Facebook dit être un allié des médias

Facebook a promis, vendredi, un investissement de 4 millions de dollars consacré au maintien d’un programme de partenariat avec La Presse canadienne.
Photo: Graeme Roy La Presse canadienne Facebook a promis, vendredi, un investissement de 4 millions de dollars consacré au maintien d’un programme de partenariat avec La Presse canadienne.

Suspecté de s’approprier les revenus publicitaires des médias d’information canadiens, le réseau social Facebook soutient qu’il est en fait leur allié en leur offrant une précieuse visibilité et en finançant le journalisme local. Le géant californien a ainsi promis, vendredi, 8 millions de dollars pour l’information au pays, peu avant sa comparution de lundi devant un comité parlementaire fédéral.

« Notre message est […] que nous investissons dans l’écosystème médiatique. […] Nous voulons nous assurer que les parlementaires ont les faits. Beaucoup de choses ont été dites publiquement, mais qui ne correspondent pas avec la manière dont Internet fonctionne », a indiqué au Devoir Kevin Chan, le directeur mondial et chef des politiques publiques de Facebook Canada.

L’annonce de la distribution de nouveaux millions pour le journalisme canadien est survenue à trois jours du témoignage de directeurs de Facebook devant les élus fédéraux du Comité permanent du patrimoine canadien, lundi. Kevin Chan sera accompagné du directeur des partenariats médiatiques, Marc Dinsdale, et de la responsable des politiques, Rachel Curran. La moitié de la somme annoncée (4 millions) est consacrée au maintien du programme de partenariat avec La Presse canadienne, et l’autre pour financer des entreprises de presse donnant la parole aux « voix sous-représentées ».

Réglementation à venir

« Nous avons une approche conçue sur mesure au Canada, ce qui signifie pour nous d’avoir de meilleurs résultats et de mettre le journalisme sur une voie plus durable. Nous voulons construire ce cadre en nous basant sur des faits et des preuves », explique M. Chan.

Les élus doivent étudier lundi le projet de loi C-10, déposé par le gouvernement Trudeau à l’automne et qui vise à soumettre les entreprises numériques au cadre réglementaire canadien. Le ministre Steven Guilbeault entend également déposer plus tard cette année un plan de partage des revenus entre les géants du numérique et les entreprises de presse, et pour lequel est étudié le modèle de l’Australie, basé sur une compensation proportionnelle à la présence de contenu des médias sur les plateformes.

Le Devoir a révélé en mars que Facebook entendait acheter l’information selon sa propre méthode, soit par des licences de droit d’utilisation sur le contenu destiné à une nouvelle fonctionnalité sur son site, actuellement en développement. L’entreprise rejette catégoriquement l’idée de payer au volume des partages de ses usagers.

Campagne de relations publiques

Facebook est en pleine campagne de relations publiques pour redorer son image, croit Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal. « Ils sentent la soupe chaude. Ils veulent peut-être atténuer la législation que le gouvernement prépare. » Selon les conclusions d’une analyse menée par le chercheur, contestées par Facebook, le réseau social engrange des centaines de millions de dollars grâce aux partages d’articles de nouvelles. « Facebook aide les médias, mais c’est dans son intérêt », croit M. Roy.

Au contraire, Facebook calcule que ce sont les médias qui ont largement bénéficié de la tribune qui leur est offerte sur son site. Le journal The Globe and Mail, par exemple, aurait connu une augmentation record du nombre d’abonnements numériques en 2020 en utilisant ses outils, fait valoir Facebook. Des partenariats avec de plus petits joueurs locaux, comme Village Media, en Ontario, ou La Converse, au Québec, sont cités comme des exemples de médias qui ont pu tirer leur épingle du jeu grâce au soutien de la plateforme. Jointe par téléphone, la fondatrice de La Converse, Lela Savić, a confirmé que son organisation n’aurait jamais pu voir le jour sans un appui financier de Facebook. Le Globe and Mail et Village Media n’ont pas répondu aux courriels du Devoir vendredi.

En février, une coalition d’éditeurs des médias d’information du Canada, dont Le Devoir fait partie, ont conjointement publié un texte dans les journaux pour demander à tous les partis politiques à Ottawa de légiférer pour « une redistribution équitable des revenus de publicité générés par le partage [des] contenus de qualité sur les plateformes comme Google et Facebook ». Un projet de loi a également été déposé au Sénat en ce sens.

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