Au revoir les sportifs, Ron Fournier accroche son micro

« Pas pire » nouvelle dans le monde de la tribune sportive, voire dans le monde radiophonique tout court. Le coloré animateur radio Ron Fournier a annoncé mardi, sur les ondes du 98,5 FM, qu’il prenait sa retraite. Celui que plusieurs ont qualifié mardi de « monument » aura passé près de 33 ans en ondes, notamment à l’émission Bonsoir les sportifs.

« Il est temps qu’on sache ce qui arrive avec Ronald », a-t-il dit mardi à son propre sujet au micro de Paul Arcand, dans son style habituel, souvent à la troisième personne. M. Fournier, un ancien arbitre de la Ligue nationale de hockey, a expliqué vouloir être « un peu plus libre » et « profiter des 20 ans et des 20 000 milles qu’il [lui] reste ».

Ron Fournier a connu d’importants ennuis de santé dans les dernières années, dont un cancer de la prostate et, plus récemment, un cancer des ganglions. « On a réglé Ronald, et trois, quatre mois plus tard, ça va », a-t-il affirmé en ondes mardi.

Mais l’animateur désire notamment passer plus de temps avec sa famille et sa conjointe Chantale, « qui aura été [son] accompagnatrice pendant toute la durée de ce merveilleux parcours » et à qui il veut maintenant « accorder du temps, ce temps si précieux, qui finit par manquer bien souvent ».

Il n’a pas souhaité accorder d’entrevue pour le moment.

Ron Fournier, 71 ans, a commencé son parcours médiatique au micro de CJMS en 1987, où il a animé sa première émission sportive, C’est officiel, un clin d’œil à l’uniforme noir et blanc d’arbitre qu’il a vêtu pendant 10 ans dans la LNH. Il a ensuite sévi à CKAC dès 1994, puis au 98,5 FM lors du changement de vocation de l’antenne AM.

Au micro, Fournier n’avait pas la langue dans sa poche et a développé certaines marottes, comme le célèbre « pas pire, pas pire », qu’il répétait souvent. « Il y a quelque chose dans le rythme, dans la manière dont il parle, analyse le chroniqueur Olivier Niquet, du Sportnographe et de La Soirée est encore jeune. Il prend des pauses, il insiste sur des trucs, il utilise des expressions très comiques, qu’on n’entend nulle part. »

Et Ron chantait aussi, s’inspirant souvent du nom des joueurs du Canadien, le sujet de prédilection de Bonsoir les sportifs. « On était tous conscients que ce n’était pas exactement Pavarotti, mais on a bien compris qu’il était bien à l’aise de se rendre jusque-là, explique Pierre Houde, descripteur du hockey (notamment) à RDS. Ron maîtrisait cette très fine ligne de démarcation entre le divertissement, l’humour et la chose sportive sérieuse. »

Pour M. Houde, Bonsoir les sportifs était « son » émission d’après-match. « Quand je terminais un match de hockey, j’avais hâte de retourner dans ma voiture pour écouter Ron », confie-t-il. « C’est un monument de la radio qui nous quitte, a pour sa part affirmé au Devoir Michel Lorrain, le président de Cogeco Média, propriétaire du 98,5 FM. Il a passé 33 ans derrière le micro sans interruption, et il a passé au travers d’innombrables propriétaires, d’une antenne à l’autre avec la même émission, et ça, c’est incroyable. »

C’est à la fin du mois de juillet que Ron Fournier a annoncé à M. Lorrain qu’il accrocherait son micro. Une décision que le président « respecte et comprend ». Ce dernier note que le populaire meneur de la ligne ouverte sportive pouvait récolter de 25 % à 35 % des parts de marché.

L’animateur a été immortalisé par une chanson des Cowboys fringants en 2002, où le groupe chantait « À vos postes amateurs de sport / Et allumez vos radios d’char / Garrochez-vous su l’téléphone / Pour dire “Salut mon Ron !” » Le principal intéressé racontait mardi à Paul Arcand que c’est « il y a de ça 15 ans, je suis devenu vraiment Ronald » et qu’il s’est davantage « laissé aller ». Au fil des nombreuses discussions avec les auditeurs, il a aussi « réalisé que c’était plus qu’une émission de hockey », mais une émission « pour le public », à qui il donnait tout ce qu’il pouvait « dans l’allégresse et la joie de vivre ».

Il a passé 33 ans derrière le micro sans interruption, et il a passé au travers d’innombrables propriétaires, d’une antenne à l’autre avec la même émission, et ça c’est incroyable

 

Certains auditeurs auront toutefois eu de très courtes conversations avec Fournier. « Je flushais ben vite », a-t-il avoué. Aux yeux d’Olivier Niquet, Ron rendait la ligne ouverte amusante, d’autant qu’il avait « une certaine habileté à rabrouer les gens, d’une façon qui, pour quelqu’un d’autre, aurait été vue comme une insulte. Mais comme c’était Ron qui te rabrouait, t’étais presque content, dans le fond. »

En son statut d’ancien arbitre — il a aussi été gardien de but dans son jeune temps —, Ron Fournier a incarné « avant le temps et avant que ça se fasse de façon presque systématique » le remplacement des professionnels des médias par ceux « qui ont développé une expertise disons de terrain », illustre Pierre Barrette, professeur à l’École des médias de l’UQAM.

Le président de Cogeco Média, Michel Lorrain, retiendra de Ron Fournier « son intensité et sa capacité à nous surprendre », ajoutant qu’il n’arrivait jamais en ondes sans être préparé. Malgré l’approche unique de l’animateur, M. Lorrain assure que celui-ci n’a jamais dépassé les bornes. « Mais en dehors des ondes, ça demeure un type extrêmement intense, qui avait ses exigences, qui était un négociateur redoutable. Je pense que Ron connaissait bien sa valeur, l’industrie le lui a bien rendu. Mais ç’a été un mariage gagnant-gagnant entre lui et nous. » Et pour le public aussi, qui pourra maintenant lui dire : « Au revoir, mon Ron ! »

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