La rédactrice en chef de «The Gazette» prête à défendre Aaron Derfel face à Legault

Ces deux incidents rapprochés peuvent s’expliquer par la forte pression sur le premier ministre en raison d’une situation jamais vue, estime la rédactrice en chef de «The Gazette», et non pas sur le travail de son journaliste, qu’elle décrit comme «percutant» (hard-hitting).
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Ces deux incidents rapprochés peuvent s’expliquer par la forte pression sur le premier ministre en raison d’une situation jamais vue, estime la rédactrice en chef de «The Gazette», et non pas sur le travail de son journaliste, qu’elle décrit comme «percutant» (hard-hitting).

Pour une deuxième fois en un mois, le premier ministre François Legault a eu maille à partir samedi avec le journaliste du quotidien The Gazette affecté à la santé, Aaron Derfel. Le chef caquiste l’a bloqué sur Twitter avant de revenir sur ses pas, non sans l’avoir qualifié entre-temps de « journaliste », entre guillemets dans le texte. La rédactrice en chef du journal anglophone, Lucinda Chodan, rejette l’idée d’un différend entre la CAQ et sa publication, mais réitère que sa porte est ouverte si le premier ministre a des doléances.

« Je ne veux pas trop parler de Twitter, mais je ne crois pas qu’il y ait un enjeu, note Mme Chodan. Il est clair que l’on fait ce qu’on fait toujours, c’est-à-dire raconter ce qui se passe au Québec, dans l’intérêt de notre auditoire, qu’il soit francophone, anglophone ou allophone. Et ce que fait Aaron Derfel, c’est couvrir avec énergie l’enjeu le plus important pour les Québécois : la COVID-19. »

Depuis le début de la pandémie, le vétéran journaliste Aaron Derfel est très présent sur le réseau social Twitter, où il décortique les chiffres et l’état des lieux de la pandémie à travers de longues enfilades de messages. C’est son travail sur le CHSLD Herron à Dorval qui a révélé la grave situation qui y prévalait.

 

Samedi, le premier ministre l’a bloqué sur la populaire plateforme sociale. Lorsque le reporter en question l’a fait remarquer en invoquant des inquiétudes sur la liberté de la presse, la columnist politique Chantal Hébert a émis un simple « ?…», auquel M. Legault a répondu : « Quand un “journaliste” me “tague” plus de 10 fois sur Twitter en disant que je mens… » Cette dernière réponse a créé une levée de boucliers, et M. Derfel a annoncé plus tard que le premier ministre avait fait marche arrière et avait débloqué le journaliste de The Gazette.

   

Diplomate, Lucinda Chodan a répondu plusieurs fois au Devoir que « sa porte était ouverte », « S’il y a des inquiétudes sur notre couverture, si le premier ministre a le sentiment qu’il y a quelque chose d’inapproprié dans notre journalisme, je serais enchantée d’en parler avec lui », a-t-elle expliqué, ajoutant qu’elle ne verrait aucun problème à ce que le Conseil de presse se penche sur la question.

Déjà à la mi-mai, le chef de la CAQ avait été appelé en point de presse à commenter un sondage qui indiquait que les craintes suscitées par le coronavirus étaient plus grandes chez les anglophones que chez les francophones. M. Legault avait laissé entendre que le travail de M. Derfel — que le premier ministre avait présenté comme « Aaron something » — et plus largement celui de The Gazette y étaient pour quelque chose.

Samedi, le cabinet de M. Legault avait indiqué à des médias que le premier ministre pourrait préciser sa pensée en point de presse lundi, ce qui n’a pas été le cas. Interpellé par Le Devoir, l’attaché de presse du premier ministre a expliqué que ce dernier ne ferait pas « de commentaires additionnels » et a précisé que « M. Legault a déjà eu l’occasion d’exprimer son point de vue » dans son tweet et que « le compte du journaliste a été débloqué ».

Il est clair que l’on fait ce qu’on fait toujours, c’est-à-dire raconter ce qui se passe au Québec, dans l’intérêt de notre auditoire, qu’il soit francophone, anglophone ou allophone. Et ce que fait Aaron Derfel, c’est couvrir avec énergie l’enjeu le plus important pour les Québécois : la COVID-19.

Ces deux incidents rapprochés peuvent s’expliquer par la forte pression sur le premier ministre en raison d’une situation jamais vue, estime la rédactrice en chef de The Gazette, et non pas sur le travail de son journaliste, qu’elle décrit comme « percutant » (hard-hitting). « Il a été également percutant envers Gaétan Barrette, qui, je crois, le considère aussi comme énergique et infatigable. Même chose avec le PQ avant. [Aaron] a été très constant dans sa carrière, il fait du travail honnête, sans détour, sans compromis pour arriver à aboutir au fond des choses. »

Doit-on s’inquiéter des questions de liberté de presse avec la CAQ? « Non, j’ai le sentiment que ce gouvernement a été très ouvert d’esprit, et même que c’est le premier au Canada a avoir reconnu que le journalisme et les médias affrontaient de grands enjeux avant même la COVID-19, avec la dominance de Facebook et de Google. »
 



Une version précédente de ce texte a été modifiée.

 

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