Pas de crise de confiance envers les médias

Parmi les répondants, 80% estiment que les médias traditionnels (y compris la télévision, la radio et les journaux) ont contribué à leur meilleure compréhension des enjeux liés à la COVID-19.
Photo: Chad Hipolito La Presse canadienne Parmi les répondants, 80% estiment que les médias traditionnels (y compris la télévision, la radio et les journaux) ont contribué à leur meilleure compréhension des enjeux liés à la COVID-19.

Vous savez, cette crise de confiance qui gangrènerait la relation entre citoyens et médias québécois ? « Je pense que c’est abusif de parler de crise de confiance », fait valoir le professeur émérite au Département d’information et de communication de l’Université Laval Florian Sauvageau, à la lumière des résultats d’une enquête menée en novembre par le Centre d’études sur les médias et la firme de sondage CROP (1000 questionnaires ont été remplis en ligne par des Québécois âgés de 18 ans et plus).

« Aux États-Unis, il y en a une, crise — elle a beaucoup été amplifiée par Donald Trump —, mais il ne faut pas plaquer notre situation sur des problèmes américains », poursuit celui qui cosigne cette enquête avec son collège sociologue Simon Langlois.

Parmi les révélations contenues dans ces résultats : 80 % des répondants estiment que les médias traditionnels (y compris la télévision, la radio et les journaux) ont contribué à leur meilleure compréhension des enjeux liés à laCOVID-19, alors que seulement 52 % des Américains en disaient autant, selon une enquête du Reuters Institute for the Study of Journalism. « Je trouve que les médias traditionnels ont accordé une importance démesurée aux critiques les concernant, qui circulaient sur les réseaux sociaux », précise M. Sauvageau.

Enfin une bonne nouvelle pour les médias traditionnels ? « Oui, mais il ne faut pas pavoiser », prévient le professeur, qui souligne que 41 % des personnes interrogées croient que les médias exagèrent l’importance de la crise sanitaire et que seulement 49 % des 18-24 ans font confiance aux journalistes (contre 66 % pour l’échantillon total). De plus, 50 % des répondants considèrent que les médias traditionnels relaient plus de fausses nouvelles depuis le début de la pandémie, bien qu’il soit 80 % à faire la même analyse au sujet des médias sociaux.

Autre résultat intrigant, voire paradoxal : 57 % de ceux et celles qui se tournent d’abord vers les médias sociaux pour s’informer (18 % des répondants) témoignent de l’augmentation de leur confiance envers les médias traditionnels depuis la fin mars. « L’hypothèse qu’on aime, dit Florian Sauvageau, c’est que parmi ces 80 % de gens qui disent qu’il y a plus de fausses nouvelles sur les médias sociaux depuis la pandémie, il y en a plusieurs qui déduisent que, pour cette raison, les médias traditionnels sont plus fiables. »

Polarisation accentuée

Si 30 % des personnes interrogées répondent faire confiance à tous les médias traditionnels et 62 % à certains d’entre eux, la polarisation du débat public ne serait pas sur le point de s’estomper. « Nous observons que la pandémie a conforté les attitudes existantes. Les personnes qui se fient habituellement à tous les médias traditionnels avancent en effet que leur confiance s’est accentuée, alors que, à l’opposé, les individus qui n’ont aucune confiance envers ces mêmes médias [c’est-à-dire 8 %] disent en avoir encore moins depuis le début de la pandémie », écrivent les professeurs Langlois et Sauvageau dans une lettre envoyée au Devoir.

Aux États-Unis, il y en a une, crise — elle a beaucoup été amplifiée par Donald Trump —, mais il ne faut pas plaquer notre situation sur des problèmes américains

 

Voilà un « phénomène extrêmement préoccupant », pense ce dernier, mais encore une fois, la situation ne serait pas aussi critique qu’aux États-Unis. « Il n’y a pas au Québec Fox News d’un côté et le New York Times de l’autre, mais on voit qu’il y a une polarisation grandissante, et c’est un problème. »

La crainte principale de cet observateur de longue date de l’écosystème médiatique ? La désaffection des jeunes : 59 % des 18-24 ans et 61 % des 25-34 ans s’informent sur la COVID-19 autrement que par l’entremise de la télévision, de la radio ou des journaux. « Je sais que les médias traditionnels investissent beaucoup les plateformes mobiles, mais est-ce qu’ils le font assez et, surtout, est-ce qu’ils le font en parlant un langage journalistique qui peut rejoindre les jeunes ? »

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