La montée des violences contre les journalistes s’accélère

Avec les réseaux sociaux, qui participent à l’enfermement de chacun dans des bulles de croyance et de conviction, une partie de la population ne supporte pas l’image qui est renvoyée d’elle-même ou le simple fait que l’on renvoie une image d’elle-même.
Photo: Ozgur Donmaz Getty Images Avec les réseaux sociaux, qui participent à l’enfermement de chacun dans des bulles de croyance et de conviction, une partie de la population ne supporte pas l’image qui est renvoyée d’elle-même ou le simple fait que l’on renvoie une image d’elle-même.

Deux jours après l’agression d’une équipe de l’AFP lors d’un rassemblement anti-passe vaccinal à Paris, Christophe Deloire, numéro un de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), dénonce la « montée de l’hostilité violente contre les journalistes » en France, qu’il juge « extrêmement inquiétante ».

Question : L’hostilité envers les journalistes a-t-elle augmenté ces dernières années en France ?

Réponse : Il y a clairement une montée de l’hostilité, et même de l’hostilité violente, contre les journalistes, qui s’accélère en France et dans d’autres pays du monde.

Cette violence a commencé dans des meetings d’extrême droite, notamment ceux du Front national. Elle s’est poursuivie dans les manifestations, comme celles des gilets jaunes, où l’un des pires événements a été une tentative de lynchage d’une équipe de (la chaîne d’information en continu) LCI.

Ce n’est pas propre à la France : en Allemagne, on a assisté à des violences de la part de membres du mouvement xénophobe et antimusulman Pegida, aux États-Unis avec des partisans de Donald Trump.

C’est une haine des médias qui dépasse le phénomène de défiance et l’absence de confiance.

Avec les réseaux sociaux, qui participent à l’enfermement de chacun dans des bulles de croyance et de conviction, une partie de la population ne supporte pas l’image qui est renvoyée d’elle-même ou le simple fait que l’on renvoie une image d’elle-même.

Ce qui est particulièrement inquiétant avec l’agression de l’équipe de l’AFP, c’est que c’est précisément une agence qui donne la parole à tout le monde, qui ne participe pas à la polarisation, qui est attaquée.

Q : Que peuvent faire les politiques ?

R : Les politiques dont les militants commettent de tels actes doivent assumer leurs responsabilités : tenir leurs troupes et, s’ils n’y arrivent pas, se désolidariser de ceux qui commettent de tels actes. On ne peut pas prétendre jouer le jeu démocratique et laisser des journalistes se faire bastonner.

Nous sommes dans une période où le débat politique tourne très souvent au pugilat. À force de violence verbale, certains esprits faibles finissent par ne plus distinguer celle-ci de la violence physique.

La protection des journalistes est aussi une affaire de sécurité publique : ceux qui perpétuent ces actes doivent être poursuivis et condamnés, et ces condamnations doivent être portées clairement à la connaissance du public.

Q : Quelle peut être la réaction des rédactions ?

R : Les rédactions ont fait un très gros effort en matière de formation, de mise en place de procédures, de plans de sécurité, de matériels, en affectant des moyens financiers.

Il faut que l’on arrive à stimuler la réaction des autres manifestants ou militants pour qu’il y ait des « anticorps » dans les foules, qui permettent de restreindre la capacité d’action des fous furieux qui veulent taper sur les journalistes.

Je ne suis pas certain qu’il faille édicter une règle générale pour les rédactions sur leurs mesures de protection. En revanche, ce que les journalistes peuvent faire, c’est montrer eux-mêmes que l’on peut débattre sans se battre et donner un exemple de tolérance, quelle que soit la ligne éditoriale de leur média.

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