Le «New York Times» accusé de manque de rigueur dans sa couverture à Ottawa

Les événements des derniers jours à Ottawa ont suscité leur lot de fausses nouvelles à l’étranger. Même le prestigieux New York Times est accusé d’avoir diffusé des informations inexactes après avoir laissé entendre samedi que des policiers avaient menacé des manifestants avec leur arme durant leur arrestation.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs journalistes connus du Canada anglais ont reproché au New York Times d’avoir manqué de rigueur et ont fermement démenti le fait que les manifestants du Convoi de la liberté  avaient été sommés de quitter la colline du Parlement avec une arme pointée vers eux, comme pouvait le laisser croire le réputé quotidien américain.

« La couverture gênante du New York Times des manifestations à Ottawa a fait mal à leur crédibilité », a notamment dénoncé sur Twitter le journaliste de Global News Ahmar Khan.

Interrogée par Le Devoir, la police d’Ottawa a indiqué qu’une opération policière avait eu lieu samedi matin dans une voiture garée près du Parlement à l’intérieur de laquelle se trouvaient du gaz lacrymogène et des feux d’artifice. Les membres de l’Unité tactique portaient en effet sur eux leur carabine bien en évidence lors de cette intervention. Mais le service de police municipal ne précise pas si leur arme a été pointée vers les personnes arrêtées à l’intérieur du véhicule.

Pas la première inexactitude

 

Dans son article, le New York Times semble faire référence à cet événement. Un des hommes appréhendés est cité dans le texte, affirmant que le policier a pointé son fusil « militaire » sur sa poitrine avant de lui crier de se mettre par terre.

Or, une première version du texte pouvait amener le lecteur à penser que l’usage des armes était beaucoup plus répandu lors du démantèlement du convoi de manifestants cette fin de semaine. « Des policiers canadiens ont avancé sur des manifestants sous la menace d’une arme à feu, brisant des vitres de camions et arrêtant des manifestants devant le bâtiment du Parlement : une escalade agressive dans les efforts du gouvernement pour enfin mettre fin aux manifestations qui ont secoué la capitale nationale pendant trois semaines », pouvait-on lire dans la version originale publiée samedi, qui a depuis été remaniée.

Ce n’est pas la première fois que la couverture du mouvement des manifestants par le New York Times fait réagir. La semaine dernière, le journal avait dû s’excuser après avoir laissé entendre que le décret de la Loi sur les mesures d’urgence par le gouvernement impliquait la suspension temporaire des libertés civiles. Le premier ministre Justin Trudeau avait pourtant répété qu’il n’y recourait pas à cette fin.

Pour Stéphanie Chouinard, professeure à l’Université Queen’s, le texte de samedi a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Consternée, la politologue a choisi de résilier son abonnement. « Certes, des policiers armés étaient sur place, et des vidéos ont circulé montrant des policiers entrant dans des véhicules récréatifs avec une arme à l’épaule. Mais en aucun cas le processus de repoussement des manifestants n’a été fait à l’aide d’armes à feu au visage de ces derniers, ce qui était entendu par le titrage de l’article », souligne Mme Chouinard pour justifier sa décision.

Appelé à s’expliquer sur sa couverture des événements d’Ottawa, le New York Times, l’un des journaux les plus respectés au monde, a réitéré que les propos de l’article étaient basés sur les observations de ses journalistes sur place.

Pas question, non plus, de reformuler la publication qui accompagnait toujours lundi soir le texte sur les réseaux sociaux. « La police a arrêté des manifestants sous la menace d’une arme près de l’édifice du Parlement à Ottawa dans le but de mettre fin aux manifestations ayant cours depuis des semaines », était-il encore mentionné sur les comptes Twitter et Facebook du média américain.

Rigueur, rigueur

 

Beaucoup de fausses nouvelles ont circulé cette fin de semaine dans la foulée de la fin du siège à Ottawa. Une collaboratrice de la chaîne conservatrice Fox News a notamment rapporté qu’une manifestante était décédée après avoir été piétinée par un cheval de la police montée. La police d’Ottawa a rapidement nié les faits, et la journaliste, Sara A. Carter, s’est rétractée.

Qu’un média controversé comme Fox News diffuse des informations approximatives n’étonne guère l’ex-journaliste Alain Saulnier. Mais on pouvait s’attendre à mieux ce week-end d’un journal aussi crédible que le New York Times, poursuit-il. « Ça montre que même les grands médias font des erreurs. Le plus important, c’est qu’ils les reconnaissent. Mais sur la tendance lourde, j’ai quand même plus confiance dans le New York Times que dans Fox News », évoque l’ex-directeur de l’information de Radio-Canada. M. Saulnier n’y voit pas autre chose qu’une erreur de bonne foi de la part des journalistes du New York Times.

Selon lui, les critiques entourant la couverture du média de référence sont surtout un autre rappel que faire du journalisme international est beaucoup plus périlleux aujourd’hui qu’à l’époque où il était correspondant étranger à l’émission Le Point.

« À l’époque, on n’avait pas les réseaux sociaux. Si on n’avait pas été animé par la rigueur journalistique, on aurait pu dire n’importe quoi, et je ne pense pas qu’on se serait fait prendre. Heureusement, ce n’est plus possible aujourd’hui avec les réseaux sociaux, car on peut tout contre-vérifier. Mais en même temps, les réseaux sociaux sont aussi un piège pour les correspondants étrangers parce que c’est très facile de se faire berner par de la désinformation », analyse Alain Saulnier.



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