Les médias anglophones plus représentatifs de la diversité que ceux du Québec

Impossible d’avoir un portrait aussi précis de l’écosystème médiatique québécois.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Impossible d’avoir un portrait aussi précis de l’écosystème médiatique québécois.

Un récent sondage laisse croire qu’environ le quart des journalistes des principales salles de nouvelles du Canada anglais sont issus de la diversité, ce qui correspond à peu près à la proportion de Canadiens provenant des minorités visibles. Une représentativité qui est cependant très loin d’être atteinte au Québec.

Chez Postmedia, propriétaire entre autres du National Post, tout près de 25 % des journalistes sondés se réclament d’un groupe ethnique minoritaire, révèle une étude publiée jeudi par l’Association canadienne des journalistes. Selon le même coup de sonde, environ 30 % du personnel de la salle de nouvelles de CBC News est issu de groupes minoritaires, soit 3 % de plus que dans l’ensemble de la population canadienne.

Impossible d’avoir un portrait aussi précis de l’écosystème médiatique québécois : ni les grands groupes de presse ni la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) n’ont mené ce type sondage. Ce qui en dit long sur le fossé culturel entre les deux solitudes sur cette question, avancent certains observateurs.

« Il y a beaucoup plus de diversité à CBC qu’ici. C’est normal, on parle beaucoup plus de diversité au Canada anglais et depuis beaucoup plus longtemps », fait remarquer Pierre Tousignant, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Radio-Canada.

En l’absence de chiffres, la direction francophone de la société d’État reconnaît quand même que ses journalistes ne sont peut-être pas encore assez à l’image du Québec, où les minorités visibles comptent pour environ 13 % de la population selon le recensement de 2016. On assure cependant ne pas ménager les efforts pour recruter des journalistes d’origines diverses.

« C’est fondamental que les communautés culturelles se reconnaissent dans le service public. Ça amène une meilleure perspective des enjeux. Je regarde tout ce qui se passe aux États-Unis et je suis donc très sensibilisée à l’importance pour les personnes de la diversité d’atteindre des postes de cadre aussi », a insisté la directrice générale de l’information de Radio-Canada, Luce Julien, en entrevue au Devoir. 

13%
C’est la proportion des minorités visibles dans la population québécoise, selon le recensement de 2016.

Luce Julien réfute tout biais multiculturaliste en défendant mordicus cette approche. Pour elle, promouvoir la diversité d’origine ne se fait pas au détriment de la diversité de points de vue, au contraire. Pas question par contre d’assumer une politique de discrimination positive ou de quotas en bonne et due forme, Radio-Canada préférant miser sur des « cibles ». Un discours semblable à celui de l’École des médias de l’UQAM.

« On a un programme très contingenté avec un test de français très strict. On accepte entre 55 et 70 étudiants par année, et on en refuse autour de 200. On va continuer d’adopter cette stratégie, mais pendant ce temps-là, on a différentes initiatives pour attirer des étudiants de la diversité, notamment des étudiants autochtones avec des bourses », explique Patrick White, responsable du programme de journalisme.

Patrick White rappelle toutefois que la représentation des communautés culturelles un sein des médias québécois ne peut se comparer à la situation qui prévaut au Canada anglais, où la langue n’est pas un enjeu.

Qui plus est, le métier de journaliste n’a pas bonne presse dans certaines communautés culturelles, ce qui complique davantage le recrutement de jeunes issus de l’immigration.

« Honnêtement, c’est vraiment tough. Ce n’est pas aussi bien vu que le génie ou les métiers dans le domaine de la santé », ajoute Jean-Hugues Roy, lui aussi professeur à l’École des médias.

Entre 2010 et 2019, Jean-Hugues Roy a analysé environ 522 000 articles parus dans l’un des trois principaux quotidiens québécois (Le Devoir, La Presse et Le Journal de Montréal) dans le cadre d’une étude qui n’a pas encore été publiée. Il a estimé qu’à peine 3 % des textes avaient été écrits par un journaliste faisant partie d’une minorité visible.

L’Observatoire québécois de la diversité ethnoculturelle (OQDE) s’est prêté à peu près au même exercice en 2019, mais cette fois pour les textes d’opinion.

Alors que 13 % des Québécois disent appartenir à une minorité visible, il s’est avéré que deux fois moins de chroniques avaient été signées par un membre de la diversité.

« Plus les minorités visibles se voient dans les médias, plus elles se sentent partie prenante de la société. Et d’un autre côté, plus le groupe majoritaire voit des minorités visibles, moins il a tendance à discriminer », explique Hassan Serraji, le directeur de l’OQDE.  

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