Six quotidiens régionaux abandonnent le papier en semaine

 

Les six quotidiens régionaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i), dont Le Soleil, Le Droit et La Tribune, ont décidé d’abandonner pour de bon leurs éditions papier en semaine, une pratique qui avait été adoptée temporairement dans les derniers mois en raison de la pandémie. C’est là une des mesures du plan d’action du groupe médiatique, qui prévoit l’« accélération » de son virage numérique et qui le planifie sous un modèle payant.

Stéphane Lavallée, directeur général de la CN2i, croit que cette orientation est tout à fait en harmonie avec la façon dont les gens consultent l’information aujourd’hui. « C’est une décision raisonnable, mais également inévitable dans les circonstances, explique-t-il en entrevue. Le lectorat de même que les annonceurs sont de plus en plus tournés vers le numérique. On avait aussi très bien préservé le lectorat et les revenus publicitaires dans l’édition imprimée du samedi. En liant les deux phénomènes, on arrive à une conclusion très sensée. »

Les coopératives regroupées au sein de la CN2i — anciennement Groupe Capitales Médias (GCM) — publient Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa / Gatineau), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), Le QuotidienLe Progrès (Saguenay Lac-Saint-Jean), La Tribune (Sherbrooke) et La Voix de l’Est (Granby).

Sauf le samedi

La fin du papier en semaine ne sonne pas le glas de l’édition à feuilleter du samedi, qui continuera d’exister. La formule de l’édition de fin de semaine a récemment été revue, et propose une approche plus « magazine », avec à la fois de l’actualité, mais aussi des papiers qui se lisent au fil de la semaine — sans oublier une offre de jeux augmentée.

L’abandon du papier en semaine, « c’était ce qui était prévu dans le plan d’affaires initial, note Louis Tremblay, le président du conseil d’administration de CN2i. Le papier prenait fin quelque part 18 ou 24 mois après la mise en place de la nouvelle entreprise », mais la pandémie aura accéléré le virage numérique. Le maintien des réseaux de distribution des exemplaires papier et la rareté des camelots étaient aussi devenus des enjeux, note M. Tremblay.

On apprend également dans l’annonce de la CN2i que « le plan d’action des coopératives, adopté à l’unanimité après une vaste consultation de tous les employés, permet le retour au travail de 50 des 140 personnes mises à pied à la fin mars ». Toutefois, quelque 90 employés ont dû être congédiés dans les six quotidiens, soit parce que leur emploi était lié au journal papier ou parce qu’il y avait redondance lors la mise en commun de certaines tâches dans la grande coopérative. Au final, ils seront quelque 300 employés dans toute l’organisation.

Numérique payant

Le directeur général Stéphane Lavallée fonde beaucoup d’espoir dans le numérique. Les éditions tablette sont appréciées, et il se réjouit du succès des sites Web des six quotidiens coopératifs, qui ont atteint au total 8,7 millions de visiteurs uniques en mai. La CN2i compte aussi quelque 100 000 utilisateurs de leurs différentes applications mobiles.

Mais à l’automne, les plateformes numériques de la CN2i deviendront payantes. « La gratuité mur à mur ne sera plus une option, ce n’est pas un modèle viable à moyen et à long terme », estime Lavallée. L’approche préconisée par les quotidiens régionaux n’est toutefois pas encore arrêtée. « Certains comme Le Devoir offrent quelques textes gratuits, d’autres dans le monde donnent un niveau d’information de base gratuite avec aussi un service payant… On pourrait même tester plus qu’une option, c’est la beauté du numérique ! »

Ce qu’on sait, c’est que les lecteurs pourront acheter l’édition du samedi en kiosque, mais ceux qui s’abonneront auront toutefois accès au contenu numérique gratuitement. Il sera aussi possible de ne s’abonner qu’à la version numérique des différents quotidiens régionaux.

« Avec de bonnes perspectives à moyen terme, on parle d’une rentabilité dans les 24 à 36 mois », croit Lavallée, qui souligne l’importance de l’aide de Québec.

Louis Tremblay est aussi optimiste. « On a notre plan d’affaires et on va le réaliser, on va mettre les moyens en place pour atteindre les niveaux de financement dont on a besoin pour se sortir des difficultés. Peut-être que le 18 août [quand GCM s’est placé sous la protection de la loi sur les faillites] on était l’entreprise de presse la plus menacée au Québec, mais aujourd’hui, sans vendre la peau de l’ours, on doit être une des entreprises qui a pris les meilleures décisions, qui font en sorte qu’on peut faire face à l’avenir. »