Vaste Programme, le débat plutôt que le combat

Jérôme Lussier et Simon Jodoin espèrent que leur plateforme Vaste programme créera un espace où la réflexion et les échanges d’idées se font dans le respect.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Jérôme Lussier et Simon Jodoin espèrent que leur plateforme Vaste programme créera un espace où la réflexion et les échanges d’idées se font dans le respect.

Pour rompre avec l’instantanéité et le clivage qui règnent sur les réseaux sociaux, Simon Jodoin et Jérôme Lussier ont lancé la semaine dernière Vaste programme, un site Web qui accueille les billets d’opinion de diverses personnalités publiques. Ils espèrent ainsi créer un espace de réflexion et d’échanges d’idées qui ne se transformera pas en nouveau champ de bataille.

« La vaste majorité des gens n’ont pas envie de se lancer des briques et de mener des combats incessants dans une forme de clivage où il faut absolument avoir raison. Ils veulent échanger librement, dans le respect et la courtoisie », estime Simon Jodoin, chroniqueur à l’émission Le 15-18 d’ICI Première et ex-rédacteur en chef du défunt magazine Voir.

Dans les débats publics, ce ne sont pas les idées qui posent problème, selon lui, mais les plateformes sur lesquelles elles sont diffusées. Les médias sociaux — mais aussi les médias traditionnels, d’une certaine façon — n’invitent pas à prendre un pas de recul, à prendre le temps d’expliquer la démarche sur laquelle se fonde notre opinion et à comprendre les arguments des uns et des autres.

« Dans les débats sociaux, on dirait que, si tu n’es pas dans une des deux positions clivantes, tu n’es nulle part. On veut offrir un entre-deux », précise-t-il, avant d’ajouter que les idées tranchées, divisantes, seront néanmoins aussi les bienvenues. « Tu as le droit d’être polarisé. Mais est-ce que les gens ont compris pourquoi tu as cette opinion-là ? Explique-leur ta démarche pour en arriver là. »

« Bâtir des ponts »

Une dizaine de collaborateurs ont déjà accepté l’invitation des deux cofondateurs de Vaste programme. Parmi eux : l’auteur et chroniqueur au Devoir Normand Baillargeon, la médecin et candidate de Québec solidaire aux prochaines élections Mélissa Généreux, le juriste et professeur de droit Louis-Philippe Lampron, la psychologue et spécialiste des relations interculturelles Rachida Azdouz ou encore l’animateur à Radio-Canada Franco Nuovo. D’autres plumes pourront s’ajouter en cours de route, de façon régulière ou occasionnelle. « La porte sera ouverte aux gens qui cherchent à bâtir des ponts plutôt qu’à exclure ou étiqueter les autres », soutient Jérôme Lussier, ​juriste et directeur des affaires parlementaires au Sénat.

Ces derniers auront carte blanche et pourront aborder toutes sortes de sujets, partager toutes sortes d’opinions. Le but est justement d’entretenir « un espace non homogène » où chacun accepte le point de vue de l’autre sans en « faire tout un fromage et claquer la porte à la moindre position inverse », affirme Simon Jodoin.

« Simon et moi, par exemple, on n’est pas toujours d’accord, mais on échange quand même. Et comme disent les Anglos : “We can agree to disagree”, indique Jérôme Lussier. Je pense que c’est intéressant pour le débat public que des voix différentes partagent une même tribune. »

Les cofondateurs espèrent également insuffler cet esprit respectueux et bon enfant à leurs lecteurs, qu’ils invitent à participer activement en ajoutant des commentaires sous les textes. Le code de conduite est simple et clair : « Vous pouvez compléter, ajouter, nuancer, rire et contredire, mais, de grâce, restez courtois. Les attaques personnelles, menaces, messages publicitaires et autres pollutions ne seront pas tolérés. La règle est aussi simple que nos processus de modération et aussi courte que notre patience », écrivent-ils sur leur site.

Craignent-ils des dérapages comme on en voit fréquemment dans les commentaires sur les réseaux sociaux ? « On va modérer les commentaires. On va écarter ce qui n’a pas d’allure, évidemment », répond Jérôme Lussier. « J’ose espérer que les bagarreurs impolis ne se sentiront pas appelés par notre proposition et passeront leur chemin. […] C’est peut-être un pari risqué, mais j’ai envie de rester optimiste », ajoute Simon Jodoin.

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