Développer une autre manière de raconter les choses

«De manière plus générale, c’est d’être capable d’activer tous les mécanismes qui vont permettre aux Autochtones d’être mieux représentés et de façon plus juste à Radio-Canada, autant sur le plan de l’information que dans la section divertissement et fictions», explique Isabelle Picard, qui sera en poste le 4 mai.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «De manière plus générale, c’est d’être capable d’activer tous les mécanismes qui vont permettre aux Autochtones d’être mieux représentés et de façon plus juste à Radio-Canada, autant sur le plan de l’information que dans la section divertissement et fictions», explique Isabelle Picard, qui sera en poste le 4 mai.

C’était devenu presque prévisible pour l’ethnologue huronne-wendate Isabelle Picard. Avec chaque secousse qui touchait les Autochtones venait un flot de requêtes de travailleurs de l’information en quête d’éclairage, notamment à Radio-Canada. Porté par le désir de sa présidente, Catherine Tait, « d’incarner le Canada d’aujourd’hui », le diffuseur public a embauché Mme Picard à titre de Première spécialiste aux affaires autochtones, un poste qui n’existait pas jusqu’ici.

Si Radio-Canada a beaucoup cheminé sur les questions autochtones depuis quelques années, estime Mme Picard, la récente crise ferroviaire est probablement un des pivots qui explique la création de son poste, qu’elle occupera dès le 4 mai.

« Il y avait vraiment un besoin à Radio-Canada, affirme-t-elle, en précisant que c’est le cas dans presque toutes les entreprises médiatiques. Je pense que les médias, les journalistes, sont en train de se rendre compte qu’il y a effectivement, dans des crises comme celle-là, une autre version de l’histoire. Une autre manière de raconter les choses. Et souvent, ce n’est pas faute de bonne volonté de la part des journalistes, c’est juste qu’ils ne connaissent pas l’histoire au complet. Et pour mieux la raconter, toute la raconter, il faut que les Autochtones soient présents. »

Inclure, conseiller, former, mettre en lien les employés et les ressources ou les organismes existants seront parmi les angles d’attaque d’Isabelle Picard en tant que Première spécialiste aux affaires autochtones. « De manière plus générale, c’est d’être capable d’activer tous les mécanismes qui vont permettre aux Autochtones d’être mieux représentés et de façon plus juste à Radio-Canada, autant sur le plan de l’information que dans la section divertissement et fictions. »

Ouvrir quelques portes

Parmi les nombreux mandats de consultation qu’elle a effectués dans les dernières années — dont pour l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador et pour le ministère de la Sécurité publique du Québec —, Isabelle Picard a été embauchée pour survoler le scénario de la série téléFugueuse la suite et aiguiller l’auteure. À Radio-Canada, son niveau d’implication dans les fictions reste à déterminer, mais elle prévoit que son apport se fera plus d’un point de vue « macro » que dans les détails.

Reste que Mme Picard est encouragée par la représentation des Autochtones dans certaines séries, comme Épidémie à TVA, qui mettait en vedette Nancy Saunders, une artiste visuelle innue. « Les personnages autochtones, c’est souvent des indigents, des femmes victimes de violence, des prostituées. On est dans une espèce de passage obligé, on a l’impression que la représentation autochtone doit être celle-là. Mais il y a ce personnage qui est ressorti, qui était une doctorante en biochimie. C’est super intéressant, on voit qu’on est en train de s’en aller ailleurs. »

Isabelle Picard, qu’on a pu lire dans La Presse +, est souvent en ondes à Radio-Canada comme chroniqueuse. Elle estime que le diffuseur public est bien en avance sur les questions autochtones quand on le compare avec les autres médias. Mais il reste beaucoup à faire, ajoute-t-elle. « À part Melissa Mollen Dupuis et moi, il y en a très peu qu’on peut entendre ou lire, dit-elle. L’accès aux médias est difficile aussi pour les Autochtones ; dans les grosses boîtes, c’est intimidant, les chemins ne sont pas évidents. Donc, il faut essayer de faciliter ça. Ouvrir quelques portes, ça pourrait être intéressant. »

Même du côté de la section « Espaces autochtones », sur le site de Radio-Canada, il n’y aurait qu’une stagiaire issue des Premières Nations, et seulement l’été, car elle n’a pas terminé ses études. Cette section « est devenue la référence autochtone sur le plan médiatique, hors Premières Nations, note Mme Picard. Mais, malheureusement, ce n’est connu que des gens qui la connaissent, si je peux dire ! C’est difficile pour monsieur ou madame Tout-le-Monde qui n’a jamais entendu parler de ça de la trouver. »

Isabelle Picard précise que son terrain de jeu n’est pas que montréalais, mais touche tout le Québec, voire les stations francophones au pays. « Les Autochtones sont beaucoup en région. Je pense à la station de Sept-Îles, avec tous les Innus de la Côte-Nord. »