Des journaux étudiants primés

La cohorte d'étudiants en journalisme du cégep de Jonquière au début de la session
Photo: La Pige La cohorte d'étudiants en journalisme du cégep de Jonquière au début de la session

Les journaux La Pige du cégep de Jonquière et L’Exemplaire de l’Université Laval sont repartis avec les grands honneurs mercredi lors de la remise des prix du Devoir de la presse étudiante. L’événement — entièrement virtuel, pandémie oblige — a aussi permis un échange entre le public et des journalistes du Devoir, avec pour toile de fond les répercussions de la COVID-19 sur la profession.

Encore une fois cette année, l’équipe de La Pige a été récompensée. Au terme de leurs délibérations, les jurés ont souligné la qualité des sujets couverts et leur traitement journalistique. Les artisans du journal sont « connectés sur le milieu qui les entoure » et leurs reportages, bien que destinés à un public cible, sont aussi « d’intérêt pour le public en général », ont-ils ajouté. Le dossier sur la facilité pour les mineurs du Saguenay d’acheter de l’alcool a été particulièrement louangé.

Quant à L’Exemplaire du Département d’information et de communication de l’Université Laval, l’originalité et la pertinence des articles soumis au concours, de même que leur traitement multimédia (avec photos et extraits d’entrevue, notamment), ont plu aux membres du jury. Ceux-ci ont surtout aimé le papier consacré à la diaspora haïtienne vivant aux États-Unis.

Des prix « coup de cœur », récompensant des reportages particuliers, ont également été distribués mercredi. Au collégial, l’étudiante Mégane Garceau l’a remporté pour son article « MELiUS : entreprise de vente pyramidale ? » paru dans le média Ô courant du cégep régional de Lanaudière à Terrebonne.

Photo: Capture d’écran Youtube L’Exemplaire Université Laval Les coulisses de la soirée électorale 2019 au journal «L'Exemplaire» de l'Université Laval

Au niveau universitaire, Félix Pedneault et Alexandre Pépin ont décroché le prix pour leur reportage « Trafic de psychostimulants dans le pavillon Judith-Jasmin » publié dans le Montréal Campus de l’UQAM. La rédactrice en chef du média, Laurence Philippe, a quant à elle reçu le prix René-Lévesque de la presse étudiante, remis par la Fondation René-Lévesque. Cette distinction, assortie d’une bourse de 1000 $, récompense le leadership d’une personne affiliée à la direction d’un journal étudiant.

Le jury pour le niveau collégial était formé de Jean-Pierre Bastien, chef de contenu chez Urbania, de Véronique Chagnon, rédactrice en chef adjointe pour Nouveau Projet, et de Daphnée Hacker-B, reporter vidéo au bureau d’enquête de Québecor. Celui pour le niveau universitaire regroupait Line Pagé, ex-directrice de l’information de Radio-Canada Première, et les journalistes Philippe Papineau (Le Devoir) et Michel van de Walle (anciennement aux Affaires et au Journal de Montréal).

Quant au prix René-Lévesque, la tâche de choisir le gagnant incombait à Marie Lambert-Chan, rédactrice en chef de Québec Science, à Claude Lévesque, qui a œuvré au Droit et au Devoir et désormais à la Fondation René-Lévesque, ainsi qu’à Jessica Nadeau, reporter au Devoir.

Les prix du Devoir de la presse étudiante étaient présentés par Les Amis du Devoir, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), la firme de relations publiques National et la Fondation René-Lévesque.
 

Le journalisme en temps de crise sanitaire
Le rendez-vous annuel, retransmis en direct sur Zoom, a débuté par une discussion interactive entre le public, le directeur du Devoir, Brian Myles, et deux journalistes du quotidien, Guillaume Bourgault-Côté et Marie-Eve Cousineau. Le thème : la pandémie de COVID-19 et les défis qu’elle pose pour la pratique de la profession au jour le jour.

Répondant aux questions du public, les reporters ont reconnu d’emblée que la crise sanitaire avait chamboulé leurs habitudes de travail. Œuvrant au Devoir depuis 16 ans, M. Bourgault-Côté a rappelé qu’il n’y a pas eu de «transformation plus brutale» que celle forcée, à toute vapeur, par la crise sanitaire que nous traversons.

Être coupé d’une salle de rédaction a aussi été une adaptation, a précisé celui qui est spécialisé dans les enjeux politiques et culturels. Ce lieu, qui ressemble à une «ruche» et où les interactions entre collègues sont légion, «nourrit» et «facilite beaucoup» le travail des journalistes.

Depuis leur cuisine ou leur chambre à coucher, les artisans de tous médias confondus ont parfois du concilier le travail et la famille, avec des enfants confinés comme eux à la maison. «J’ai joué au ballon avec ma fille en pleine heure de tombée», a illustré un sourire dans la voix Mme Cousineau, attitrée au secteur de la santé.

Or, la pandémie n’a pas empêché les reporters de faire leur travail, au contraire. Les reportages exclusifs se sont succédé, alimentés par les innombrables témoignages de médecins, d’infirmières et de préposés. Les deux journalistes ont d’ailleurs noté à quel point le besoin et la soif du public pour une information de qualité, vérifiée et rigoureuse, étaient plus forts que jamais.

Ils ont également soulevé la «dichotomie» entre les points de presse quotidiens du gouvernement Legault et ce qui se passait sur le terrain, en ce qui a trait par exemple à la gestion des équipements de protection.

Cela dit, la profession a également essuyé son lot de critiques du public depuis le début de la pandémie. Les reporters ont été accusés d’être «sensationnalistes» et de vouloir coincer à tort le gouvernement Legault. Poser des questions corsées au pouvoir en place, ça fait aussi «partie de notre métier», a plaidé Marie-Eve Cousineau.

D’ailleurs, quels conseils donneraient-ils aux futurs reporters assis sur les bancs d’écoles? Être curieux, ont répondu d’une même voix les journalistes du Devoir. Mais aussi lire ce qui se fait ailleurs qu’au Québec, a noté Guillaume Bourgault-Côté, et pratiquer le métier dès que possible, a renchérit Marie-Eve Cousineau, qui a fait ses premières armes au Montréal Campus.

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