Se réinventer des deux côtés de l’écran

Cela ne remplacera jamais l’expérience en salle et plus d’un cinéphile attend en trépignant la réouverture des salles de cinéma, qui n’auront d’autres choix que de se réinventer, certains spectateurs préférant découvrir les nouveautés à la maison plutôt que sur grand écran.
Photo: iStock Cela ne remplacera jamais l’expérience en salle et plus d’un cinéphile attend en trépignant la réouverture des salles de cinéma, qui n’auront d’autres choix que de se réinventer, certains spectateurs préférant découvrir les nouveautés à la maison plutôt que sur grand écran.

En raison de la pandémie, l’année 2020 aura été celle de tous les écrans. Confinés à la maison, nous sommes devenus un auditoire captif, contraints de partager notre temps d’écran entre le télétravail, les cours en ligne, la télévision traditionnelle, les plateformes de diffusion en continu, les jeux vidéo et la réalité virtuelle. Si les répercussions de la COVID-19 à travers le monde donnent l’impression que nous sommes prisonniers d’un épisode particulièrement sombre de Black Mirror, série dystopique britannique sur notre rapport à l’écran, le 9e rapport annuel du Fonds des médias du Canada (FMC) s’avère somme toute positif.

« Il y a toujours moyen de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, et je choisis de le voir à moitié plein chaque fois que je le peux. C’est un peu le ton qu’on a décidé d’adopter avec ce rapport-là. Je voulais un rapport inspirant pour la suite des choses, parce qu’il s’en est quand même passé des choses inspirantes en 2020. Ça a été un électrochoc pour tout le monde, mais il y a eu du bon qui est sorti de ça », affirme Catherine Mathys, directrice veille stratégique, jointe par Le Devoir.

Si les plateformes numériquesNetflix, Amazon Prime, Apple TV, Disney+, Tou.tv et Club Illico, dont les abonnements canadiens sont passés de 25,8 millions en 2019 à 38 millions en 2020, ont continué à se livrer une chaude lutte, d’autres plus spécialisées,comme Twitch, où 400 000 personnesont pu suivre la progression d’Alexandria Ocasio-Cortez dans le jeu Among Us, se sont ouvertes à un plus large public.

Ce qui est intéressant de l’année qu’on vient de vivre, c’est que rien n’est apparu comme par magie dans ces tendances-là. Beaucoup de ces choses-là étaient déjà en place, mais prenaient leur temps pour y arriver.

Le nerf de la guerre n’étant pas le contenu, mais la distribution, et l’auditoire étant volage, les distributeurs privilégient une stratégie de microciblage pour rentabiliser temps et argent, tandis que les créateurs de contenu n’ont eu d’autres choix que de faire montre d’originalité et d’inventivité.

Comblant nos besoins de voyager et de découvrir le monde dans le confort de nos foyers, la réalité virtuelle a connu une popularité sans précédent ; au Festival du film de Tribeca, les 15 productions de réalité virtuelle ont attiré 46 000 participants, ce qui dépasse largement le taux de fréquentation habituel. Par ailleurs, tous les festivals s’étant déroulés en ligne ont vu leur taux de fréquentation considérablement augmenter.

« Tout le monde a dû s’adapter très rapidement à une réalité que personne n’attendait. Ce qui est intéressant de l’année qu’on vient de vivre, c’est que rien n’est apparu comme par magie dans ces tendances-là. Beaucoup de ces choses-là étaient déjà en place, mais prenaient leur temps pour y arriver. »

Certes, cela ne remplacera jamais l’expérience en salle et plus d’un cinéphile attend en trépignant la réouverture des salles de cinéma, qui n’auront d’autres choix que de se réinventer, certains spectateurs préférant découvrir les nouveautés à la maison plutôt que sur grand écran.

« Tout le monde a été complètement arrêté — c’est pour ça que le rapport s’appelle en anglais Pause and Rethink et en français Reprendre autrement — et a eu le temps de réfléchir pendant ce temps-là, de se demander s’il y a des choses qu’on pourrait et devrait faire autrement et mieux faire à l’avenir », explique Mme Mathys.

Prendre soin

 

Avec « Ça va bien aller », « Prends soin de toi » est certainement l’une des phrases les plus utilisées depuis le début de la pandémie. Or, il semble que le message ait fini par passer et qu’il se soit répercuté sur les plateaux, où on a dû tourner en respectant scrupuleusement les mesures sanitaires. Mieux encore, prendre soin de nous-mêmes nous a amenés à prendre soin des autres et de la planète. Les grands enjeux sociaux ne sont certainement pas étrangers à ces changements.

Ainsi, tout le débat autour de la notion de consentement a permis de miser sur l’importance des coordonnateurs d’intimité sur les plateaux. Afin de mieux faire écho à la société et de faire entendre des voix diversifiées, de plus en plus de contenus sont créés pour satisfaire les auditoires s’intéressant aux questions liées aux différentes communautés culturelles, aux Autochtones et à la communauté LGBTQ+.

Afin de freiner le gaspillage qu’entraînent les tournages et réduire leur empreinte écologique, plusieurs solutions ont été mises en place pour que se multiplient les productions durables. C’est ainsi que La déesse des mouches à feu, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, a reçu le sceau « tournage écoresponsable ».

« Tout n’est pas gagné, rappelle toutefois Catherine Mathys. Il reste des zones d’ombre, il y a des parties de l’industrie qui n’ont pas redémarré, les salles de cinéma en sont un bon exemple. Il y a encore des choses à faire, des choses à apprendre de la pandémie, mais il y a aussi toutes sortes de possibilités. »

Et l’avenir dans tout ça ? Quand nous pourrons enfin nous retrouver. Quand nous pourrons enfin sortir à toute heure du jour ou de la nuit. Quand nous pourrons enfin décoller le nez de nos écrans.

« Une chose est certaine, il y a des tendances qui ont été forcées par la pandémie, mais qui auront des traces pour la suite des choses. Ce que je garde de plus positif, c’est la manière dont toutes sortes de gens se sont serré les coudes pendant cette année-là pour passer à travers. Je ne pense pas qu’on revienne à comment c’était avant maintenant qu’on a goûté à ces possibilités, à toutes sortes de plateformes. Je ne pense pas qu’on va cesser de vouloir aller au cinéma ou de voir des spectacles tout simplement parce qu’on a pu en voir dans Fortnite. Je pense que ça va s’ajouter à l’arsenal d’offres de divertissement et que ça va devenir une espèce d’autre outil pour accéder à du contenu », conclut avec optimisme Catherine Mathys.

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