CBC suspend définitivement les commentaires sous ses publications Facebook

CBC News avait annoncé en juin faire l’expérience d’interdire tout commentaire sur certaines de ses pages Facebook pour une période de quatre semaines.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne CBC News avait annoncé en juin faire l’expérience d’interdire tout commentaire sur certaines de ses pages Facebook pour une période de quatre semaines.

Après une période test concluante, CBC News a décidé de maintenir la suspension des commentaires sous les publications de ses pages Facebook afin de lutter contre les commentaires haineux et les attaques personnelles envers ses journalistes et leur travail.

Le rédacteur en chef du service de nouvelles du diffuseur public anglophone, Brodie Fenlon, en a fait l’annonce dans un billet justificatif publié lundi. « À l’avenir, les sections commentaires resteront fermées sur nos pages Facebook, à quelques exceptions près. Nous ouvrirons les commentaires pour des appels à tous, pour poser des questions spécifiques au public […] et sur quelques pages qui ont de petites, mais saines communautés de commentateurs. Mais sinon, elles resteront fermées », écrit-il.

CBC News avait annoncé en juin faire l’expérience d’interdire tout commentaire sur certaines de ses pages Facebook pour une période de quatre semaines. Une façon de mesurer l’efficacité de cette stratégie pour limiter les commentaires toxiques tout en évaluant son impact sur la fréquentation du média ainsi que sur le travail et le moral des employés.

À l’époque, Brodie Fenlon avait raconté à quel point ce climat toxique sur Facebook avait des répercussions sur la santé mentale des reporters et demandait un énorme travail de modération. Le média anglophone était même arrivé au point de s’autocensurer sur le réseau social en limitant la publication de certaines productions journalistiques susceptibles d’entraîner son lot de commentaires haineux.

Contrecoups marginaux

Quelques mois plus tard, force est de constater que l’expérience « s’est avérée positive », soutient le rédacteur en chef. « Nous publions maintenant des histoires plus variées que jamais sur Facebook. Nous ne sommes plus en train de modérer un espace avec peu de contrôle. L’impact sur notre trafic Web a été marginal. Et le bien-être de notre personnel s’est amélioré, selon une enquête interne que nous avons menée pendant l’expérience », écrit-il.

Il ajoute que cette décision n’a pas pour but de réduire les « véritables critiques » sur le travail journalistique du diffuseur public. « Il s’agit plutôt d’essayer de mettre un terme, dans les espaces en ligne sur lesquels nous avons un certain contrôle au moins, aux abus ignobles, au harcèlement personnel et à la désinformation qui nuisent tant au débat public. »

Les critiques sont toujours « les bienvenues », assure Brodie Fenlon, mais à travers la section de commentaires sous les articles publiés sur le site de CBC News ou encore par le processus de plainte à l’ombudsman. De plus, il rappelle que les téléspectateurs sont toujours libres de s’exprimer sur leurs propres pages Facebook ou Twitter.

Du côté du pendant francophone, Radio-Canada, on soutient avoir « suivi de près » l’expérimentation de CBC News sans pour autant ressentir le besoin de l’imiter pour le moment. « Ce qu’on constate, c’est que notre volume est quand même dix fois moins important que CBC. […] La toxicité sur les réseaux sociaux est peut-être aussi un peu différente. Je n’ai pas fait une étude exhaustive et je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a pas de toxicité sur les réseaux sociaux en français, mais reste que dans notre cas, ça n’a pas atteint le niveau de toxicité comme c’était à CBC », a indiqué en entrevue la directrice générale de l’information, Luce Julien.

L’approche privilégiée est plutôt de fermer à l’occasion les commentaires lorsque la situation l’exige. Elle donne l’exemple de la page des Décrypteurs, sur laquelle les commentaires ont été fermés après que l’équipe — qui traque la désinformation — a été la cible d’insultes et de menaces au début de la pandémie.

En juin dernier, la direction de Radio-Canada avait également écarté la recommandation de l’ancien ombudsman Guy Gendron, qui suggérait carrément de tirer un trait sur la section commentaires du site Internet du service de nouvelles. « Le plus souvent, cette section offre à quelques personnes — habituellement toujours les mêmes — une occasion de s’affronter, comme dans un ring de boxe, en ressassant les mêmes obsessions, préjugés et demi-vérités. On assiste rarement à un échange éclairant, mais plutôt à des querelles entre initiés qui ont pour effet un nivellement vers le bas du débat », écrivait-il dans son dernier rapport annuel.

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