Des élus demeurent sceptiques devant la proposition de Facebook

Facebook prévoit faire du Canada l’un des premiers pays bénéficiaires de son programme d’investissement mondial d’un milliard de dollars sur trois ans pour les médias d’information.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Facebook prévoit faire du Canada l’un des premiers pays bénéficiaires de son programme d’investissement mondial d’un milliard de dollars sur trois ans pour les médias d’information.

Le projet du réseau social Facebook consistant à développer une nouvelle section destinée aux nouvelles, et où le contenu serait payé aux médias, tel que révélé par Le Devoir mardi, ne convainc pas le NPD, le Bloc québécois ou l’organisme les Amis de la radiodiffusion, qui y voient plutôt un écran de fumée pour tenter d’échapper à une éventuelle réglementation fédérale plus stricte.

« Ce que [Facebook] propose est soit un ballon d’essai, une illusion ou une mesure dilatoire afin de gagner du temps. Ce n’est pas sérieux, c’est même inquiétant, parce que ça n’empêchera pas la poursuite de l’utilisation de contenu journalistique, les partages et la diffusion sur leur plateforme », a indiqué le député du NPD Alexandre Boulerice en entrevue téléphonique avec Le Devoir, mardi.

Selon l’élu montréalais, Facebook tente de minimiser l’importance du nombre d’articles journalistiques qui circulent sur le réseau social. Si seulement une publication sur 25 consiste en le partage d’un média d’information, comme l’a souligné Facebook, cela peut en fait représenter un grand nombre d’articles, étant donné l’important volume de partages sur une plateforme aussi populaire.

« C’est un sujet qui préoccupe énormément de gens, qui sont écœurés que les géants du Web ne paient pas assez d’impôts […] Ils sont rendus hors de contrôle, il n’est pas trop tard mais il faut agir », conclut M. Boulerice.

Nouvelle surface

Dans une entrevue avec Le Devoir, le directeur mondial et chef de la politique publique à Facebook Canada, Kevin Chan, a refusé de préciser si le réseau social envisage de bloquer tout partage de nouvelles journalistiques par ses usagers, comme il l’a brièvement fait en Australie, si Ottawa en venait à adopter la même législation que Canberra. La solution de rechange que propose Facebook consiste en une nouvelle « surface » sur laquelle le contenu des médias serait disponible, sous licence, en plus de celui produit en vertu de partenariats avec des entreprises de presse.

« Clairement, Facebook aimerait bien imposer son propre modèle partout dans le monde… mais ce n’est pas comme ça que ça marche. C’est aux pays qu’il appartient de décider des règles du jeu dans leurs marchés respectifs », a également réagi Martin Champoux, porte-parole du Bloc Québécois en matière de Communications, par courriel. « Ce n’est pas à une entreprise de déterminer ce que sera le modèle qui conviendra le mieux au marché québécois »

Le groupe de pression Les Amis de la radiodiffusion a le même point de vue. « Ce que Facebook n’aime pas du modèle australien, c’est qu’ils doivent faire un accord avec tous les éditeurs, et sinon ils ne peuvent pas utiliser le contenu d’aucun éditeur. Ils n’aiment pas ce modèle parce qu’ils ne peuvent pas diviser l’industrie. Ils veulent créer un environnement ici où Facebook peut décider de quelles nouvelles seront présentes sur leur service, et exclure les autres », dénonce son directeur général, Daniel Bernhard.

Plan attendu

Le gouvernement Trudeau n’a toujours pas précisé les détails de son plan de partage des revenus entre les géants du numérique et les entreprises de presse. Un projet de loi en ce sens est attendu cette année. D’ici là, le modèle de l’Australie, mais aussi celui de la France, sont étudiés.

« Autant nous les utilisons pour rester informés et prendre part à des conversations importantes, autant nous devons remédier au déséquilibre du marché entre les organismes de presse et ceux qui profitent de leur travail », a promis le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, la semaine dernière. « Pour remédier à ce déséquilibre, les initiatives ponctuelles, telles que celles proposées par les plateformes numériques, ne suffiront pas. Une solution plus durable est nécessaire pour protéger notre démocratie tout en uniformisant les règles du jeu pour tous. »

Facebook prévoit faire du Canada l’un des premiers pays bénéficiaires de son programme d’investissement mondial d’un milliard de dollars sur trois ans pour les médias d’information. Les discussions n’ont pas encore débuté quant aux partenariats promis avec des médias canadiens, ni pour l’éventuelle entente de droit d’utilisation sur le contenu journalistique.

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