À voir à la télévision le jeudi 12 août - Un personnage malicieux

Le documentaire présenté par Artv ce soir a été achevé en 2000. Réalisé par Mark Kidel, son tournage a duré deux ans à travers toute l'Europe. Cela valait la peine d'être patient, car Alfred Brendel, le grand pianiste, né en 1931 en Moravie, est une personnalité beaucoup plus riche et ouverte que ne le laissent imaginer ses enregistrements et réenregistrements perpétuels de Beethoven, Schubert et Mozart.

En fait, Brendel est un grand malicieux. Mark Kidel le laisse marquer son territoire dès avant le générique, avec une sorte de liste d'épicerie des raisons pour lesquelles il est lui-même très surpris d'avoir fait carrière. Puis, il nous raconte son enfance: «Comme enfant unique, j'ai dû souvent me démarquer de mes parents, qui n'avaient pas de sens esthétique et n'étaient pas portés sur les choses intellectuelles. J'ai dû découvrir bien des choses par moi-même, mais c'est bien ainsi: s'il est nécessaire pour un jeune de remettre en cause l'éducation qu'il reçoit, je pense avoir bien réussi.»

Notre homme est aussi poète: ce fut l'une des grandes révélations de ce film, que cette poésie (en anglais, car Brendel, qui se définit comme un «Européen dans la ville la plus cosmopolite d'Europe», vit à Londres) douce-amère qu'on le voit réciter, accompagné par Pierre-Laurent Aimard jouant Ligeti au piano. Très beau moment aussi: Brendel devant les incroyables têtes sculptées par le Messerschmitt et remerciant le ciel que celui-ci soit devenu génial en devenant paranoïaque. Il serait utile de diffuser parallèlement à ce documentaire marquant quelques-unes des interprétations de Brendel filmées dans les trente dernières années.

Portraits / Alfred Brendel

Artv, 21h