Manifeste pour Nos Médias locaux

Selon les plus récentes données du Bureau de la publicité interactive du Canada, à l’heure actuelle, seulement 14 % des budgets médias numériques des annonceurs serait alloués au créateurs de contenu d’ici, alors que le reste serait dédié aux plateformes mondiales.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Selon les plus récentes données du Bureau de la publicité interactive du Canada, à l’heure actuelle, seulement 14 % des budgets médias numériques des annonceurs serait alloués au créateurs de contenu d’ici, alors que le reste serait dédié aux plateformes mondiales.

« Les médias d’ici souffrent. Depuis plusieurs années, la migration des investissements publicitaires vers les plateformes numériques mondiales les prive de revenus importants pour leur permettre d'imaginer, de produire et de diffuser des contenus d’ici. C’est un frein à la diffusion de contenus de qualité qui reflètent et perpétuent notre culture. C’est une entrave à la transmission de contenus essentiels qui nous informent et alimentent notre démocratie. »

Dans leur premier Manifeste pour des pratiques médias responsables, publié ce jeudi, L’A2C (L’Association des agences de communication créative) et le CDMQ (Conseil des directeurs médias du Québec) ont appelé le milieu des affaires à soutenir les médias locaux. « Nous travaillions déjà à l’idée d’un manifeste. Un comité était en place. Avec l’arrivée de la pandémie, nous nous sommes dit qu’il fallait absolument trouver une façon d’appuyer les médias d’ici d’une façon concrète. Rapide. Nous avons donc accéléré la rédaction et complété le tout », explique Dominique Villeneuve, présidente-directrice générale de l’A2C, qui réunit 70 agences membres en communication, marketing, publicité, numérique, média, design, relationnel et événementiel.

En même temps que le Manifeste, c’est la plateforme nosmediaslocaux.org qui voit le jour. Ce répertoire en ligne identifie les créateurs de contenu d’ici. « C’est un peu comme un panier bleu des médias », illustre Patrick Jutras, porte-parole de cette initiative bénévole.

Les deux actions sont distinctes, mais elles visent le même objectif. « Nous étions en voyage vers la même destination et nous nous somes rencontrés en chemin », remarque Patrick Jutras.

Lancée par un collectif québécois regroupant des médias d’ici et soutenue par des dizaines d'associations, d’agences et d’annonceurs, nosmediaslocaux.org a notamment pour but de sensibiliser les citoyens à la perte de revenus qu'entraînent les « ad blockers », ou les coupe pubs. « Au Québec, le quart de la population en utilise, note Patrick Jutras. Nous avons calculé que ces ad blockers coupent environ 62 million de dollars [de revenus publicitaires] qui pourraient revenir aux médias locaux. Nous souhaitons appeler les citoyens à mettre les sites dont ils apprécient le contenu sur une liste blanche. »

« Nous parlons aux dirigeants d’entreprises, aux VP marketing, aux équipes marketing, aux agences de création, en leur demandant de porter une attention particulière au fait que le média fait partie du mouvement d’achat local », précise à son tour Dominique Villeneuve au sujet du Manifeste.

Ce dernier comporte d’ailleurs un cri de ralliement. « Réaffirmons encore plus fort l’importance d’investir dans les médias locaux. Rallions un maximum d’acteurs de notre industrie à cet enjeu. Travaillons à l’unisson sur des solutions concrètes. Faisons de nos médias une priorité et mettons-nous en mode urgence. »

Urgence. La présidente de l’A2C le redit. Selon les plus récentes données du Bureau de la publicité interactive du Canada, à l’heure actuelle, seulement 14 % des budgets médias numériques des annonceurs serait alloués au créateurs de contenu d’ici, alors que le reste serait dédié aux plateformes mondiales. « Nous souhaitons doubler la part de budgets numériques allant aux médias locaux dans les trois prochaines années, dit la présidente-directrice générale de l’A2C. Cela insufflerait plus de 200 millions de dollars par année dans l’écosystème québécois. »

« Beaucoup d’annonceurs suivent le mouvement depuis longtemps, ils sont extrêmement bien outillés, et ils investissent déjà dans les médias d’ici au niveau numérique, ajoute-t-elle. Tant mieux! Qu’ils continuent! Nous leur disons bravo. Et à ceux qui ne le font pas encore, nous proposons d’entamer la discussion avec leurs agences médias pour trouver des solutions qui soient spécifiques à leur situation, à leur campagne. »

Ceux qui soutiennent le mouvement sont d’ailleurs invités à « afficher leurs couleurs et à télécharger l’icône pour démontrer leur engagement ».

Mais attention, souligne Dominique Villeneuve : « Nous ne lançons pas ce mouvement par pitié. Nous le lançons parce que nous savons qu’investir dans les médias d’ici, c’est bénéfique pour les résultats d’affaires. »

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