Festival - «Mes hommages, monseigneur...»

Les Fêtes de la Nouvelle-France, dont c'est déjà la 8e édition, ont pour thème cette année le développement du commerce et de l'industrie à l'époque de l'intendant Gilles Hocquart, entre 1731 et 1744. Année après année, cet événement populaire s'impose avant tout comme une Halloween pour adultes.

Le plaisir de se déguiser et de porter de flamboyants costumes est loin d'être réservé aux enfants et les Fêtes de la Nouvelle-France le prouvent chaque année. Les participants rivalisent d'ingéniosité pour se confectionner des parures de gentilshommes et de gentes dames et l'on continue à voir apparaître à Québec de nouvelles boutiques spécialisées dans la vente de costumes du genre. Au-delà des différentes activités visant à mieux nous faire connaître notre histoire, on se rend de toute évidence à l'événement pour jouer un personnage, sentir l'ambiance d'une autre époque, «voyager dans le passé», pour reprendre une expression employée par le président des Fêtes, Michel Proulx.

On ne sera donc pas surpris d'apprendre que défilés et processions demeurent les grands moments de ces Fêtes. Un premier défilé est prévu pour l'ouverture, le soir du 4 août, de la porte Saint-Jean au parc Montmorency dans le Vieux-Québec, juste avant le grand bal du gouverneur. Autre curiosité, les fameux défilés des Géants, qui se tiendront dans le même coin, les 6 et 7 août. Hauts de 4,5 mètres, ces grandes marionnettes qui avancent sur les épaules de porteurs évoquent de façon amusante les idoles des anciennes fêtes de village. Cette année, le groupe de géants comptera comme nouveau membre le Grand Esprit des Nations, en guise de rappel des liens entre autochtones et Européens. Mentionnons aussi la grande marche entre Sainte-Anne-de-Beaupré et la basilique de Québec sur l'ancien chemin du Roy, dont on souligne l'inauguration en 1737. Dès 7h du matin, les plus vaillants pourront même recevoir la bénédiction des pères rédemptoristes pour se donner de la vigueur. Et enfin, pour couronner le tout, un centre commercial commanditaire des Fêtes présente une série de défilés de mode et fait tirer tout au long de l'événement des bons d'achat de boutiques de vêtements pour les participants affublés de costumes les plus réussis.

Les commanditaires au XVIIIe siècle

La présence de nombreux commanditaires à l'événement constitue en outre l'un des charmants paradoxes de cette entreprise de reconstitution historique. On plaidera peut-être qu'avec le thème de cette année — le commerce et l'industrie — ces anachronismes sont moins gênants. Lors de l'inauguration de l'événement dans un entrepôt de la SAQ, le directeur général des Fêtes, Stéphane Desmeules, nous faisait d'ailleurs remarquer que ses partenaires sont devenus particulièrement habiles dans l'art de se fondre dans le décor, aussi historique soit-il. Ainsi, on peut voir aux Fêtes de la Nouvelle-France des assureurs tenir des encans ou encore des représentants des grands lobbies agricoles jouer les petits marchands de légumes. Comme beaucoup d'événements, les Fêtes de la Nouvelle-France dépendent de plus en plus de leurs revenus autonomes (70 % sur un budget de 2,8 millions de dollars). Quoique avec comme principal commanditaire la SAQ, l'État n'est pas très loin...

Concernant les tendances économiques du XVIIIe siècle, rappelons que la période 1731-1744 est considérée comme une ère de grande prospérité en Nouvelle-France. L'intendant de l'époque, Gilles Hocquart — le quatorzième de la colonie —, avait entrepris avec un certain succès de diversifier l'économie en développant l'industrie du bois et du fer (les forges du Saint-Maurice) tout en favorisant le commerce par la construction de routes comme le chemin du Roy. Pour avoir une idée de l'allure des jeux politiques de l'époque, on peut même se glisser à l'une des deux séances du conseil de l'intendant, où des comédiens débattront de deux affaires marquantes.

Nouveauté cette année, on donne une bonne place aux communautés écossaise et irlandaise. Concerts, conférences historiques, dégustations de whisky. Une pléiade de petites activités sont prévues. On se perd d'ailleurs dans les centaines de micro-événements organisés dans le cadre des Fêtes. Kermesse, atelier de forge, animation sur la présence autochtone, théâtre... C'est pourquoi la meilleure façon de vivre les Fêtes de la Nouvelle-France consiste probablement à se promener sans guide en se laissant surprendre par ce qu'on croisera sur le chemin de cette époque. Mais pour ceux qui tiennent à se préparer, on peut se renseigner sur le site .

Du 4 au 8 août

Dans le Vieux-Québec