La soirée électorale dans l’oeil des médias

Les sondages présageaient depuis des semaines une lutte très serrée entre le Parti libéral et le Parti conservateur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Les sondages présageaient depuis des semaines une lutte très serrée entre le Parti libéral et le Parti conservateur.

La soirée s’annonçait longue, très longue, à en croire les journalistes, animateurs et analystes qui couvraient la soirée électorale lundi et s’attendaient à des chiffres très serrés. La surprise n’aura finalement pas été le résultat en soi — un gouvernement libéral encore minoritaire —, mais l’heure à laquelle il a pu être annoncé.

À 22 h 21, la chaîne Noovo Info — qui vivait sa première soirée électorale — a lancé le bal du côté francophone en prédisant que les libéraux de Justin Trudeau seraient reconduits au pouvoir. À peine 20 minutes plus tard, elle annonçait déjà qu’il s’agirait d’un gouvernement minoritaire. La concurrence a préféré jouer la carte de la prudence : Radio-Canada et TVA ont prédit respectivement à 22 h 26 et 22 h 27 que les libéraux resteraient au pouvoir, mais ont attendu passé 23 h 10 pour annoncer un gouvernement minoritaire.

« On s’attendait vraiment à ce que l’annonce du grand gagnant n’arrive pas avant 23 h et même à ce qu’il n’y ait aucune décision finale ce soir, mais ça a été beaucoup plus rapide que prévu, c’est surprenant », lance Patrick White, professeur de journalisme à l’UQAM, encore étonné par ce dénouement.

Il faut dire que les sondages présageaient depuis des semaines une lutte très serrée entre le Parti libéral et le Parti conservateur. Si beaucoup d’analystes s’attendaient à un gouvernement minoritaire en fin de compte, rares sont ceux qui avaient osé se mouiller pour le prédire libéral ou conservateur avant de voir les premiers résultats.

« C’est aussi un gros soulagement pour les médias, surtout pour les grands réseaux télévisés. C’est beaucoup de travail, une soirée électorale, beaucoup de remplissage en onde. On aurait pu vite tourner en rond dans les analyses, les prédictions, si les résultats étaient restés serrés jusqu’à tard dans la soirée », ajoute le professeur White.

Sans surprise, les animateurs des deux grands réseaux TVA et Radio-Canada, Pierre Bruneau et Patrice Roy, ont alterné avec une grande aisance — et habitude — les commentaires politiques, les prédictions des experts, les témoignages des candidats et les analyses des journalistes sur le terrain, d’un bout à l’autre du pays.

À l’émission spéciale de Radio-Canada diffusée dès 17 h 55, Patrice Roy était entouré de quatre analystes, Madeleine Blais-Morin, Alec Castonguay, Hélène Buzzetti et Michel C. Auger, et de quatre ex-politiciens, Françoise Boivin, Michael Fortier, Brian Gallant et Gilles Duceppe.

L’animateur Pierre Bruneau, dont on ne compte plus le nombre de soirées électorales à son actif, était quant à lui entouré de la même équipe qu’en 2019, soit les analystes Emmanuelle Latraverse, Mario Dumont, Jean-Marc Léger et Paul Larocque, ainsi que les panélistes politiques Thomas Mulcair, Caroline St-Hilaire et Luc Lavoie.

Ce qui a surtout marqué le professeur Patrick White, c’est l’utilisation abondante de contenus visuels pour analyser les résultats. Infographies en tout genre, carte électorale interactive : « On sentait vraiment une envie de rendre les résultats plus concrets et compréhensibles pour les gens à la maison. »

Un troisième joueur

Du côté de la jeune salle de nouvelles Noovo Info, ce sont les animateurs Noémi Mercier et Michel Bhérer qui ont pris la barre de cette soirée spéciale. Ils ont pu compter sur la présence de leurs journalistes sur le terrain et sur celle de leurs nombreux chroniqueurs invités sur le plateau, dont Martine St-Victor, Jonathan Trudeau, Alexis Wawanoloath, Hugo Meunier, Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, Yves Boisvert, Philippe J. Fournier, Victor Henriquez, Mia Homsy, Camille Lopez. Un panel bien plus diversifié que leurs concurrents, ont remarqué nombre d’internautes sur les réseaux sociaux.

« J’ai bien apprécié ce que Noovo Info a présenté. C’était très décontracté, ça riait sur le plateau, qui était d’ailleurs bien aménagé. La formule était intéressante aussi dans son contenu. Avec moins de journalistes sur le terrain, ils ont pris le temps de vulgariser de nombreux enjeux et de s’arrêter sur des sujets dont on avait peu parlé pendant la campagne », note Patrick White.

Le professeur tient aussi à souligner la présence remarquée du média sur Instagram avec son « show parallèle » une émission en live sur le réseau social qui cherchait à mieux rejoindre les jeunes en abordant des sujets qui les touchent davantage.

« Tous les médias, pas juste les chaînes, ont été très présents sur le numérique, avec des couvertures en direct dynamiques, ajoute Patrick White. Ils étaient aussi sur les réseaux sociaux, mais surtout Twitter et Facebook. Instagram et TikTok sont sous-exploités ici au Québec. Les médias gagneraient à les investir encore plus. » Le professeur croit que ce type de format, les vidéos courtes, sera toutefois de plus en plus utilisé dans les prochaines couvertures médiatiques des campagnes électorales.



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