Jean-Claude Picard, «journaliste dans l’âme», est décédé

Jean-Claude Picard
Université Laval Jean-Claude Picard

Jean-Claude Picard, professeur de journalisme à l’Université Laval et ancien courriériste parlementaire, notamment pour Le Soleil et Le Devoir, est mort cette semaine des suites d’un accident.

M. Picard, qui avait déjà publié une biographie remarquée de l’ancien ministre péquiste Camille Laurin, travaillait sur un ouvrage sur Gérald Godin au moment de son décès.

C’était « un journaliste dans l’âme, passionné par son métier, qui lui a permis d’observer l’évolution de la société québécoise. Il avait des opinions, mais pour lui, un journaliste doit se laisser guider par les faits. « Les faits, les faits, les faits », disait-il. Son esprit indépendant l’a toujours animé, que ce soit comme journaliste, fonctionnaire, enseignant ou biographe », raconte l’ancien directeur du Devoir Bernard Descôteaux, qui l’a entre autres côtoyé comme journaliste sur la colline parlementaire de Québec.

« C’était un personnage attachant, incroyablement attachant », se souvient de son côté Thierry Watine, professeur de journalisme à l’Université Laval, qui a côtoyé pendant une vingtaine d’années Jean-Claude Picard. D’abord collègues, les deux hommes se sont rapidement liés d’amitié, unis par la passion du métier, mais aussi par amour pour les voyages au long cours. « Il a voyagé à travers le monde entier. Il a été à peu près partout, et préparait ses voyages de façon extrêmement méticuleuse », dit-il.

Dans ses cours, le professeur Picard formait la relève journalistique de manière tout aussi rigoureuse, ajoute M. Watine. Ce « journaliste jusqu’au bout des ongles » était en effet « très exigeant ». « Il avait ce que j’appelle des saintes colères quand il trouvait que les gens versaient dans la facilité. Il se cambrait, mais pour les bonnes raisons », note-t-il, un sourire dans la voix.

Jean-Nicolas Blanchet, aujourd’hui adjoint au directeur de l’information au Journal de Québec, étudiait en droit lorsque Jean-Claude Picard lui a confié en 2011 la rédaction en chef de L’Exemplaire, le journal étudiant de la Faculté de journalisme de l’Université Laval. « Après lui avoir parlé, je me suis immédiatement tourné vers des études en journalisme », raconte-t-il.

Florian Sauvageau a quant à lui d’abord été le patron de Jean-Claude Picard, au journal Le Soleil, avant de le côtoyer comme professeur à l’Université Laval. « J’ai appris à le connaître », dit-il, évoquant une grande gentillesse sous des allures bourrues, et un tempérament « fougueux ».

Indépendantiste convaincu, Jean-Claude Picard a plus tard été sous-ministre pour le ministre péquiste de la Culture Clément Richard. Malgré ses opinions politiques, il veillait, en tant que journaliste, à ne pas perdre pour autant sa lecture objective des faits.

Florian Sauvageau se souvient de l’avoir interrogé dans le cadre d’un film intitulé Feu l’objectivité, qu’il avait réalisé avec Jacques Godbout. « Au moment de sa mort, je me suis dit qu’on allait beaucoup insister sur le professeur, mais qu’il ne faut pas oublier que c’était un journaliste de grand calibre », dit-il.

« Le journalisme tel qu’il l’enseignait va encore se pratiquer durant des décennies », remarque Jean-Nicolas Blanchet. « Il avait des opinions fortes, mais ce qu’il prônait, c’était que c’était la justesse qui était la plus importante. C’était de réussir à faire comprendre le contenu au lecteur. Qu’un journaliste écrive sur les faits divers ou sur la politique internationale, il disait qu’il fallait toujours garder la même justesse et le même professionnalisme ».

« C’était un journaliste classique », rajoute Florian Sauvageau.

Bien qu’il n’ait pas été passionné de nouvelles technologies, Jean-Claude Picard a veillé à ce que le journal étudiant L’Exemplaire passe en version numérique. « Il était très engagé envers ses étudiants », dit Florian Sauvageau.

« Il jugeait que la technologie n’était qu’un moyen et qu’elle prenait beaucoup de place au détriment du fond », relève de son côté le professeur Thierry Watine. « À ses étudiants, il disait toujours : revenez-en aux faits. Une nouvelle est d’abord des faits. C’était un homme de conviction par rapport au métier. »

Le professeur Picard s’inquiétait aussi de voir l’opinion et les commentaires « envahir » les médias, ajoute son ex-collègue.

Lorsque le quotidien Le Soleil est passé des mains de la famille Gilbert à celles de Jacques Francœur, en 1974, Jean-Claude Picard avait eu le projet d’en faire une coopérative de journalistes, raconte Bernard Descôteaux. Ironiquement, le journal Le Soleil est aujourd’hui une coopérative de journalistes.

« Il était inquiet de l’avenir du Soleil », dit Bernard Descôteaux.

Dans la foulée de son projet de livre sur Gérald Godin, Jean-Claude Picard avait déjà identifié des sources originales pour documenter la vie de l’homme.

« Ça aurait été un livre de journaliste, plutôt qu’un livre d’historien », dit Florian Sauvageau. « Jean-Claude serait vite devenu fasciné par Godin, parce que c’était un journaliste engagé qui a fait de la politique, qui est devenu ministre du Parti québécois, et qui a réussi à se faire élire dans un quartier d’immigrants », dit Florian Sauvageau.

Avec Guillaume Lepage

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