Télévision - Double jeu, double caméra

Le yin et le yang, le féminin et le masculin, la solitude et le duo, le célibat et le couple... Voici une nouvelle série documentaire fort originale, entièrement basée sur cette double et éternelle attirance entre les hommes et les femmes.

Judy Servay, productrice chez Soma, une maison de production qui fait beaucoup de publicité et de vidéoclips, avait constaté au fil des années que les films qu'elle produisait pouvait présenter des différences selon que la réalisation est confiée à un homme ou à une femme. Elle a rassemblé un groupe de cinéastes et proposé, il y a trois ans, à Télé-Québec, une série entièrement basée sur cette opposition. Sa première idée était de faire une série sur le monde du travail. Mais très rapidement les discussions ont bifurqué vers l'inépuisable sujet des relations amoureuses.

Quatre sous-thèmes ont alors été définis: le célibat, la séduction par Internet, l'amour impossible et l'engagement. Huit réalisateurs ont été choisis, quatre hommes et quatre femmes. Pour chacun des quatre sujets, la réalisation du film était effectuée à la fois par un homme et par une femme. Chaque cinéaste tournait une demi-heure, le réalisateur entièrement avec une équipe masculine et la réalisatrice entièrement avec une équipe féminine. «On était entre gars, il y avait plus de jokes de sexe que d'habitude, mais en même temps, les gars ne se sont jamais autant confiés», explique le réalisateur Érik Cimon. «Lors des pauses ou des repas, ça versait dans les confidences de filles à ne plus finir», ajoute la réalisatrice Jennifer Alleyn.

Pour chacun des quatre films, les deux cinéastes «couplés» discutaient de leur travail au début et à la fin du film, confrontant leur vision, leurs idées, ce qu'ils ont trouvé.

Judy Servay rêve de refaire ce projet autour d'autres thèmes. L'approche des cinéastes est-elle vraiment différente selon le sexe? Vous jugerez par vous-mêmes, mais dans la première émission, consacrée au célibat, Judy Servay remarque que la réalisation masculine comporte plus d'humour, un ton quelquefois plus léger, et «c'est souvent le cas dans les autres productions», dit-elle.

Quant au grand sujet général de la série, celui des relations amoureuses, il est évidemment inépuisable. Après tout, 2000 ans de littérature y sont consacrés.

Dans la première émission, trois femmes et trois hommes viennent confier en alternance leurs états d'âme sur le célibat. La portion féminine est d'ailleurs filmée dans un des lieux emblématiques du célibat, soit la laverie automatique! Plusieurs font remarquer que le célibataire vit constamment sous le regard des autres, qui se demandent s'il n'a pas un problème et pourquoi «il n'a pas trouvé»... Retour sur soi, choix volontaire ou dicté par les circonstances, redécouverte de la liberté, peur de la solitude, tous les thèmes y passent.

Signe des temps, une des quatre émissions, celle de la semaine prochaine, est entièrement consacrée à la séduction par Internet. Elle est fort intéressante, abordant une nouvelle réalité qui demeure encore très peu explorée. Séduction qui tente d'échapper au premier contact purement physique, qui se fonde sur le dialogue écrit, séduction purement sexuelle ou séduction où l'on trouve le grand amour, il s'agit d'un domaine qui semble avoir encore de beaux jours devant lui.

Les réalisateurs et réalisatrices qui participent au projet sont Jennifer Alleyn, Ann Arson, Miryam Bouchard, Lyne Charlebois, François Blouin, Érik Cimon, Mathieu Fontaine et Ricardo Trogi.

Yin Yang (dans le cadre des Grands Documentaires), jeudi 11 novembre, Télé-Québec, 20h.