50 000 auditeurs de CHOI-FM dans la rue

Une foule estimée à plus de 50 000 personnes a manifesté hier sous une chaleur écrasante pour dénoncer la décision du CRTC de bannir des ondes la station de radio CHOI-FM. Cet appui populaire s'ajoute à l'intervention hier de l'organisation internationale Reporters sans frontières en faveur de CHOI-FM.

Chantal Gosselin, 38 ans, participait hier à sa première manifestation à vie pour CHOI-FM, sa station de radio préférée. «On écoute CHOI tous les matins. J'ai acheté des chandails, des autocollants. Pour moi, c'était vraiment important d'être là. Pour la liberté.» Quant à André Arthur et Jean-François Fillion à qui le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) reproche leurs propos offensants, elle les aime bien: «Je les estime beaucoup. C'est rare que je suis en désaccord avec eux. Quand ils parlent des fonctionnaires qui font du 9 à 5, ça me rejoint. Mon "chum", lui, a une entreprise et il travaille des 12-14 heures par jour. Alors quand Jeff Fillion parle des fonctionnaires qui font des "burn-out", moi aussi je trouve ça pas mal ridicule.» D'autres, comme François Fontaine, 24 ans, nous ont dit être là pour la musique — essentiellement du rock et de l'alternatif. «On parle beaucoup de Jeff Fillion et André Arthur mais personne ne parle du contenu musical. Il n'y a pas d'autre radio qui se rapproche de ça dans la région.»

La foule majoritairement composée de jeunes a surpassé de loin les attentes de CHOI-FM qui attendait entre 5000 et 10 000 personnes. Après s'être rassemblés au PEPS de l'Université Laval en fin d'après-midi, les marcheurs ont rejoint la Grande-Allée pour se rendre jusqu'à l'Agora, dans le Vieux-Port de Québec. Lors d'un point de presse en début de marche, le propriétaire de la station et président de Genex Communications, Patrice Demers, a dit souhaiter que la manifestation pousse les milieux politiques à intervenir auprès du CRTC. «Les gens ont répondu à notre appel pour marcher avec nous en faveur de la liberté. Ils ont répondu massivement. Vingt mille personnes ont déjà signé la pétition sur un objectif de 98 100 et on a 12 000 "e-mails" de rendus [sic]. Si les politiciens n'écoutent pas les gens qui leur parlent, je pense qu'ils ne respectent pas leur mandat.»

La nouvelle ministre du Patrimoine, Liza Frulla, a demandé hier matin à ses fonctionnaires un avis juridique sur l'implication possible du cabinet dans le dossier. Genex Communications inc. lui a fait parvenir mardi une longue lettre à teneur juridique lui demandant d'intervenir. Le ministère est en train de l'étudier dans une perspective juridique. L'attaché de presse de la ministre précise qu'elle entend pour l'instant rester neutre dans le dossier. Quant à la ministre québécoise de la Culture, Line Beauchamp, elle n'est pas intervenue dans le débat.

Intervention de Reporters sans frontières

La manifestation d'hier survenait quelques heures après une intervention de l'organisation internationale RSF en faveur de la station. «Il s'agit d'un cas sans précédent d'atteinte à la liberté d'expression au Québec», a déclaré Reporters sans frontières. «Réduire une radio au silence sur la base exclusive de propos litigieux tenus dans une émission quotidienne est excessif et s'apparente à un acte de censure», a ajouté l'organisation. Pour le propriétaire de la station Patrice Demers, cette intervention tombait à pic: «L'appui de Reporters sans frontières, c'est un appui immense qui va mettre le Canada sur la "map". C'est une visibilité internationale et eux viennent dénoncer ce qui se passe au Canada. On n'est pas à Cuba ici, on est au Canada. Et on s'attend à ce que les politiciens sortent de plus en plus en notre faveur et en faveur de la liberté d'expression», a-t-il déclaré aux journalistes un peu avant la marche. Rappelons que, dans une décision sans précédent rendue le 14 juillet dernier, le CRTC a retiré la licence de CHOI-FM, qui doit cesser toute diffusion d'ici au 31 août. Le Conseil reproche à la station «les propos offensants de certains animateurs, lesquels risquent, estime-t-on, d'exposer à la haine ou au mépris certains individus ou groupes». À titre d'exemple, M. Fillion a déjà dit d'un patient d'un hôpital psychiatrique qui se disait victime de mauvais traitements «qu'il ne méritait pas de vivre». La station CHOI-FM emploie 35 employés et compte 380 500 auditeurs. On estime sa valeur à 25 millions de dollars.