«Noovo Le Fil» brise la glace

C’est l’animatrice et cheffe d’antenne Noémi Mercier qui a lancé le bal à 17 h sur la chaîne généraliste de Bell Média.
Photo: François Perras C’est l’animatrice et cheffe d’antenne Noémi Mercier qui a lancé le bal à 17 h sur la chaîne généraliste de Bell Média.

Après des mois de préparation, Noovo a lancé en grande pompe son bulletin de nouvelles Le Fil lundi soir. L’équipe avait promis une émission brisant les codes traditionnels du journal télévisé, tant sur la forme que sur le fond, et le pari est tenu. Des ajustements sont toutefois nécessaires, estiment des routiers de l’information, déçus par l’absence de nouvelles internationales et culturelles.

« C’est un bon départ. On a eu de la nouvelle présentée et traitée différemment. On était loin du bulletin traditionnel, c’était rafraîchissant, mais ça reste à peaufiner. Je suis resté sur ma faim », commente Blaise Gagnon, enseignant en journalisme au programme d’art et technologie des médias du cégep de Jonquière.

C’est l’animatrice et cheffe d’antenne Noémi Mercier qui a lancé le bal à 17 h sur la chaîne généraliste de Bell Média. À peine les présentations faites, on enchaîne avec une entrevue de l’animatrice avec nul autre que le premier ministre, François Legault, sur les thèmes de la violence conjugale et du racisme.

Ce segment d’une dizaine de minutes du bulletin national, préenregistré vendredi dernier, a particulièrement marqué les intervenants consultés par Le Devoir. « C’était une version Hot Seat avec de très bonnes questions posées à M. Legault. Mme Mercier apparaît comme une intervieweuse redoutable, parfaitement préparée. Si on a des entrevues comme ça régulièrement, ce sera gagnant », note Blaise Gagnon.

« Elle avait son style, un peu confrontant, que certains vont aimer, d’autres non. En même temps, personne ne veut retrouver un copier-coller de Pierre Bruneau ou de Patrice Roy en écoutant Noovo Le Fil », renchérit Patrick White, professeur à l’École des médias de l’UQAM.

Sur les réseaux sociaux, les internautes qui commentaient en direct ont dans l’ensemble apprécié les questions « franches » et « challengeantes » de Noémi Mercier. Ils ont aussi aimé le ton « convivial » et « moins coincé que les autres téléjournaux » adopté par l’ensemble des animateurs, journalistes et collaborateurs de l’émission. Leur style vestimentaire plus coloré et décontracté n’est également pas passé inaperçu.

« Quand on voit, dans un reportage, une journaliste avec des jeans, un pull large et une tuque, on est vraiment ailleurs », constate pour sa part Alain Saulnier, ancien directeur général de l’information de Radio-Canada, faisant référence à l’un des reportages du bulletin national parlant des tatoueurs. « Je salue cette audace, cette recherche de modernité pour rejoindre les jeunes. Ça fait changement de la télévision traditionnelle où les journalistes finissent par tous se ressembler tellement c’est stéréotypé », poursuit-il.

La nouvelle autrement

Sur le fond maintenant, Noovo Le Fil se positionne aussi bien loin des traditionnels journaux télévisés de TVA Nouvelles et de Radio-Canada. Les reportages sont plus longs, adoptant un format de trois minutes ou plus. Il y a certes moins de nouvelles présentées en une heure, mais celles-ci sont plus approfondies.

Les journalistes sont également plus présents à l’écran. Au lieu d’adopter une voix hors champ comme c’est le cas habituellement, on les voit écouter et questionner les intervenants. Ceux qui sont directement touchés par l’actualité ont ainsi davantage la parole. « Ce sont des reportages de style entrevue. Je vais devoir m’habituer à ce format que j’aime moins. Quand tu as une bonne histoire, un bon interviewé et un bon intervieweur, ça peut être bien réussi. Mais ce n’est pas toujours le cas », s’inquiète toutefois Blaise Gagnon.

Plutôt que de miser sur de l’information en continu ou de dernière heure, Noovo le Fil préfère apporter un éclairage différent sur l’actualité, en remettant la nouvelle dans son contexte, ou en cherchant son angle mort. Des choix qui le rapprochent davantage de l’émission d’affaires publiques que du bulletin de nouvelles, selon les experts consultés.

Des réserves

Ces derniers se questionnent toutefois : où sont passées les informations internationales ? Quelques secondes seulement ont été accordées au début du procès de l’ex-policier accusé du meurtre de George Floyd aux États-Unis lors du bulletin national. Rien sur le canal de Suez enfin débloqué, sur les civils tués au Myanmar ou encore sur la pandémie qui progresse en Europe.

« Je comprends qu’on laisse tomber la météo, ou le sport, mais les nouvelles internationales et aussi culturelles sont nécessaires. Ce sont les parents pauvres de l’information », regrette Blaise Gagnon.

« On a cette tendance à croire que les gens ne s’intéressent pas aux nouvelles internationales, mais c’est faux. C’est important de parler de ce qu’il se passe dans le monde et de ne pas s’arrêter qu’à l’hyperlocal », renchérit Alain Saulnier.

Et là encore, certains ont trouvé bien maigre la teneur des bulletins. « Quand on regarde l’ensemble, il y a finalement peu de nouvelles. On fait du millage, même si on le fait correctement », poursuit le professeur à l’UdeM.

Et l’édition de 22 h n’aura pas satisfait leur soif d’information puisqu’elle a principalement repris les nouvelles présentées quelques heures plus tôt dans un format condensé.

S’il y a place à l’amélioration, l’expérience saura certainement corriger les faux pas. « Il faut laisser la chance au coureur, c’est la première émission. C’est déjà bien qu’on retrouve une troisième voie d’information télévisée au Québec », conclut Patrick White confiant de voir ce nouveau service s’imposer dans le paysage médiatique québécois.

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