie », a déploré l’écrivaine Marilyse Hamelin, qui note que les médias en général accordent de moins en moins de place au livre.

Même son de cloche à l’Union des écrivaines et des écrivains québécois. Par courriel, la présidente, Suzanne Aubry, a prié Radio-Canada de réserver « au moins un temps d’antenne équivalent à celui de Plus on est de fous, plus on lit pour le consacrer à la littérature d’ici et d’ailleurs ».

La société d’État a d’ores et déjà fait savoir que Marie-Louise Arsenault resterait à la barre du Combat des livres jeunesse et du Combat national des livres. Il a aussi été précisé que l’animatrice allait piloter de grands entretiens avec des écrivains et des penseurs, entretiens qui seront diffusés à différents moments au cours de la prochaine saison.

Pour sa part, Mme Arsenault assure que la littérature occupera une place de choix dans son nouveau projet, Tout peut arriver, qui sera à l’antenne les samedis de 16 h à 19 h à compter de septembre. On décrit ce talk-show comme un « grand plateau » en direct, avec plusieurs invités et plusieurs collaborateurs réguliers, où se mêleront entrevues serrées, prestations musicales et discussions animées.

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