Télévision - Tout le monde en parle porte bien son nom

Rarement une émission a aussi bien porté son nom. Pour la deuxième semaine de suite, Tout le monde en parle faisait encore l'événement: plus de deux millions de téléspectateurs ont regardé l'émission dimanche soir à Radio-Canada, tout le monde en parlait évidemment hier, et la députée Pauline Marois, invitée à l'émission, déclarait par la suite que «Raël est fou à lier».

Bref, Guy A. Lepage et sa troupe peuvent se frotter les mains: leur émission fait effectivement parler tout le monde.

Le point fort de l'édition de dimanche soir dernier a été le passage de Claude Vorilhon, dit Raël, dont les propos ont suscité malaise et agressivité autour de la table, le sommet étant atteint lorsque le caricaturiste Serge Chapleau l'a traité de joke, a ridiculisé son costume et lui a agrippé le chignon, Raël quittant le plateau suivi par ses fidèles qui étaient dans la salle.

Hier après-midi, Radio-Canada avait reçu une trentaine de courriels concernant l'émission de la veille, dont les deux tiers, selon la porte-parole de la télévision publique Marie-Josée LeBlanc, critiquaient l'attitude de Serge Chapleau. «Mais certains courriels étaient signés de gens se présentant comme des fidèles de Raël», ajoute-t-elle.

Radio-Canada n'avait pas reçu de mise en demeure, de menaces de poursuites ou de demande d'excuses.

Des excuses demandées

Par contre, les raéliens ont écrit hier au chef du Parti québécois Bernard Landry et aux premiers ministres Jean Charest et Paul Martin (dans ce dernier cas, on se demande bien pourquoi) pour exiger que Mme Marois présente des excuses officielles au «chef religieux Raël». Dans cette lettre, Daniel Chabot, porte-parole des raéliens, soutient que Pauline Marois a eu un comportement indigne.

La principale intéressée a déclaré hier à La Presse Canadienne qu'elle n'avait aucunement l'intention de s'excuser. Dans une entrevue, elle a plutôt déclaré que Raël était «fou à lier».

«À un moment donné, j'ai songé à me lever et à m'en aller. Mais, ensuite, je me suis dis que la meilleure attitude à adopter était de le dénoncer».

La députée de Taillon dit n'avoir appris que la veille qu'elle devrait partager la même tribune que Vorilhon. Elle promet qu'on ne l'y reprendra plus. «Plus jamais, plus jamais de ma vie, je me retrouverai avec lui sur quelque tribune que ce soit», a-t-elle ajouté à La Presse canadienne. «Je ne pensais pas qu'il était aussi fou que ça», a-t-elle insisté, qualifiant de «capotées» les vues du chef du mouvement.

Alors que l'émission de dimanche soir a frôlé le freak show, les invités mal à l'aise tentant de blaguer et de ridiculiser Vorilhon, Pauline Marois fut la seule à tenter d'y opposer une argumentation plus structurée. Ainsi, scandalisée par les propos de Raël voulant que seuls les êtres supérieurement intelligents devraient avoir le droit de vote, elle s'est livrée à un petit cours sur la démocratie, mentionnant que même «les plus humbles» de notre société avaient droit de participer aux scrutins.

Hier plusieurs s'interrogeaient sur le bien-fondé de donner de la visibilité aux Raéliens dans une telle émission. Ce qui est certain, c'est que la vitrine fut exceptionnelle: Tout le monde en parle a attiré 2 179 300 auditeurs dimanche soir, selon la firme BBM, avec une pointe de 2,2 millions autour de 21h. C'est énorme (l'année dernière seuls Les Bougon arrivaient à dépasser deux millions d'auditeurs à Radio-Canada). La première édition de l'émission la semaine précédente avait attiré 1,6 million d'auditeurs.

Difficile de prédire si Tout le monde en parle arrivera à tenir un tel rythme dans la controverse, alors qu'en octobre TVA se prépare à lui opposer à la même heure une nouvelle émission de télé-réalité, Pour le meilleur et pour le pire.

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Par ailleurs, le retour de Gérard D. Laflaque sur les ondes a attiré environ un million de téléspectateurs dimanche soir à Radio-Canada. Pendant Tout le monde en parle, le film à TVA, L'Inconnu de Las Vegas, a attiré à peine 582 000 auditeurs.

La nouvelle émission de Véronique Cloutier à Radio-Canada, Ça va être ta fête, attirait 692 000 téléspectateurs à Radio-Canada. À la même heure, la nouvelle émission de Marie-France Bazzo à Télé-Québec, Il va y avoir du sport, en attirait 148 000.
7 commentaires
  • Martin Gignac - Inscrit 21 septembre 2004 09 h 49

    Arrogance et ignorance

    Je ne discuterai pas du fond de la pensee des raelliens... je crois
    effectivement que leurs idee relevent du delire... Mais la formule
    de l'emission "tout le monde en parle" souleve certaines questions
    dans mon esprit. La premiere semaine, je me desolais d'apprendre
    que les gens de CHOI avaient fausse compagnie aux amuseurs
    de la SRC. Je ne defends pas les gens de CHOI, que j'ai comme plusieurs seulement ecoute apres la decision du CRTC; je pense
    effectivement que leurs propos sont gratuits et sans fondements.
    Mais, j'aurais bien aime les entendre debattre de leurs idees a travers
    une entrevue.. Cependant, cette semaine, devant la belliqueuse arrogance de M. Chaplau (et Dieu crea son personnage-le narcissisme de ce caricaturiste est vraiment mis de l'avant cette annee), je me suis dit finalement que les gens de CHOI avaient bien fait de ne pas se presenter. Si cette emission continue a s'acharner autant sur ses invites, je commence a croire que les seuls amis du cercle artistique oseront se presenter sur le plateau... un peu de respect pour les personnes nous permettrait d'en apprendre
    beaucoup sur les idees, memes les plus farfelues... A mon avis, c'est le seul moyen de les critiquer en connaissance de cause et sans la pretention. On eviterai ainsi d'assieter a desolantes scenes comme celles de dimanche dernier.

  • Alexandre L'Archevêque - Inscrit 21 septembre 2004 13 h 00

    Raël contre les Bougons

    D'abord et avant tout, je tiens à préciser que je ne suis pas Raëlien.

    La qualité du spectacle offert à «Tout le monde en parle» a connu, dès la deuxième occurrence de l'émission, une dégénérescence notable. Tout allait bien jusqu'à l'arrivée de Claude Vorilhon, alias Raël. Pourtant, ce dernier ne peut être tenu responsable pour les pénibles moments de télévision que nous avons dû subir.

    Le roi Guy A. Lepage, et son sinistre bouffon, Dany Turcotte, se sont évertués avec succès à ridiculiser leur invité, tant l'homme que le personnage. Lepage et ses acolytes ont fait pire que Jeff Fillion. Ils ont manqué de respect - non, ils ont littéralement ridiculisé - un individu qui, en aucun moment, a cherché à attaquer un des convives aux dents longues assis autour de lui. Il n'y a eu aucune argumentation, aucun débat.

    Pauline Marois est celle qui, selon moi, a ouvert le bal du pathétique en muselant Raël lorsque celui-ci tentait, en vain, d'étayer son point de vue concernant la démocratie restreinte. En agissant de la sorte, Pauline Marois a bafoué l'idéologie qu'elle prétend défendre. En effet, la démocratie consiste à allouer un droit de parole, et ce, à chacun des partis, aussi extrême soit-il. C'est ainsi qu'on espère confronter pour le mieux les idées et invalider les systèmes de croyances fondés sur des principes discriminatoires et haineux. Or, Raël s'est vu privé du droit de s'exprimer et, par extension, de subir un contre-interrogatoire en règle. Pauline Marois, qui se dit pourtant prête à tolérer les points de vue divergents et qui réclame un débat d'idées au sein du PQ, a été prompte à dénigrer l'opinion d'un homme ouvert à la discussion.

    J'éviterai d'aborder l'intervention laborieuse de Caroline Néron pour passer directement à celui qui se mérite la palme de la calomnie, le caricaturiste Serge Chapleau. Encore là, les arguments ont cédé le pas aux insultes. Je suis d'accord avec Chapleau lorsque celui-ci se qualifie d'insolent (ou de quelque chose du genre). Le problème, c'est que toute attitude de mépris, même lorsqu'elle prend la forme d'une blague ou d'une marionnette, représente une atteinte au respect d'autrui. Peut-être suis-je d'une autre époque, mais je crois que chaque personne a droit au respect de ses congénères. Raël n'a pas eu droit à ce respect fondamental. Discutons et débattons, mais selon les règles de l'art, c'est-à-dire aux moyens d'arguments. Que celui qui insulte quitte la table! Chapleau aurait mérité, pour son irrévérence digne d'un trouble-fête de première année, un chapeau d'âne. Que dis-je! L'âne au complet!

    À plus d'une reprise il a été question, à la «blague» bien sûr, du risque de se faire agresser physiquement par Raël et ses disciples. Absolument ridicule! Chapleau a été le premier à toucher Raël! En fait, il a fallu plusieurs volées de pierres avant que le condamné (sans procès, rappelons-le) à la lapidation pose le premier geste de défense. J'étais heureux et soulagé de le voir quitter, tête haute, le plateau. Malheureusement, le grotesque s'est terminé en même temps que le générique.

    En somme, Chapleau, Turcotte et Lepage ont usé à mauvais escient de l'humour et du droit de parole pour exprimer leur incompréhension ainsi que leur étroitesse d'esprit aux millions de téléspectateurs de l'émission. En effet, il ne s'agissait plus de simples taquineries d'usage, mais plutôt de poignards lancés bien bas. Le problème, c'est qu'il est socialement correct d'être drôle, même lorsqu'il s'agit de rire de l'apparence physique ou de la tenue vestimentaire d'un homme. Si les gens rient, l'hostilité devient vite comestible et le public boulimique.

    Tout le monde en parlera, je l'espère, de ce divertissement de bas étage! The show must go on. mais avec des excuses d'abord!

  • LUCIE BILODEAU - Inscrite 21 septembre 2004 16 h 22

    RAEL - RÉEL?

    Suite à l'émission de dimanche dernier avec Rael sa sainteté, je ne comprends que ce clown-clone ait accepté l'invitation sachant très bien qu'il serait mis en boîte; mais heureux de la visibilité (2M d'auditeurs...) il s'est donc rendu là-bas avec ses disciples.

    Bravo Serge Chapleau et Pauline Marois; vous avez démontré que tous les Québécois ne sont pas des "suiveux" et qu'on en a marre de ces sectes si riches qu'elles pourraient nourrir des milliers d'enfants dans le monde entier!

    l. bilodeau

  • anne simon - Inscrite 22 septembre 2004 14 h 01

    Incitation à l'intolérance

    Je ne suis pas une adepte de Raël, loin de là mais, j'estime que l'attitude de Marc Chapleau à l'égard de ce dernier était totalement inacceptable dimanche dernier. J'ai bien peur que l'émission Tout le monde en parle ne devienne une tribune d'insolances stériles entre gens de pouvoir consantants. Car il faut définitivement être une personne de pouvoir pour être en mesure d'insoler les gens à la télé.

    Anne Simon
    Montréal

  • Fernand Bélanger - Inscrit 22 septembre 2004 15 h 15

    Il n'y a pas de quoi foueter un chat !

    Rael....
    La question demeure pour moi et pas uniquement au sujet de Rael. Pourquoi offrir une tribune aussi grande à ces illuminés dangeureux pour la société.

    ( La clientèle des sectes en est une fragile psychologiquement )Il ne faut pas l'oublier !
    Bravo à Chapleau d'avoir remis à sa place ce clown monochrome.

    Dans l'espoir de ne pas ressentir ces malaises à chaque duffusion de " Tout le mond en parle "