L’ancien journaliste du «Devoir» Benoît Munger est mort

Benoît Munger a été parmi les premiers au Québec à voir l’émergence d’Internet comme une ouverture sur tout un monde des possibles.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Benoît Munger a été parmi les premiers au Québec à voir l’émergence d’Internet comme une ouverture sur tout un monde des possibles.

L’ancien journaliste et pupitreur du Devoir Benoît Munger est décédé la semaine dernière à l’âge de 69 ans des suites d’une longue maladie. C’est en grande partie grâce à ce technomane que la première version du site Internet du quotidien a vu le jour en 1997.

Celui qui combattait depuis plusieurs années un cancer du cerveau a vu son état de santé se dégrader soudainement et rapidement samedi. Il était entouré de ses proches lorsqu’il a rendu son dernier souffle.

C’est après avoir travaillé une dizained’années au Progrès du Saguenay, à Chicoutimi, que Benoît Munger a commencé à collaborer au Devoir en 1993. Il y a ensuite été engagé en décembre 1994 comme journaliste et pupitreur.

« C’était un personnage profondément attachant », résume le directeur du Devoir, Brian Myles, qui a été embauché à peine quelques mois avant lui. « J’ai le souvenir d’un collègue rieur, humble, attachant et inébranlable dans sa capacité d’émerveillement, jusqu’à son dernier souffle », souligne-t-il, qualifiant « son énergie, sa passion et son enthousiasme » de « contagieux » dans la salle de rédaction.

Un passionné

Benoît Munger s’est rapidement démarqué en couvrant le secteur des nouvelles technologies et de l’innovation, qui le fascinait tant. « Toutes les nouvelles technologies passaient entre ses mains, se souvient Brian Myles. Benoît a été le premier à arriver avec un iPhone dans la salle, alors qu’on était encore en train d’apprivoiser nos téléphones flip sur lesquels on avait de la misère à texter. »

De son côté, le consultant en stratégie de communication numérique BrunoGuglielminetti garde en mémoire un journaliste qui couvrait « les technologies et le numérique avec beaucoup de passion, beaucoup de sérieux et de rigueur ». « Il était inspirant pour quiconque s’intéressait à ce domaine », note celui qui lisait religieusement ses textes et le croisait souvent dans des conférences de presse quand il travaillait comme réalisateur et chroniqueur pour Radio-Canada dans les années 1980-1990.

Benoît Munger a été parmi les premiers au Québec à voir l’émergence d’Internet comme une ouverture sur tout un monde des possibles. « On peut choisir de tirer le rideau et de fairecomme si de rien n’était ; on peut aussi jeter un coup d’œil, question d’entrevoir ce qui nous attend », écrivait-il dans nos pages le 10 juillet 1995, en présentant sa nouvelle chronique hebdomadaire « Sur l’inforoute ».

Un précurseur

Déjà à l’époque, le journaliste était persuadé qu’Internet jouerait un rôle crucial pour les médias. C’était même l’avenir pour ce secteur. Si Le Devoir a pu inaugurer, dès le 26 juin 1997, une première version de son site Internet, c’est en grande partie grâce à Benoît Munger.

« Benoît a poussé très fort pour que Le Devoir, un journal attaché à la tradition papier, offre aussi ses contenus sur “l’autoroute de l’information” qui émergeait alors au bout de ces trois lettres, www…  indique Brian Myles. Il croyait profondément aux chances de succès du Devoir dans la modernité. »

Benoît Munger est ainsi naturellement devenu le « grand responsable » du site Internet en occupant le tout premier poste de pupitreur numérique au Devoir. Sa conjointe, Carolle Brabant, ex-directrice de Téléfilm Canada, se souvient qu’il vérifiait frénétiquement chaque soir si le site fonctionnait toujours, prêt à sortir du confort de sa maison et à foncer au journal à la minute où le système montrerait la moindre faille.

« Son travail, ce n’était même pas un travail, c’était sa passion. Ça a pris vraiment une place très importante dans sa vie », ajoute-t-elle.

Benoît Munger laisse dans le deuil sa conjointe et ses deux enfants.

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