Algérie - Le Matin est suspendu pour cause de dettes

Alger — L'un des principaux quotidiens indépendants algériens, dont le directeur a été emprisonné le mois dernier, a suspendu sa parution hier, les imprimeries nationales ayant refusé de le publier car il n'a pas remboursé ses dettes.

«C'est une décision politique. Ils veulent bloquer le journal», a déclaré à Reuters Youcef Rezzoug, rédacteur en chef du quotidien Le Matin.

Des responsables gouvernementaux ont déclaré que les récentes affaires judiciaires, et notamment plusieurs plaintes pour diffamation à l'encontre de journalistes, n'avaient rien à voir avec la politique ou la liberté de la presse.

«L'affaire [avec Le Matin] est purement commerciale. Elle n'est pas liée à la ligne éditoriale», a déclaré un responsable d'une imprimerie.

Refus de l'imprimerie

Samedi, Le Matin n'était disponible que dans certaines régions du pays et pas à Alger. «Nous avons reçu un communiqué des deux sociétés d'impression de l'Est et de l'Ouest nous informant que le journal ne serait pas tiré, et ce, par solidarité avec la Simpral [l'imprimerie d'Alger]», a déclaré Rezzoug.

Selon Le Matin, les imprimeries ont refusé une proposition du journal de payer la moitié de sa dette, estimée à 38 millions de dinars (environ 700 000 $CAN).

«C'est une décision unilatérale. Le refus d'échelonner le montant réclamé confirme l'injonction venue du pouvoir et révèle le caractère politique des pressions et représailles que subissent le journal et son directeur», peut-on lire dans un communiqué du Matin.

Mohamed Benchicou, le directeur du Matin, a été condamné à deux ans de prison le mois dernier pour des transferts de fonds illégaux vers l'étranger. Plusieurs associations de défense des droits de l'homme ont estimé que sa condamnation avait pour but de réduire au silence un critique du régime.

Des dizaines d'affaires de diffamation ont été reportées au début du mois par un juge algérois afin, semble-t-il, d'apaiser les tensions entre les médias et le pouvoir.