Le petit «talk-show» numérique de Jean-Luc Mongrain

Pour expliquer son retour devant la caméra, Jean-Luc Mongrain dit avoir ressenti à nouveau l’appel de la communication, au vu de l’importance des enjeux entourant l’actuelle pandémie.
Marie-France Coallier Le Devoir Pour expliquer son retour devant la caméra, Jean-Luc Mongrain dit avoir ressenti à nouveau l’appel de la communication, au vu de l’importance des enjeux entourant l’actuelle pandémie.

Selon ses dires, Jean-Luc Mongrain avait « arrêté le travail » après une présence de 45 ans dans les médias à animer, à interroger et à donner la parole, que ce soit à la télévision, à la radio ou même en documentaire. Mais à la faveur de la pandémie actuelle qui ébranle notre société, l’homme au verbe leste a décidé de remettre ses patins de commentateur et de lancer une page Facebook pour « rembarquer dans le débat ».

Après trois petites semaines d’activités, Jean-Luc Mongrain compte maintenant plus de 70 000 abonnés à sa page professionnelle. Il a commencé par y écrire de courts textes de réflexions sur des enjeux touchant au coronavirus, avant de se lancer dans la vidéo, dans les entrevues en duplex et même dans les suggestions de musique dominicale. Un vrai petit talk-show numérique ? « Ah ! Peut-être ! Je n’avais pas pensé à ça. » Un peu à l’image de ce retour public qui n’était pas vraiment prémédité, explique-t-il. Discussion.

Le Devoir. Vous avez abordé nombre de sujets chauds dans votre carrière. En quoi la COVID-19 vous a-t-elle interpellé au point où vous avez eu envie de prendre à nouveau la parole ?

Jean-Luc Mongrain. Quand j’ai vu l’allure que prenait cette crise-là, qui est d’une ampleur inimaginable, et que j’ai vu comment les gens s’inquiétaient, se questionnaient sur la façon dont le pouvoir agissait, sur les temps de réaction, sur le manque de produits, le manque d’autonomie nationale, je me suis dit : ça me tente. Et plus tu en discutes, plus tu te rends compte que les défis seront importants. Que ce soit pour les relations internationales, l’immigration ou dans la quête d’une économie basée sur d’autres paramètres qu’un capitalisme sauvage.

On a été… pas surpris, mais vraiment impressionnés par la qualité des interventions, par le respect de ce code que nous avons mis en place

Il ne manque pas de chroniques, de commentaires dans les médias à ce sujet, alors en quoi votre apport est-il pertinent ?

C’est tout à fait légitime comme question. En fait, je ne suis pas mené par l’idéologie, je suis mené par l’observance et ce qu’on a peut-être tendance à mettre de côté, qui est l’intelligence populaire. Le gros bon sens. Ce n’est pas de la démagogie, mais des fois on a tendance, quand on monte dans l’échelle du pouvoir, à avoir un ordre du jour qui n’est pas celui de la population. Je respecte l’autorité, parce qu’elle a une lourde responsabilité. Et c’est à ce titre que je la questionne, pour ne pas que [les dirigeants] oublient qu’ils sont là pour servir et non pas pour uniquement pour diriger et orienter. »

Et vous avez toute liberté en étant sur Facebook et pas sur une chaîne télévisée.

Je l’ai toujours eue [la liberté]. Jamais, jamais, tant à TVA qu’à Télé-Québec ou Radio-Canada, et même à CJMS, jamais quelqu’un n’est entré pour dire « ne parle pas de ça » ou « parle de ça ». Ma condition d’embauche était celle-là.

Vous n’aviez pas de page Facebook professionnelle avant le 31 mars. Pourquoi l’avoir adoptée pour cette reprise de flambeau ?

Ceux qui m’y ont poussé, ce sont mon fils Marc-Étienne et mon épouse. J’avais toujours eu une résistance, due à un produit qui est probablement celui du meilleur et qui supporte aussi le pire. J’avais peur de ça un peu, je n’aimais pas les frustrations qui étaient nourries et entretenues derrière les portes closes que permettent ces plateformes-là. Mais en même temps, il faut que je me rende compte qu’il y a une expression de l’opinion qui est importante, où les gens de façon plus dynamique essaient de participer au bien-être collectif.

Vous avez par ailleurs créé des règles strictes pour vos utilisateurs, qui semblent les respecter.

On a été… pas surpris, mais vraiment impressionnés par la qualité des interventions, par le respect de ce code que nous avons mis en place. J’ai fait des lignes ouvertes pendant des années et l’anonymat n’est pas un sauf-conduit pour la bêtise. […] Je me sens une responsabilité quant à la qualité de la communauté qu’on veut créer.

Et est-ce que la couverture médiatique de la COVID-19, à laquelle vous ajoutez votre voix, vous paraît mesurée ?

Il doit y avoir une transparence [du pouvoir] et les médias sont importants en cela. Le problème, c’est la redondance. Avec les médias de nouvelles en continu, on n’a pas le choix, il faut nourrir la bête et des fois la bête manque de nourriture, elle reconsomme ce qu’elle a régurgité. Alors, il peut y avoir un effet pervers.

Ce retour à l’avant-scène, vous le voyez comme un nouveau tremplin ? On vous a revu récemment dans différents médias…

Beaucoup de médias m’ont demandé de leur accorder une entrevue, ça m’a fait sourire. Il y a un effet de levier, quand Radio-Canada, TVA, Le Devoir ou 98,5 FM en parlent. Ça peut influencer. C’est une chaîne, une contamination là aussi ! Mais pour moi, ça n’a pas éveillé la volonté de dire : « Je retourne. » Et il n’y a pas eu de mouvement en ce sens non plus.