Pivot, un nouveau nom dans l’espace médiatique

Les artisans du nouveau média Web Pivot dans leurs locaux à la halte 24-7: Marie Sébire, rédactrice en chef (assise), Gabrielle Brassard-Lecours, cofondatrice, et Alexis Ross, journaliste aux actualités.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les artisans du nouveau média Web Pivot dans leurs locaux à la halte 24-7: Marie Sébire, rédactrice en chef (assise), Gabrielle Brassard-Lecours, cofondatrice, et Alexis Ross, journaliste aux actualités.

Après sept ans d’existence, le volet francophone du média indépendant Ricochet disparaît pour renaître sous une nouvelle identité, a appris Le Devoir. Le nouveau quotidien nommé Pivot, issu d’une fusion avec le site de nouvelles Majeur et d’un partenariat avec le média anglophone PressProgress, est lancé exclusivement sur Internet jeudi.

« Ricochet francophone ne meurt pas totalement, il continue d’exister, mais en passant par une nouvelle identité, un nouveau nom, un nouveau site Web (pivot.quebec). […] C’est un petit deuil, mais c’est pour le mieux. Sans l’apport de Majeur, je ne voyais pas comment Ricochet pouvait encore progresser », confie Gabrielle Brassard-Lecours, qui a cofondé Ricochet en 2014 et qui sera désormais présidente du conseil d’administration de Pivot.

Dans la lignée des médias qu’il réunit, Pivot se veut une autre option par rapport aux sources d’information existantes. Il affiche fièrement une ligne éditoriale progressiste qui guidera les thématiques abordées, sans pour autant réduire la qualité et la rigueur des articles, promet-on. « On souhaite aborder des événements négligés par la couverture dans les autres médias. On veut faire valoir des points de vue différents », précise Alexis Ross, un des journalistes permanents du nouveau média, qui écrivait avant pour Majeur.

Créé il y a un an, Majeur avait fait parler de lui en novembre 2020 lorsque Radio-Canada avait révélé que deux membres de l’équipe derrière le site de nouvelles, Simon Tremblay-Pepin et Ludvic Moquin-Beaudry, avaient par le passé occupé des postes au sein de Québec solidaire (QS). Ludvic Moquin-Beaudry fait d’ailleurs partie du CA de Pivot.

« Personne à Majeur n’était activement impliqué dans QS quand ç’a été fondé et pendant son activité. On conserve notre indépendance à Pivot. Notre allégeance va à la justice sociale et écologique, pas à un parti politique », fait valoir Gabrielle Brassard-Lecours, assurant que « si un parti, même progressiste, s’expose à la critique », le quotidien fera le travail journalistique qu’on attend de lui.

L'environnement, les solutions

Pivot compte proposer une couverture quotidienne de l’actualité et des reportages fouillés sur des sujets variés, touchant autant aux nouvelles internationales et aux faits de société qu’à la politique québécoise et canadienne. Puisque le volet anglophone de Ricochet continue d’exister de son côté, une collaboration permettra aux deux médias d’échanger des contenus et d’élargir leurs horizons.

L’accent sera également mis sur les nouvelles environnementales ainsi que sur le journalisme de solutions. Une grande place sera aussi faite aux contenus multimédias déjà développés par Ricochet, tels que leur balado Les ficelles. Sans oublier la section opinion, qui accueillera d’anciens chroniqueurs de Ricochet, dont Ricardo Lamour, Anne-Marie Bégin-Beaudoin, Francis Dupuis-Déri et Laurence Ricard.

En parcourant le nouveau site de nouvelles, jeudi, les lecteurs pourront déjà découvrir des reportages sur la campagne électorale municipale en cours et sur la liberté universitaire, mais aussi une enquête sur les pratiques nuisibles de certains propriétaires de logements envers leurs locataires.

« Ça faisait longtemps qu’on voulait faire de l’enquête [à Ricochet]. On voulait devenir le Mediapart du Québec. Ça n’a pas fonctionné comme ça », confie Gabrielle Brassard-Lecours. Mais grâce à un partenariat avec PressProgress, le rêve est peut-être en voie de devenir réalité. Le média d’enquête canadien cherchait à avoir une porte d’entrée au Québec. Il a convenu de les aider financièrement à embaucher un journaliste d’enquête en échange de pouvoir reprendre et traduire les articles de ce dernier sur son site Web.

Abonnements payants

En unissant leurs forces et leurs ressources financières, Ricochet et Majeur ont ainsi pu mettre rapidement sur pied une petite équipe de salariés constituée de deux journalistes — dont un spécialisé en enquête — et d’une rédactrice en chef. Ce noyau dur est déjà appelé à grandir alors que les recherches vont bon train pour embaucher une personne responsable des médias sociaux. Pivot peut aussi compter sur la collaboration de nombreux pigistes de Ricochet qui ont accepté de les suivre dans l’aventure.

« Il y a toujours un risque de lancer un nouveau média, reconnaît Gabrielle Brassard-Lecours. On est stressés, on se demande si les gens seront au rendez-vous. Mais Ricochet était quand même bien établi. On espère que nos abonnés comprendront que Pivot est une continuation. »

Car le quotidien indépendant compte beaucoup sur son modèle d’abonnements payants pour maintenir le navire à flot. « Tous les articles seront en accès libre, précise Alexis Ross. Mais on va offrir quelque chose de plus aux abonnés ».

Il y a toujours un risque de lancer un nouveau média. On est stressés, on se demande si les gens seront au rendez-vous. Mais Ricochet était quand même bien établi. On espère que nos abonnés comprendront que Pivot est une continuation. 

 

Les abonnés pourront par exemple contribuer au contenu du journal en participant aux choix des sujets à couvrir. « Ils auront accès à une salle de rédaction virtuelle sur le site Internet, un genre de formulaire où ils pourront proposer des sujets avec un système de vote. Un journaliste couvrira les sujets les plus populaires », ajoute Gabrielle Brassard-Lecours.

Des rencontres entre abonnés et journalistes ainsi que des conférences sont aussi envisagées. « Il y a un bris de confiance en ce moment entre les médias et le public. On veut donc se rapprocher de nos abonnés, qu’ils se sentent impliqués et donc plus représentés », poursuit-elle.

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