L’information attire beaucoup de lecteurs, mais peu de revenus

Malgré la crise à laquelle les médias doivent faire face, les lecteurs sont légèrement plus nombreux désormais, tant en ce qui a trait aux quotidiens papier qu’en ce qui a trait aux quotidiens numériques.
Getty Images / iStockphoto Malgré la crise à laquelle les médias doivent faire face, les lecteurs sont légèrement plus nombreux désormais, tant en ce qui a trait aux quotidiens papier qu’en ce qui a trait aux quotidiens numériques.

Allons droit au but : l’état des lieux des médias québécois d’information, édition 2020, ne recèle pas beaucoup de bonnes nouvelles. Sur plus de 100 pages, l’auteur du rapport, Daniel Giroux, recense les emplois journalistiques perdus, les revenus publicitaires en chute libre, les achats d’exemplaires en kiosque qui se tarissent.

Le chercheur au Centre d’études sur les médias de l’Université Laval résume les résultats de son enquête, menée en ligne auprès de plus de 1000 répondants, par une bien sombre constatation : « Rien n’indique que la descente est terminée. » Non seulement ça : « La situation continue de se détériorer », confie-t-il au bout du fil.

Déprimant, tout cela ? Oui, très. Mais pas seulement. Notamment, et principalement, parce que l’intérêt du public pour les médias, lui, ne faiblit pas. Ce n’est pas de lecteurs qu’il manque. C’est de revenus. « Il ne faut pas baisser les bras pour autant », affirme d’ailleurs Daniel Giroux en fin d’étude.

Surtout que ces lecteurs sont légèrement plus nombreux désormais, tant en ce qui a trait aux quotidiens papier qu’en ce qui a trait aux quotidiens numériques, rapporte le chercheur. Principalement en ligne, en fait, où le taux de lectorat a dépassé celui des imprimés. Et ce, par 10 points de pourcentage pour l’ensemble du Québec, souligne Daniel Giroux. Un changement amorcé selon lui depuis la migration de La Presse vers le tout-numérique. Et consolidé depuis.

Une autre migration dont l’auteur fait état, c’est celle, continue, de la publicité vers les « plateformes hors médias, dont Google, Facebook et YouTube ». Une avenue qui, on le sait, aspire les revenus autrefois destinés à la presse écrite et télévisée.

La situation continue de se détériorer

 

Il souligne par ailleurs que beaucoup de petites annonces imprimées se sont déplacées… vers Tinder.

Tiens, un point positif : la radio commerciale, elle, s’en tire mieux. Notamment grâce aux annonceurs très locaux, qui font moins le saut du côté de Facebook et de Google, dit le chercheur. « La radio a cette idée de proximité, d’ambiance. Elle est plus souple que la télévision et que les quotidiens pour ce qui est d’afficher la publicité. »

Ces derniers, les quotidiens, ont « subi une dégringolade incroyable », ajoute-t-il. « Depuis 2012, ils ont perdu plus de 50 % des revenus de publicité. Ceux qu’ils tiraient des abonnements et des ventes au numéro sont également en baisse. » Tout comme les magazines. « Beaucoup d’entre eux ont cessé d’exister. Plusieurs ont réduit le nombre de leurs parutions. Pour les journalistes pigistes, le milieu de travail s’est assombri. »

Le seul magazine qui s’en sort et qui fait un gain ? L’actualité. Les revues les plus touchées ? Celles dites « people » ou « populaires ». « Ces publications perdent de leur attrait parce que beaucoup du contenu qu’on y retrouve est offert gratuitement sur Internet par toutes sortes de sites financés par la publicité. Les gens préfèrent éviter la dépense. Surtout en raison de la pandémie. »

Mais il reste encore des gens qui paient pour de l’information. « En 2019, 13 % des Canadiens de langue française l’ont fait », indique le chercheur.

Confiance et conséquences

Nulle surprise ici : le grand confinement a fait chuter les revenus publicitaires. Principalement lorsque les commerces de détail ont dû cesser leurs activités. « Quand on consulte les rapports de ces trimestres de fermeture, on constate que les principales entreprises cotées en Bourse au Québec, soit Bell Média, Québecor et Cogeco, ont connu des baisses d’environ 30 % de leurs revenus. »

Daniel Giroux évalue à environ 2000 le nombre d’employés du secteur des médias qui ont été mis à pied ou licenciés, ou qui ont été affectés par des baisses de salaire qui, dans certains cas, vont se poursuivre pour les mois à venir. « Ce n’est pas très rose. »

Un peu d’espoir ? « Le degré de confiance des Québécois francophones envers l’information, bien que légèrement à la baisse, demeure parmi les plus élevés au sein des 40 pays sondés par le Reuters Institute for the Study of Journalism ».

Un autre point, peut-être ? Il mentionne l’initiative de journalisme local, pour laquelle le gouvernement fédéral a investi 50 millions sur cinq ans. Chose qui a mené à 58 embauches, mais (car il y a un mais) « ça ne remédie pas à tous les emplois qui ont été perdus pendant la pandémie ».

Reste un signe encourageant : « Le fédéral veut que les grandes plateformes numériques soient taxées. C’est mieux que la situation qui prévalait il y a deux ans. »

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