Une chanson de Stromae au journal télévisé de TF1 divise

Stromae a créé toute une commotion dimanche dernier lorsqu’en pleine entrevue au journal télévisé de TF1, en France, il s’est mis à chanter son dernier tube «L’enfer», de son nouvel album «Multitude», en guise de réponse à une question de la présentatrice Anne-Claire Coudray sur son état d’esprit.
Photo: Capture d'écran TF1 Stromae a créé toute une commotion dimanche dernier lorsqu’en pleine entrevue au journal télévisé de TF1, en France, il s’est mis à chanter son dernier tube «L’enfer», de son nouvel album «Multitude», en guise de réponse à une question de la présentatrice Anne-Claire Coudray sur son état d’esprit.

Il y avait sept ans que le chanteur belge Stromae avait à peu près disparu des radars, parti se refaire une santé et une vie de famille à l’abri des regards. Or, il a créé toute une commotion dimanche dernier lorsqu’en pleine entrevue au journal télévisé de TF1, en France, il s’est mis à chanter son dernier tube L’enfer, de son nouvel album Multitude, en guise de réponse à une question de la présentatrice Anne-Claire Coudray sur son état d’esprit.

L’exercice, qui jurait avec le cadre formel du bulletin de nouvelles télévisé, a fait jaser sur la planète télévisuelle. Le public francophone a beau adorer en général Stromae, musicien surdoué auteur d’Alors on danse et de Papaoutai — que l’on a même comparé à Jacques Brel —, l’effet publicitaire de cette envolée musicale était frappant. « C’était une opération de relations publiques finement orchestrée. La musique a commencé avant même qu’il se mette à chanter. Et en fait, il ne chantait pas, c’était dulip-sync », souligne Patrick White, professeur de journalisme à l’École des médias de l’UQAM. Stromae lui-même a gratifié les téléspectateurs d’un clin d’œil en pleine prestation.

Crédibilité journalistique ébranlée

Les nouvelles télévisées de TF1 formant une sorte de messe sur l’autel du réalisme et de l’authenticité, cette intrusion d’un clip, voire d’un placement publicitaire, en pleine entrevue, ébranle pour plusieurs la crédibilité journalistique du bulletin. L’Obs a qualifié la prestation de « franchement embarrassante » et Libération parle d’« infotainment ».

« Aussi sympathique que soit Stromae, et j’adore sa musique, le malaise tient au fait qu’un bulletin de nouvelles ne devrait pas inclure une prestation d’un artiste ou d’un musicien », ajoute Patrick White.

Voyez la prestation de Stromae

Zones grises

Si le journalisme culturel prend souvent des aspects promotionnels et joue dans des « zones de plus en plus grises », des limites semblent ici avoir été franchies.

Dans une entrevue accordée au magazine français 20 minutes, l’animatrice Anne-Claire Coudray et le directeur artistique de TF1, Yoann Saillon, ont raconté comment l’intervention de Stromae avait été orchestrée. C’est donc à la demande du chanteur que ce clip a été introduit. « Il voulait qu’on reste dans la grammaire du journal tout en allant dans son univers. On a dû trouver un équilibre ensemble », a expliqué Yoann Saillon.

Précisons que la chanson L’enfer, qui aborde les épisodes dépressifs et suicidaires de l’auteur, a démarré immédiatement après une question, prévue, posée par l’animatrice : « Dans vos chansons, vous parlez aussi beaucoup de solitude. Est-ce que la musique vous a aidé à vous en libérer ? »

Anne-Claire Coudray s’est dite très consciente que cette intrusion survenait dans « un journal télévisé qui est presque sacré au niveau de son périmètre et de ses codes. On ne peut pas faire n’importe quoi sur le plateau d’un journal », tout en se trouvant très satisfaite du résultat. « Franchement, cela ne m’est jamais arrivé d’avoir une interview aussi sincère, aussi vraie, aussi percutante », a-t-elle ajouté.

Patrick White remarque que le journalisme dit promotionnel est peut-être encore plus répandu en France qu’au Québec. Il croit cependant que l’exercice générera des plaintes de syndicats de journalistes ou de réalisateurs français.

En attendant, tant TF1 que Stromae peuvent se réjouir d’avoir réussi un lucratif coup de publicité.



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