CHOI-FM bannie des ondes - La décision du CRTC est largement dénoncée

Québec — La presque totalité des chroniqueurs et des éditorialistes de la presse québécoise ont dénoncé hier la décision sans précédent du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de condamner à la fermeture la controversée station de radio CHOI-FM, de Québec.

L'onde de choc a aussi eu des répercussions au Canada anglais, alors que les grands quotidiens et réseaux de télévision ont fait état du coup de force sans précédent du CRTC.

La nouvelle a notamment fait la une du quotidien torontois The Globe And Mail, qui titrait hier: «La décision du CRTC de fermer une station de radio suscite un débat sur la liberté d'expression».

À Québec, l'éditorialiste Jean-Marc Salvet, du quotidien Le Soleil, considère que le CRTC «est allé beaucoup trop loin si l'on considère tous les impacts de son verdict».

Même constatation de la part du chroniqueur du Journal de Montréal et du Journal de Québec, Franco Nuovo, lui-même une tête de Turc du duo d'animateurs Jean-François Fillion et André Arthur.

«Fillion, aussi bête soit-il, est un mal non nécessaire mais incontournable. Aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux de certains, il est le gage de notre indépendance de penser et le prix à payer pour notre liberté de s'exprimer», écrit-il dans sa chronique.

Au quotidien montréalais La Presse, la chroniqueuse Sophie Cousineau écrit qu'il serait facile d'applaudir la décision du CRTC de «couper le sifflet» à cette station de radio, tant les animateurs Fillion et Arthur, citations à l'appui, n'ont jamais cessé de verser dans le «lynchage public».

«Mais il faudrait bien s'en garder, nuance-t-elle. Aussi dérangeante qu'elle puisse sembler aux oreilles de certains, CHOI a un large public qui se reconnaît dans ses propos, son ton, son style. Fermer cette station, c'est mener une croisade de moralité publique et s'attaquer à la liberté d'expression.»

Ce n'est toutefois pas l'avis de l'éditorialiste du Devoir, Josée Boileau, qui estime que le CRTC a fait son travail et rendu une décision «fort bien circonscrite et argumentée».

Le CRTC «a fait voir à quel point le traitement vulgaire, mesquin, méchant — où attaques personnelles et propos outranciers envers des groupes cibles, les handicapés par exemple, s'entremêlent — est de mise à la station», souligne-t-elle.

Jusqu'à Ottawa

Du reste, la nouvelle n'est pas passé inaperçue à Ottawa. Encore ministre du Patrimoine pour quelques jours, la candidate défaite Hélène Chalifour-Scherrer, est cependant demeurée discrète.

«Le CRTC a pris sa décision, je ne commenterai pas là-dessus», s'est-elle contentée de dire à sa sortie d'une réunion du caucus libéral.

Sa collègue Liza Frulla, ancienne ministre de la Culture au sein du gouvernement libéral de Robert Bourassa, était plus loquace.

La ministre du Développement social n'a ni condamné, ni applaudi la décision de l'agence de réglementation fédérale. «Le CRTC est un organisme qui joue un rôle, un rôle important, et on a toujours appuyé le CRTC comme société canadienne», a rappelé Mme Frulla.

Mouvement

Entretemps, un mouvement d'opposition à la décision du CRTC a commencé à se profiler à Québec, sous le patronage de CHOI-FM.

De retour à la barre de son émission matinale, hier matin, après avoir interrompu ses vacances estivales, l'animateur Jean-François Fillion a convié les 380 000 auditeurs de la station à inonder le CRTC de courriels de protestation.

L'animateur controversé a aussi fustigé les membres de l'instance fédérale, les traitant «d'hypocrites» qui racontent de la «christie [sic] de merde».

«Ils n'ont jamais été très collaborateurs. Ils n'ont jamais voulu de CHOI. Jamais, jamais, jamais, jamais!», a-t-il lancé en ondes.

Selon lui, les «bureaucrates» du CRTC ont tout faux lorsqu'ils prétendent avoir laissé à CHOI-FM la chance de s'améliorer.

De même, les appels d'auditeurs en colère et les courriels destinés à appuyer la station rock CHOI-FM dans la bataille qu'elle entreprend pour sa survie n'ont cessé de s'accumuler pendant la journée.

En milieu d'après-midi, la station avait reçu pas moins de 4000 courriels d'appui.

Nombre d'auditeurs ont également promis de prendre part à des manifestations pour «sauver la liberté d'expression», symbolisée, à leurs yeux, par le tandem Fillion-Arthur. «Des auditeurs ont émis le souhait de bloquer le pont [Pierre-Laporte], mais ce n'est pas le genre de chose que l'on veut voir, a cependant prévenu M. Demers. On ne veut pas encourager quoi que ce soit qui serait illégal ou violent.»

En matinée, des employés de CHOI-FM ont aussi distribué, dans le stationnement d'un centre commercial, des autocollants où figure l'expression: «Liberté! Je crie ton nom partout.»

Achetée au coût de 2 millions de dollars en 1996 lorsqu'elle était moribonde, la station CHOI-FM valait plus de 25 millions, selon son propriétaire, au moment où le couperet du CRTC est tombé, mardi matin. L'entreprise, qui emploie 35 personnes, trône au sommet des cotes d'écoute dans la région de Québec.

SOS à Guy Bertrand

La direction de CHOI-FM fera appel au flamboyant avocat Guy Bertrand pour contester, en Cour fédérale, la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de ne pas renouveler la licence de la station de radio la plus écoutée à Québec.

«C'est certain que l'on va retenir ses services», a dit hier le grand patron de CHOI-FM et président de Genex communications inc., Patrice Demers, lors d'une interview accordée à la Presse canadienne.

Me Bertrand avait déjà représenté CHOI-FM lors de l'audience publique du CRTC en février dernier. Il avait alors longuement défendu la liberté d'expression des animateurs Jean-François Fillion et André Arthur, les deux têtes d'affiche de la station.