Pierre Poilievre veut privatiser CBC, mais pas RDI

L’aspirant à la chefferie conservatrice fait une distinction nette entre les marchés francophone et anglophone.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne L’aspirant à la chefferie conservatrice fait une distinction nette entre les marchés francophone et anglophone.

Le candidat au leadership du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre a réitéré lundi sa volonté de privatiser une partie de CBC/Radio-Canada. Mais il épargnerait à tout le moins la chaîne de nouvelles en continu RDI, assure-t-il, puisqu’il s’agit de la seule source d’information en français de plusieurs citoyens hors Québec.

Au micro de Patrick Masbourian — sur les ondes de la radio publique, d’ailleurs —, Pierre Poilievre a qualifié CBC de « grand gaspillage d’argent ». Selon le député ontarien, le pendant anglophone de Radio-Canada n’a plus sa raison d’être, car ses concurrents privés au Canada anglais et aux États-Unis offrent absolument la même couverture.

Fils d’un francophone originaire de la Saskatchewan, Pierre Poilievre a toutefois ajouté qu’il maintiendrait le financement public de RDI s’il devient un jour premier ministre. « Le rôle du gouvernement, c’est de faire ce que [le privé] ne peut pas faire. En anglais, il y a beaucoup d’options, mais pas en français. Si vous êtes à Calgary et que vous voulez écouter les nouvelles en français, il n’y a qu’une seule option, et c’est RDI », a-t-il dit en entrevue lundi matin.

Pierre Poilievre ne s’est pas par contre prononcé sur l’avenir des autres déclinaisons de Radio-Canada en français, comme ICI Télé, ICI Première ou encore Tou.tv. Son équipe de campagne a par la suite fait savoir au Devoir qu’il dévoilerait les détails de sa position dans les prochains mois. Ses principaux adversaires dans cette course, Patrick Brown et Jean Charest, n’ont pas commenté cette sortie. Dans le camp de l’ancien premier ministre du Québec, on se contente d’indiquer que ce dernier fera connaître ses intentions à propos de CBC/Radio-Canada au cours des prochaines semaines.

Les Amis de Radio-Canada, un organisme qui défend le financement public de la société d’État, ont pour leur part vivement dénoncé les propos de M. Poilievre. La directrice générale du regroupement, Marla Boltman, a reproché au député conservateur d’être obsédé par CBC, dont il a critiqué la couverture à maintes reprises ces derniers mois. 

Deux solitudes

 

En prenant soin de distinguer CBC et Radio-Canada, Pierre Poilievre rappelle à sa manière que la société d’État s’inscrit dans deux réalités radicalement différentes. Pour cause : l’an dernier, ICI Télé accaparait en moyenne plus de 25 % de parts d’écoute du marché francophone, alors que CBC ne représentait que 5 % de la consommation télévisuelle à heure de grande écoute au sein de son public cible.

Selon le rapport annuel 2020-2021 de la société d’État, Radio-Canada a rapporté 208 millions de dollars de revenus au cours de la dernière année ; c’est légèrement plus que CBC, même si le diffuseur francophone s’adresse à un auditoire beaucoup plus restreint. CBC engrange pourtant bon an mal an 55 % du financement public, contre 45 % pour Radio-Canada.

Malgré tout, le professeur de journalisme Jean-Hugues Roy est convaincu que ce serait une bien mauvaise idée que de privatiser CBC pour ne conserver que Radio-Canada. « Si CBC disparaissait, beaucoup de gens au Canada anglais finiraient par s’en rendre compte. Un service public bénéficie beaucoup plus de garde-fous que les diffuseurs privés. Et il y a des régions au Canada anglais, comme le Grand Nord, où ce n’est pas rentable pour le privé d’assurer une présence. Seulement CBC peut le faire », tranche celui qui enseigne à l’École des médias de l’UQAM.

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