Facebook paiera pour des liens d'articles de médias canadiens, dont «Le Devoir»

En plus du Devoir, Facebook a conclu des ententes avec les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien, La Tribune et La Voix de l’Est) et de FP Newspapers, qui inclut notamment le Winnipeg Free Press.
Photo: Chris Delmas Agence France-Presse En plus du Devoir, Facebook a conclu des ententes avec les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien, La Tribune et La Voix de l’Est) et de FP Newspapers, qui inclut notamment le Winnipeg Free Press.

Quatorze médias canadiens, dont Le Devoir, figurent parmi les premières entreprises de presse du monde à être rémunérées par Facebook pour l’utilisation de leur contenu grâce à une toute nouvelle interface expérimentale qui promet un meilleur partage des revenus publicitaires sur le Web.

Le géant californien du numérique a finalement choisi le Canada pour mettre en œuvre sa propre recette de partage équitable de ses profits avec les médias d’information. Sa nouvelle interface, nommée Facebook News Innovation Test (L’expérimentation d’innovation en nouvelles de Facebook), vise à envoyer vers des endroits spécifiques du site certains contenus de médias partenaires qui n’ont pas déjà été partagés de manière régulière sur leur page officielle. Le contenu des médias doit y être payé à sa juste valeur.

« Ça jette les bases d’une relation de confiance qui évolue vite entre Le Devoir et Facebook, explique le directeur du Devoir, Brian Myles. Au fond, on obtient ce qu’on a toujours voulu : une entente qui est respectueuse de notre contenu, qui nous permet de faire grandir notre base d’utilisateurs. »

En plus du Devoir, Facebook a conclu des ententes avec les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien, La Tribune et La Voix de l’Est) et de FP Newspapers, qui inclut notamment le Winnipeg Free Press. Onze autres publications traditionnelles ou en ligne de langue anglaise feront aussi partie de l’expérience : le National Observer, The Coast, BlogTo, Daily Hive, Discourse Media, Narcity, The Narwhal, SaltWire Network, The Sprawl, The Tyee et Village Media.

« Je suis fier de faire partie de ce groupe sélect. Ce sont des marques qui sont toutes respectées par leur public respectif, qui ne font pas de l’information un concours de popularité », ajoute Brian Myles. Grâce à ce partenariat, croit-il, les internautes québécois ont plus de chances de tomber sur des contenus du Devoir en ligne. « Ce qu’on faisait gratuitement, on va le faire maintenant dans un projet pilote, avec une compensation juste et équitable. »

Les liens des articles partagés par la nouvelle interface doivent rediriger les usagers de Facebook vers le site Web du Devoir. Selon le modèle d’affaires du quotidien indépendant, la rentabilité de son site Web dépend des abonnements des lecteurs, à l’instar de médias comme le New York Times ou Le Monde. Le Devoir avait déjà conclu des ententes avec d’autres géants du Web pour la publication de son contenu, dont Apple News+ et le site MSN, de Microsoft.

Nouvelle interface

Il est encore trop tôt pour savoir précisément où se retrouveront tous les contenus achetés par Facebook. Chose certaine, les médias ne seront pas payés pour les simples partages de leurs articles, comme ceux qui apparaissent en temps normal sur le fil de nouvelles défilant sur leur site. Ils ne seront rétribués que pour le contenu qui apparaîtra sur des « surfaces » spécialisées, dont certaines qui ne sont pas encore inventées. Le Centre d’information sur la COVID-19 et le Centre d’information sur le climat sont deux exemples de surfaces déjà mises en place par Facebook, illustre son directeur canadien, Kevin Chan.

« Si l’expérience va comme nous l’espérons, cela va dégager une valeur ajoutée pour les publications, parce qu’il y aura de nouveaux endroits sur Facebook où les gens vont pouvoir découvrir des nouvelles », précise le directeur mondial et chef de la politique publique de Facebook Canada, en entrevue au Devoir.

À court terme, les usagers du réseau social ne devraient pas voir de différence. De nouvelles sections du site, ou « surfaces », devraient toutefois voir le jour, notamment pour offrir des informations factuelles aux internautes sur différents sujets. Les liens des articles seraient ainsi intégrés à ces projets. « Le test n’est pas conçu pour influer, d’aucune manière, sur les décisions éditoriales, assure Kevin Chan. Nous ne voulons certainement pas dicter ce que nous voulons en matière de type d’articles par rapport à d’autres. Selon notre accord [avec les médias], tous les liens de nouvelles ajoutés à l’interface pourraient être utilisés par ces centres d’information, ou encore pour autre chose à l’avenir. »

Les médias partenaires auront ainsi toujours le choix entre partager leur contenu de manière régulière et gratuite sur le réseau social, ou le partager dans la nouvelle interface payante. « Nous allons tester et apprendre au fur et à mesure, et conduire des expériences avec nos partenaires », ajoute M. Chan.

Les ententes conclues avec les médias doivent s’étaler sur plusieurs années, et les sommes en jeu sont gardées confidentielles. Le financement sera pris à même la somme déjà annoncée par Facebook d’un milliard d’investissements sur trois ans pour aider les médias d’information. Le réseau social croit que ce nouveau modèle de rémunération des médias pourrait être une inspiration pour de futures politiques publiques, au moment où le gouvernement Trudeau a signalé son intention de légiférer pour assurer un partage équitable des revenus entre les entreprises de presse et les géants du Web.

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Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément qu’il s’agissait d’un nouveau financement qui ne provenait pas de sommes déjà annoncées par Facebook, a été modifiée.