À voir à la télévision le vendredi 30 juillet - Bunker, palace, hôtel

La lourdeur décorative des halls d'entrée, la cordialité exagérée du personnel et l'amabilité sirupeuse des patrons camouflent souvent le versant sombre, et parfois sordide, des grands hôtels. D'où l'intérêt des cinéastes à en révéler la face cachée, pour mieux en rire ou en pleurer.

Tout semble se dérouler à merveille sur les planchers de marbre de l'hôtel Georges VII à Paris: le directeur (Jean Yanne dans la peau d'un de ces salauds dont il avait le génie) joue à cache-cache avec le fisc, les prostituées de luxe font le bonheur des clients et, comme par hasard, les bonzes de la finance sont réunis en grande conférence officielle pour changer le monde, à leur façon. Ce fragile équilibre sera vite rompu dans Tenue correcte exigée, de Philippe Lioret, et il suffira d'un simple sans-abri (remarquable Jacques Gamblin) pour tout faire chavirer.

Richard Poulenc n'a pas toujours été pauvre. Cadre maintenant au chômage, il tente d'obtenir une signature de son ex-épouse (Zabou), qui se pavane au bras du gouverneur de l'Iowa, président de la conférence et candidat à la Maison-Blanche; Poulenc souhaite divorcer mais la future first lady, soucieuse d'éviter un scandale, fait tout pour l'éviter. Lucie (Elsa Zylberstein), prostituée se donnant des airs de Louise Brooks, va l'aider à pénétrer dans cette forteresse qu'est le Georges VII, une tâche aussi difficile pour elle puisque le directeur a fait le grand ménage de la moralité en apprenant qu'un enquêteur du fisc allait mettre son nez dans ses affaires. Et ça ne sent pas très bon...

Tenue correcte exigée possède tous les attributs du vaudeville (chassés-croisés, intrigues sentimentales et dialogues abondants) mais, sans verser dans le militantisme, Philippe Lioret expose les travers d'une culture où les apparences, l'étiquette et le compte en banque déterminent la place des individus. Le Georges VII devient le microcosme, le symbole, de ce malaise.

Cinéma / Tenue correcte exigée

Télé-Québec, 21h