CBC/Radio-Canada se range derrière Catherine Tait

La grande  patronne de CBC/Radio- Canada,  Catherine Tait, doit regagner Ottawa le  27 décembre  prochain et n’a prévu aucun  autre voyage prochainement.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne La grande patronne de CBC/Radio- Canada, Catherine Tait, doit regagner Ottawa le 27 décembre prochain et n’a prévu aucun autre voyage prochainement.

La grande patronne de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, a voyagé entre Ottawa et New York en pleine crise de COVID-19 pour s’occuper de son mari qui était malade, a justifié vendredi le diffuseur public à la suite d'un article du média anglophone Canadaland.

« Le conseil d’administration est au courant de cette situation et appuie totalement Mme Tait », a indiqué au Devoir le porte-parole institutionnel de la société d’État, Leon Mar.

Le média anglophone Canadaland a rapporté vendredi que Catherine Tait, la présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada, se trouve actuellement avec son mari dans sa maison cossue du quartier Boerum Hill de Brooklyn, à New York. Elle s’y est d’abord rendue le 29 mars, 11 jours après l’annonce de la fermeture de la frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis par le gouvernement Trudeau. Elle est ensuite revenue au pays le 8 juin, avant de s’envoler vers New York le 13 novembre, où elle se trouve depuis.

Or, Ottawa recommande depuis mars aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du pays et impose aux voyageurs de respecter une quarantaine obligatoire de 14 jours à leur retour. CBC/Radio-Canada recommande aussi à ses employés de s’abstenir de voyager à l’étranger pour des raisons personnelles.

Si Mme Tait s’est déplacée à New York pendant la pandémie de coronavirus, c’est pour s’occuper de son conjoint « qui recevait des soins médicaux », a précisé M. Mar. Elle n’a obtenu aucune exemption spéciale du fédéral pour ses déplacements et « continue de se conformer à toutes les exigences de quarantaine établies par le gouvernement », a-t-il ajouté.

Catherine Tait doit regagner Ottawa le 27 décembre prochain et n’a prévu aucun autre voyage prochainement. Elle n’a pas souhaité accorder d’entrevue.

Dans son article, Canadaland avance aussi que l’appartement new-yorkais de Mme Tait constitue sa résidence principale, citant le décret gouvernemental de sa nomination à la tête du diffuseur public en avril 2018. Ce que CBC/Radio-Canada dément. « Lorsque le premier décret a été émis, Mme Tait résidait à Brooklyn. Elle est retournée à Ottawa, son lieu de résidence principal, avant de commencer officiellement son mandat en juillet 2018, comme l’exige la Loi sur la radiodiffusion », soutient Leon Mar.

« Deux poids, deux mesures »

L’article 38 de la Loi sur la radiodiffusion qui encadre CBC/Radio-Canada stipule en effet que « nul ne peut être nommé administrateur ni continuer à occuper cette charge s’il n’est pas un citoyen canadien résidant habituellement au Canada ».

Sur le plan juridique, rien n’exige de Catherine Tait d’être continuellement au Canada pour exercer son travail, confirme le juriste Pierre Trudel, professeur et spécialiste en droit des médias, qui estime en outre que l’article de Canadaland soulève des questions de vie privée.

Il doute d’ailleurs beaucoup que l’article 38 puisse être resserré. Les tribunaux ont « souvent jugé très sévèrement les règles que des employeurs imposaient quant au lieu de résidence des employés », dit-il.

Les allégations du média anglophone ont pour le moins étonné l’ex-directeur de l’information à Radio-Canada, Alain Saulnier. « C’est inhabituel », a-t-il réagi au bout du fil. Selon lui, les anciens présidents en exercice ont toujours habité et dirigé le diffuseur public depuis le Canada. Il faut dire toutefois que le caractère exceptionnel de la pandémie peut entraîner des « circonstances exceptionnelles », dit-il.

M. Saulnier se garde de juger le fait que Catherine Tait travaille actuellement — et à plus d’une reprise — depuis les États-Unis. Il espère seulement que cela lui permet de conserver « une connaissance étroite » de l’univers médiatique canadien — un aspect incontournable pour son poste névralgique.

Pour le président du Syndicat des communications de Radio-Canada, Pierre Tousignant, « il y a quelque chose d’assez extraordinaire et de très discutable là-dedans ». Il n’hésite pas à qualifier la situation de « deux poids, deux mesures ».

En ces temps de télétravail, il rappelle que la société d’État impose à tous ses employés de rester à moins de 3 heures de son lieu de travail. Cette directive a d’ailleurs empêché une employée de Montréal de déménager en Gaspésie, sous peine de voir son contrat être résilié. Un autre employé n’a pas été autorisé à rejoindre sa famille installée à Londres pour la même raison.

Il réclame des explications de la part du conseil d’administration du diffuseur public. Il compte aussi s’adresser à la haute direction de Radio-Canada. « Ce n’est pas dramatique qu’elle travaille à distance, mais elle est patronne d’une société d’État canadienne. Il y a une valeur symbolique », ajoute M. Tousignant.

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