Le Noovo pari ambitieux de l’info

La cheffe d'antenne Noémi Mercier. La direction de Noovo, la chaîne de Bell Média, a présenté son nouveau service d’information mardi, lors d’une conférence de presse virtuelle aux allures de téléjournal.
Photo: François Perras La cheffe d'antenne Noémi Mercier. La direction de Noovo, la chaîne de Bell Média, a présenté son nouveau service d’information mardi, lors d’une conférence de presse virtuelle aux allures de téléjournal.

Avec un bulletin de nouvelles différent, des voix diversifiées et une trentaine de journalistes sur le terrain, dont la moitié en région, Noovo compte bien s’imposer comme un nouvel acteur de taille dans l’espace médiatique québécois. Un défi toutefois ambitieux face à des médias déjà bien implantés, estiment des experts.

« On n’a jamais trop de concurrence en information. C’est une bonne nouvelle de voir un nouveau joueur apporter une diversité des voix et de contenus régionaux. Mais ça va être difficile de faire sa place devant deux joueurs bien installés comme TVA Nouvelles et Radio-Canada », lance Patrick White, professeur à l’École des médias de l’UQAM.

La direction de Noovo, la chaîne généraliste de Bell Média, a présenté son nouveau service d’information mardi, lors d’une conférence de presse virtuelle aux allures de téléjournal. Si les journalistes seront amenés à rapporter la nouvelle sur toutes les plateformes — télé, radio, Web —, le rendez-vous phare sera l’émission d’information Noovo Le fil, qui verra le jour au petit écran dès le 29 mars.

Du lundi au vendredi, à 17 h, Noovo présentera un bulletin national de nouvelles, suivi d’une demi-heure de nouvelles régionales à 17 h 30, de ses studios de Québec et de Montréal. La même formule s’appliquera pour le bulletin de 22 h, pour lequel la portion nationale ne durera que 10 minutes pour laisser plus de places aux nouvelles locales. Les week-ends, c’est un seul bulletin national, de 60 minutes, qui sera présenté à 9 h. À l’animation : Noémi Mercier, Lisa-Marie Blais, Michel Bherer et Meeker Guerrier.

Sortir du cadre

Pour se démarquer, on promet un format qui s’écarte des bulletins de nouvelles traditionnels. « On a cette opportunité unique de bâtir une salle de nouvelles de zéro, de réfléchir à ce dont les gens ont besoin aujourd’hui, en 2021 », a noté Jean-Philippe Pineault, directeur général de l’information chez Bell Média.

Il y a une grande lassitude des téléspectateurs qui voient tout le temps les mêmes têtes à la télé. On manque cruellement de diversité. Peut-être que ça va encourager les autres à davantage diversifier leurs panels.

À travers ses reportages, la chaîne compte mettre de l’avant de nouvelles voix et dénicher les « angles morts » des différents sujets, quitte à s’éloigner du traditionnel « dernière heure ».

Les nouvelles qui passeront en ondes et qui se retrouveront sur la plateforme numérique — lancée plus tard en septembre — compléteront l’offre d’information.

Une série de collaborateurs seront aussi appelés à commenter l’actualité, dont les chroniqueurs à La Presse Yves Boisvert et Rima Elkouri, l’autrice féministe Elizabeth Plank, ainsi que les anciens élus Alexis Wawanoloath et Marie Grégoire. On y retrouvera d’autres noms, moins connus, dont plusieurs sont des personnes issues de la diversité.

« Il y a une grande lassitude des téléspectateurs qui voient tout le temps les mêmes têtes à la télé. On manque cruellement de diversité. Peut-être que ça va encourager les autres à davantage diversifier leurs panels », espère Patrick White.

Pour se démarquer de la concurrence, Noovo souhaite aussi miser sur l’information locale en déployant la moitié de ses nouveaux journalistes, soit une quinzaine, dans ses antennes de Québec, de Sherbrooke, de Saguenay et de Trois-Rivières. En plus d’une trentaine de reporters affiliés de RNC Média à Gatineau et en Abitibi-Témiscamingue.

« On veut que les gens se reconnaissent et se sentent interpellés. [...] On veut être le reflet de nos régions », a insisté Suzanne Landry, vice-présidente au développement de contenu, programmation et information chez Bell Média.

Dans son « État des lieux 2020 », le Centre d’études sur les médias (CEM) de l’Université Laval faisait état de la perte de 34 hebdomadaires régionaux entre 2006 et 2016 et une autre perte d’une dizaine depuis.

Parler aux jeunes

Mardi, la direction de la chaîne n’a pas caché son intention de toucher un public plus jeune, qu’elle estime délaissé par les médias traditionnels. Un défi de taille, estime Renaud Carbasse, professeur au département d’information et de communication de l’Université Laval.

« Vouloir attirer des jeunes devant un poste de télévision à 17 h alors que ce public a de moins en moins la télé et l’abonnement au câble, c’est particulièrement ambitieux. Je n’y crois pas beaucoup en fait. Au moins, l’idée d’une déclinaison multimédia est intéressante. À voir comment ils vont décliner leur bulletin de nouvelles sur cette plateforme. »

Patrick White abonde dans le même sens. « On promet quelque chose de différent pour attirer les jeunes, il faut s’y tenir. C’est un méchant pari que de vouloir réinventer le bulletin de nouvelles », dit-il.

Ce n’est pas perdu d’avance pour autant, insistent les experts. « La question, c’est de savoir combien de temps Bell média va accepter de perdre de l’argent avec son service d’information », poursuit le professeur à l’UQAM, notant à quel point il est difficile dans le contexte actuel de maintenir un média en bonne santé financière.

La direction de Bell Média n’a pas dévoilé le budget de son projet Noovo Info, précisant simplement qu’il s’agissait d’un « investissement majeur ». 

M. Carbasse se montre quant à lui plus optimiste, faisant valoir que Bell média a des moyens, des ambitions et de l’expérience. « On ne part pas de zéro non plus. C’est une belle entrée dans la concurrence. Il faut qu’ils livrent la marchandise promise maintenant. »

Avec La Presse canadienne

 

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