Les femmes journalistes se disent très ciblées par les cyberviolences

La journaliste américano-philippine Maria Ressa, la lauréate 2021 du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO-Guillermo Cano
Photo: Maria Tan Archives Agence France-Presse La journaliste américano-philippine Maria Ressa, la lauréate 2021 du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO-Guillermo Cano

Près de trois femmes journalistes sur quatre affirment avoir été la cible de violence en ligne, et 20 % disent avoir souffert du prolongement de ces attaques dans leur vie réelle, selon une étude mondiale menée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

La violence en ligne envers les femmes journalistes varie entre « des attaques à grande échelle ou des menaces extrêmes à un moment donné » et « des agressions constantes d’un niveau inférieur » sur les réseaux, constate l’UNESCO dans une vaste étude publiée vendredi.

Celle-ci comprend une enquête mondiale menée auprès de 901 journalistes originaires de 125 pays étayée par 173 entretiens approfondis, 15 études de cas par pays et l’analyse de plus de 2,5 millions de messages Facebook et Twitter visant deux journalistes d’enquête, la Britannique Carole Cadwalladr et l’Américano-Philippine Maria Ressa, lauréate 2021 du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO-Guillermo Cano.

Déclinaisons multiples

« La misogynie s’ajoute à d’autres formes de discriminations : les femmes journalistes noires, lesbiennes ou d’une certaine religion, par exemple, subissent beaucoup plus de discriminations », constate auprès de l’AFP Saorla McCabe, conseillère principale pour le développement de la communication, de l’information et des médias à l’UNESCO. Quand 64 % des journalistes blanches déclarent avoir subi des violences en ligne, ce taux bondit à 81 % pour les journalistes noires. Même constat quant à l’orientation sexuelle : les attaques en ligne ont touché 72 % des journalistes hétérosexuelles, contre 88 % des journalistes lesbiennes.

Les attaques subies par les femmes journalistes sont « soit sexistes, soit sexualisées », elles sont « très souvent axées sur des caractéristiques personnelles comme leur physique, leur origine ethnique ou culturelle plutôt que sur le contenu de leur travail », précise Saorla McCabe.

Ces cyberviolences rejaillissent aussi dans le monde physique : 20 % des journalistes interrogées affirment avoir subi des agressions, injures et harcèlement hors ligne liés aux cyberattaques. Ce taux bondit à 53 % pour les femmes journalistes arabes, d’après l’UNESCO.

À la clé aussi, un impact sur la santé mentale pour 26 % des journalistes interrogées (certaines souffrent de stress post-traumatique) et le risque d’autocensure sur les réseaux sociaux (30 % des journalistes interrogées).

À voir en vidéo