Le magazine «Elle» ​exclut la fourrure de toutes ses publications

Les 45 éditions de cette publication, qui revendique 33 millions de lecteurs et 100 millions de visiteurs par mois sur ses 55 plateformes numériques, se sont engagées à exclure la fourrure.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Les 45 éditions de cette publication, qui revendique 33 millions de lecteurs et 100 millions de visiteurs par mois sur ses 55 plateformes numériques, se sont engagées à exclure la fourrure.

Pour « promouvoir une industrie de la mode plus humaine », le magazine de mode Elle va faire disparaître la fourrure animale de toutes ses éditions et ses plateformes, a annoncé jeudi la publication, qui s’inscrit dans une tendance croissante dans le secteur du luxe.

Elle est la première grande publication du secteur à annoncer cette mesure, interdisant la fourrure non seulement dans son contenu éditorial, mais aussi dans ses espaces publicitaires.

« La présence de fourrure dans nos pages et sur nos contenus numériques n’est plus en phase avec nos valeurs ni avec celles de nos lecteurs », a déclaré Valeria Bessolo Llopiz, vice-présidente et directrice internationale d’Elle, propriété du groupe français Lagardère.

Il s’agit de « promouvoir une industrie de la mode plus humaine », a-t-elle déclaré en annonçant la décision lors de la conférence The Business of Fashion VOICES 2021, organisée par le site d’information spécialisé The Business of Fashion, à Chipping Norton, dans le centre de l’Angleterre.

« Nous sommes dans une nouvelle ère, et la génération Z, qui est la cible privilégiée de la mode et du luxe, a de très grandes attentes sur le plan de la durabilité et de l’éthique », a-t-elle ensuite expliqué à l’AFP, en référence à la génération née à partir de la fin des années 1990.

Du Mexique à l’Australie, en passant par le Japon ou les États-Unis, les 45 éditions de cette publication, qui revendique 33 millions de lecteurs et 100 millions de visiteurs par mois sur ses 55 plateformes numériques, se sont engagées à exclure la fourrure.

Treize d’entre elles appliquent déjà cette mesure, 20 la mettront en place le 1er janvier, et les autres le feront début 2023.

Saluant cette décision, PJ Smith, responsable de la mode pour la branche américaine de l’ONG Humane Society International, a déclaré espérer que « d’autres magazines de mode suivent son exemple ».

« Cette annonce va déclencher un changement positif dans l’ensemble de l’industrie de la mode et peut potentiellement sauver d’innombrables animaux d’une vie de souffrance et d’une mort cruelle », a déclaré M. Smith à Chipping Norton.

« La promotion de la fourrure appartient aux vieux numéros de magazines de mode d’antan », a aussi indiqué à l’AFP la directrice de PETA UK, Elisa Allen.

Cette organisation de défense des animaux « félicite les principales publications actuelles — dont British Vogue, InStyle USA, Cosmopolitan UK et le tout nouveau Vogue Scandinavia — d’avoir exclu la fourrure de leur contenu éditorial, et [n’a] aucun doute qu’elles élargiront cette mesure à la publicité », a-t-elle ajouté.

Fustigeant une « discrimination à l’égard des annonceurs », la fédération française de la fourrure a pour sa part dit jeudi soir dans un communiqué « envisager de poursuivre » la plateforme du magazine Elle pour « refus de vente ». La filière française de la fourrure estime que les décisions des créateurs et des consommateurs sont dues à « la pression de mouvements radicaux ».

Ces dernières années, sous la pression des défenseurs des animaux, le monde de la mode a progressivement tourné le dos à la fourrure.

Bannie des podiums

 

Mais tandis que celle-ci est bannie des podiums de défilé à Amsterdam, Oslo, Melbourne et Helsinki — qui a également exclu le cuir —, les plus prestigieuses semaines de la mode organisées à Paris, Milan et New York laissent le choix à chaque marque.

Les marques sont cependant de plus en plus nombreuses à y renoncer : parmi elles, les italiennes Gucci, Versace et Prada ; les britanniques Burberry, Vivienne Westwood et Alexander McQueen ; les américaines Donna Karan, DKNY et Michael Kors ; et les françaises Jean-Paul Gaultier et Balenciaga.

Des engagements qui coïncident avec l’opinion publique : en 2020, un sondage YouGov indiquait que 93 % des Britanniques refusaient de porter de la fourrure, et un autre, de Research Co., montrait que 71 % des Américains s’opposaient à l’abattage d’animaux pour leur fourrure.

En France, neuf personnes sur dix sont opposées au commerce de la fourrure, selon un sondage IFOP réalisé pour la Fondation 30 millions d’amis. En juin, Israël est devenu le premier pays au monde à interdire sa vente pour la mode.

De son côté, l’industrie de la fourrure dénonce la substitution de ce produit naturel par des peaux synthétiques faites de matières plastiques nocives pour l’environnement.

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