​Dénonciations: les radios, entre statu quo et suspension temporaire

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Quelques jours après la vague de dénonciations de gestes inappropriés de la part de plusieurs membres de la scène musicale, les radios québécoises ont réagi de multiples façons, lundi. Si certaines ont décidé de cesser, temporairement, de diffuser la musique des artistes concernés sur leurs ondes, d’autres préfèrent encore attendre de voir la situation évoluer, ou ont décidé de ne rien changer.

Parmi les radios qui ont décidé d’agir, on note les deux postes WKND (à Québec et à Montréal) et la station BLVD, tous trois du groupe Leclerc Communication. L’entreprise affirme avoir eu plusieurs discussions à l’interne sur sa responsabilité sociale. « Nous avons immédiatement pris la décision de suspendre temporairement la diffusion des artistes concernés par la vague de dénonciations », a écrit dans un courriel Nicolas Leclerc, le vice-président ventes et marketing du groupe.

« Nous voulons être clairs à l’effet que la présomption d’innocence demeure l’un des principes les plus fondamentaux de notre société et que nous ne pouvons substituer notre jugement à celui des tribunaux de droit commun, précise M. Leclerc. Il faut donc faire preuve de prudence puisque les faits reprochés ne sont, pour la plupart, qu’au stade des allégations. Mais nous croyons qu’il est de notre responsabilité de nous prononcer contre toute forme d’abus de pouvoir et d’inconduite sexuelle et de prendre nos distances face aux situations qui ont été exposées publiquement. »

M. Leclerc s’en est tenu à cette déclaration et n’a pas voulu fournir une liste des artistes mis au ban.

Dans les derniers jours, Yann Perreau, Alex Nevsky, David Desrosiers, de Simple Plan, Bernard Adamus, Kevin Parent, Obia le chef et Maybe Watson ont été parmi les musiciens visés par des allégations d’inconduites sexuelles.

Du côté de Radio-Canada et de la chaîne Ici Musique, des discussions ont eu lieu au cours de la journée de lundi. Il n’y aura pas d’arrêt de diffusion en soi, mais « pour le moment, nous nous réservons la possibilité de ne pas diffuser ou de ne pas initier de nouveaux projets selon la situation, explique Julie Racine, chef de la promotion. Par contre, Radio-Canada tient à dissocier l’œuvre de l’artiste. Par ailleurs, nous laissons le soin aux équipes de décider de la musique diffusée dans leurs émissions (selon leur mandat). Ce travail de jugement éditorial musical se fait naturellement ».

Au groupe Cogeco, qui exploite 23 stations de radio, dont le 98,5 FM, Rythme FM, CKOI et le FM 93 à Québec, « on n’a retiré aucun titre à l’heure où on se parle », a affirmé Christine Dicaire, la directrice principale communication marketing du réseau.

« Tout ça est extrêmement sérieux, dit-elle. On voit ce qui se passe, on le suit de façon quotidienne, mais pour le moment, les allégations, on va voir comment ça va se poursuivre et on va laisser la justice suivre son cours. » Cogeco invite les victimes à dénoncer les gestes répréhensibles auprès des différents organismes ou personnes qui pourraient les aider. Le comité exécutif et les comités musicaux des différentes stations continuent à suivre le dossier, nous a-t-on dit.

Chez Bell, notamment propriétaire des réseaux Énergie et Rouge et de la station Boom, on s’est contenté de dire que « nos décisions de programmation sont prises cas par cas en tenant compte de la pertinence du contexte et des commentaires des auditeurs ». L’entreprise a précisé que, « pour le moment, aucune modification n’a été apportée à notre programmation musicale ».

Du côté de CISM, la radio étudiante de l’Université de Montréal, la réflexion est entamée, a-t-on pour l’instant affirmé au Devoir. Le réseau privé régional de 15 stations d’Arsenal Media n’a pas pris la parole lundi.

La récente série de dénonciations se déroule en grande partie sur Instagram, où des victimes prennent la parole librement. La semaine dernière, Safia Nolin avait par ailleurs dénoncé des gestes et des mots déplacés de l’animatrice Maripier Morin.

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