Les chroniques à 5 dollars d'Olivier Primeau font polémique

«Si tu as de l’expérience en rédaction, une excellente maîtrise du français et que tu es disponible pour écrire au moins un article par jour, ce side-line est pour toi. 5 $ chaque chronique!» est-il écrit dans l’offre d’emploi diffusée sur les réseaux sociaux par Olivier Primeau vendredi matin.
Photo: Capture d'écran «Si tu as de l’expérience en rédaction, une excellente maîtrise du français et que tu es disponible pour écrire au moins un article par jour, ce side-line est pour toi. 5 $ chaque chronique!» est-il écrit dans l’offre d’emploi diffusée sur les réseaux sociaux par Olivier Primeau vendredi matin.

La rémunération de cinq dollars la chronique proposée par l’entrepreneur Olivier Primeau pour écrire dans son blogue Beach news everyday a fait bondir nombre de personnes vendredi, particulièrement des journalistes offusqués par cette offre d’emploi au salaire « dérisoire » qui vient déprécier leur métier.

« Si tu as de l’expérience en rédaction, une excellente maîtrise du français et que tu es disponible pour écrire au moins un article par jour, ce side-line est pour toi. 5 $ chaque chronique ! » est-il écrit dans l’offre d’emploi diffusée sur les réseaux sociaux par Olivier Primeau vendredi matin. Il était à la recherche de deux nouveaux chroniqueurs « passionnés et motivés » pour alimenter son blogue nommé en clin d’œil au Beach Club dont il est le copropriétaire.

Il n’a fallu que quelques minutes avant qu’une vague de commentaires critiques, imprégnés de sarcasme pour beaucoup, ne s’empare des réseaux sociaux. La plupart venaient du milieu journalistique où beaucoup ont vu dans cette annonce une insulte à leur profession.

« C’est un manque de considération pour la valeur du travail de son rédacteur qui fait de la réécriture même si ce n’est pas un journaliste. Et c’est un manque de considération pour les journalistes professionnels qui sont la source d’information première du blogue. C’est vraiment insultant pour nous : on copie notre contenu, on rebrasse ça pour pas que ce soit du plagiat, et on estime que ça vaut 5 dollars. C’est inacceptable », s’offusque Marie-Ève Martel, journaliste pour le quotidien La Voix de l’Est.

De son côté, Camille Lopez se désole surtout de voir que ce type d’annonce fonctionne puisqu’elle s’adresse surtout à des étudiants en communication rêvant de mettre un pied dans l’industrie et de trouver une plateforme pour être publié. « Ces gens-là ont le droit de savoir que, même s’ils sont encore en formation, leur travail vaut bien plus que ça », insiste cette journaliste indépendante.

Méconnaissance du métier

« 5 $, c’est même pas le prix de la poutine congelée qu’Oliver Primeau vend en épicerie », renchérit Gabrielle Brassard-Lecours, présidente de l’‏Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ). À ses yeux, cette offre reflète une méconnaissance totale du fonctionnement des médias. La preuve, insiste-t-elle, il mélange les termes et confond les rôles. « Il cherche des chroniqueurs qui devront écrire des articles, mais il explique ensuite que son blogue, c’est essentiellement de la réécriture des articles des autres médias. Ça ne fonctionne pas. »

Devant cet afflux de critiques, Olivier Primeau s’est excusé dans l’après-midi, mettant tout d’abord la faute sur la façon dont l’offre d’emploi a été rédigée. « Je comprends qu’à première vue, 5 dollars peuvent sembler peu, mais quand on comprend le travail et qu’une personne peut facilement écrire plus de 4 articles en 1 heure, cela équivaut à 20 dollars de l’heure. […] 20 $ de l’heure pour une side job est bien payé », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

En entrevue avec Le Devoir, il a ensuite reconnu manquer de connaissances sur le milieu journalistique. « Ce n'est pas parti de mauvaises intentions, mais d’une incompréhension de ce métier, confie-t-il. Aujourd’hui, je me suis fait exposer le métier de journaliste que je ne connaissais pas tant que ça. Je comprends mieux la réalité des pigistes. »

M. Primeau dit réfléchir à l’avenir de son blogue qu'il compte mettre sur pause quelques jours, voire quelques mois. Il envisage même de le fermer.

Éducation

« Cette histoire montre tout le dédain pour la qualité de l’information dans la société », déplore pour sa part le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Michaël Nguyen.

Il y a un gros travail d’éducation à faire dans la population pour que le métier de journaliste soit bien compris et reconnu à sa juste valeur, d'après lui. Il rappelle tout le travail nécessaire à la création de « vraies nouvelles » qui prend des heures, des jours, voire parfois des semaines ou des mois. C’est de la recherche, des entrevues, de la vérification des faits, sans oublier tout le travail de compréhension et de vulgarisation des sujets.

« Ce n’est pas pour rien qu’on a été désigné comme un service essentiel pendant la pandémie par le gouvernement, souligne-t-il. Mais les gens nous ont pris pour acquis. C’est normal pour eux de se lever le matin, de lire le journal ou d’écouter un bulletin de nouvelles. Ils oublient toutefois tout le travail derrière pour fournir ces nouvelles. »

D’après Michaël Nguyen, l’arrivée des médias sociaux et la multiplication des blogues contribuent à dévaluer le journalisme de qualité, puisqu’il devient difficile pour beaucoup de voir la différence entre la réécriture, les fausses nouvelles et l’information fiable.

Camille Lopez abonde dans le même sens. Pour celle qui se spécialise dans la désinformation sur Internet, le travail rapide, comme sur Beach news everyday, peut avoir des conséquences « catastrophiques en termes de désinformation ».

« Je n’ai pas de problème quand ça parle de Lifestyle ou du top 5 des meilleurs sandwichs au thon à Montréal. Mais quand c’est de la réécriture de nouvelles politiques ou sur la COVID-19, ça peut être problématique. Le rédacteur résume dans ses mots, mais il ne connaît pas le dossier. Souvent les nuances se perdent et on ajoute un titre accrocheur qui peut induire les gens en erreur. Ça fait de la désinformation. »

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