Une trentaine de personnalités dénoncent «le travail d’intimidation» de certains médias

Le député libéral fédéral de Louis-Hébert, Joël Lightbound, fait partie du collectif.
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Le député libéral fédéral de Louis-Hébert, Joël Lightbound, fait partie du collectif.

Une trentaine de personnalités québécoises dénoncent la haine véhiculée par certains médias et demandent de relever le débat public. Elles ont signé une déclaration du collectif Liberté d’opinion, qui a lancé une campagne de sensibilisation vendredi contre l’« intimidation médiatique ».

Son noyau dur est formé des députés de la région de Québec, Catherine Dorion et Joël Lightbound, de l’ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, et du cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah.

« Il y a une petite portion d’individus qui œuvrent dans nos médias qui violent sciemment et de façon répétée les lignes de conduite qui font la fierté et la crédibilité du milieu médiatique québécois », a affirmé Mme Dorion sans nommer les médias auxquels elle fait référence pour éviter que l’initiative se termine « en tirage de bouette d’un bord pis de l’autre ». Les représentants du collectif ont toutefois fait allusion aux radios d’opinion de Québec à quelques reprises.

Ils leur reprochent de participer « à la dégradation de la discussion collective » par la « désinformation », par des « affirmations fausses ou inexactes » et par des « propos injurieux, haineux ou diffamatoires ». Selon eux, une « majorité silencieuse » en a assez de ce type de discours véhiculé dans certains médias et sur les réseaux sociaux.

Il y a une marge entre se faire critiquer et se faire injurier sur la place publique.

 

L’ex-animateur d’opinion Stéphane Gendron, de son propre aveu aujourd’hui repenti, fait partie des signataires. « La découverte du pouvoir et de l’influence que j’avais m’a monté à la tête, écrit-il dans une lettre publiée dans Le Devoir. C’était malsain, ça m’a amené dans une spirale de violence verbale qui nuisait au débat. Tous les jours, c’était dans le négatif. »

Le collectif a fourni aux journalistes une liste de 14 exemples sans nommer les auteurs de ces propos ni les médias pour lesquels ils travaillent. Le Devoir a pu en retrouver quelques-uns. Parmi ceux-ci, une déclaration d’André Arthur qui avait perdu son micro à la radio BLVD en 2018 après avoir incité ses auditeurs à frapper des cyclistes. Il avait également été blâmé par le Conseil de presse et le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

D’autres exemples sont tirés de CHOI Radio X, de Qub Radio, du Journal de Montréal et d’un reportage de TVA qui avait affirmé faussement en 2017 que deux mosquées montréalaises avaient demandé d’exclure des femmes d’un chantier de construction. TVA avait par la suite présenté ses excuses. Les propos de Gilles Proulx à Qub Radio, qui traitait la mairesse Valérie Plante de « niaiseuse » et d’« ignorante de première classe », faisaient également partie de la liste d’exemples.

« Abuseurs de radio »

« Il y a une marge entre se faire critiquer et se faire injurier sur la place publique, a souligné M. Lightbound. On se dirige vers des élections municipales — et, sait-on jamais, fédérales aussi —, on essaie de recruter des candidats et des candidates, mais on a toute la misère du monde parce que personne ne veut aller s’exposer à ce genre de traitement et de salissage. »

Cela crée un climat de peur qui fait en sorte que leurs victimes n’osent pas lancer des poursuites judiciaires en diffamation de peur d’être attaquées de plus belle par leurs lecteurs ou leurs auditeurs sur les réseaux sociaux. « Ce ne se sont pas des animateurs de radio, ce sont des abuseurs de radio », a qualifié M. Juneau-Katsuya.

Il a fait le lien entre les propos de certains commentateurs qui ciblent des communautés et des crimes haineux, comme l’attaque de la mosquée de Québec en janvier 2017. Plusieurs grandes tragédies, comme la montée du nazisme et le génocide au Rwanda, « ont commencé par la parole », a-t-il dit.

M. Benabdallah a rappelé que la communauté musulmane de Québec a été la cible de commentaires virulents de la part de certains commentateurs qui ont attisé la haine envers elle. « Quand ils nous ont traités de cannibales, quand ils nous ont traités de gens non civilisés, quand ils nous traitaient de noms qui ne sont pas intégrés », a-t-il dénoncé.

Ces mêmes commentateurs ont ensuite banalisé les gestes malveillants dont la communauté a été victime par la suite et qui ont culminé avec l’attaque à la mosquée. « Quand il y a eu la croix gammée sur nos murs, je ne citerai pas les radios poubelles qui ont dit “il n’y a rien là” », a-t-il offert en exemple.

Parmi les autres signataires de la déclaration du collectif, il y a l’humoriste et animateur Jay Du Temple, l’auteure-compositrice-interprète Safia Nolin, le comédien et ex-député Pierre Curzi, le député Alexandre Boulerice, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, l’ex-directeur général de l’information de Radio-Canada, Alain Saulnier, et le maire sortant de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Au moment où ces lignes étaient écrites, ni CHOIX Radio X ni Québecor n’avaient commenté.

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