CBC/Radio-Canada songe à rendre la vaccination obligatoire

Tous les artisans du diffuseur public devront déclarer leur statut vaccinal d’ici le 31 octobre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Tous les artisans du diffuseur public devront déclarer leur statut vaccinal d’ici le 31 octobre.

CBC/Radio-Canada envisage d’emboîter le pas à Bell Média et à Québecor en rendant la vaccination contre la COVID-19 obligatoire pour tous ses employés au pays. D’ici le 31 octobre, tous les artisans du diffuseur public devront déclarer leur statut vaccinal pour permettre à la société d’État de dresser un portrait de la situation. Un processus qui préoccupe toutefois leur syndicat.

« Nous considérons sérieusement de rendre la vaccination obligatoire pour tous les employés. Mais pour pouvoir prendre une décision éclairée sur la suite des choses […], nous avons besoin d’informations supplémentaires », a fait savoir dans un courriel envoyé au Devoir le porte-parole institutionnel de la société d’État, Leon Mar.

Il précise que la présentation d’un passeport vaccinal est déjà exigée aux « invités, contractuels, producteurs indépendants, visiteurs et aux membres du public assistant à des enregistrements » dans ses installations.

Rappelons qu’au mois d’août, le gouvernement Trudeau avait déjà indiqué vouloir imposer la vaccination à toute sa fonction publique, ainsi qu’aux travailleurs évoluant dans des secteurs réglementés par le fédéral, dont les entreprises de radiodiffusion et de télécommunications. CBC/Radio-Canada dit attendre des précisions d’Ottawa à ce sujet.

Déclaration obligatoire

C’est lors d’une visioconférence la semaine dernière que la direction de CBC/Radio-Canada a fait savoir à ses employés qu’ils devront tous — y compris ceux en télétravail — déclarer leur statut vaccinal d’ici la fin du mois d’octobre. Un formulaire et des précisions leur ont été envoyés vendredi.

Les travailleurs adéquatement protégés contre la COVID-19 devront fournir la preuve de leur vaccination ; un « fournisseur médical externe » sera responsable de vérifier les documents. Les autres employés seront contactés ultérieurement : l’employeur souhaiterait les rencontrer pour comprendre pourquoi ils ne sont pas encore vaccinés et les encourager à le faire, d’après le Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Radio-Canada (STTRC), qui représente près de 3000 travailleurs au Québec et à Moncton.

Ce dernier se dit préoccupé par la nouvelle directive alors que de nombreuses questions restent sans réponse, à commencer par la confidentialité du processus. Même si CBC/Radio-Canada affirme que les informations fournies seront « traitées en toute confidentialité » et qu’elles ne seront « conservées que le temps nécessaire pour atteindre les objectifs fixés, sans plus », le président du syndicat se montre peu rassuré par le recours àune firme externe. « À ma connaissance, la seule preuve pour justifier une vaccination complète, c’est le code QR. Ce sont des données personnelles, sensibles, qu’on n’envoie pas comme ça, simplement par courriel, lance Pierre Tousignant. Et encore moins à une compagnie externe. »

Il s’inquiète aussi pour les employés qui ne peuvent recevoir de vaccin contre la COVID-19 pour des raisons médicales. Ces derniers doivent être contactés individuellement pour justifier leur situation. « La situation médicale d’un employé ne regarde pas l’employeur ni les gestionnaires qui auront aussi accès à ces informations », avance-t-il.

Des sanctions ?

S’ajoute à cela le flou entourant les sanctions qui pourraient s’appliquer aux travailleurs qui refusent de remplir le formulaire ou à ceux qui ne sont pas vaccinés, advenant l’obligation de présenter un passeport vaccinal. La question a été posée à la direction, soutient M. Tousignant, mais « l’employeur n’a pas répondu clairement. Il n’a pas dit qu’il y aurait des sanctions ni qu’il n’y en aurait pas ».

Questionné à nouveau par Le Devoir au sujet d’éventuelles sanctions, Leon Mar n’a pas clairement répondu et a simplement déclaré : « Nous sommes confiants que nous pouvons compter sur nos employés pour nous aider à continuer de protéger nos environnements de travail. »

« ​On a demandé, avec d’autres syndicats, un avis juridique à la CSN, mais on n’a pas de poignée pour empêcher Radio-Canada de demander ce type d’informations, reprend M. Tousignant. C’est pourquoi on recommande à nos membres de remplir le formulaire. […] Nous, on continue de poser des questions à la direction lors de nos rencontres hebdomadaires pour s’assurer que le processus se fera correctement. »

Du côté de Bell Média, qui exploite Noovo et les chaînes spécialisées Canal Vie et RDS, on a plutôt opté pour l’imposition du passeport vaccinal aux employés et aux fournisseurs « qui travaillent ou qui visitent un lieu de travail de l’entreprise ». Québecor, à qui appartient TVA, compte appliquer une politique similaire à tous ses « employés, fournisseurs, visiteurs, sous-traitants et consultants » d’ici le 1er novembre, précise un avis interne obtenu par Le Devoir.

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